La propagation du coronavirus s'accélère alors qu'une nouvelle variante est détectée dans toute l'Europe

Par Will Morrow
30 décembre 2020

Alors que la pandémie de coronavirus s'accélère dans toute l'Europe, plusieurs gouvernements ont annoncé durant les vacances avoir détecté des cas de la nouvelle variante encore plus infectieuse du virus, dont on pense actuellement qu’elle vient d'Angleterre.

Lundi, la Grande-Bretagne a signalé plus de 40 000 cas nouveaux – un record depuis le début de la pandémie. La plupart d’entre eux, au moins dans le sud de l'Angleterre, seraient dus à la nouvelle souche du virus. La moyenne sur sept jours est également à un niveau record, plus de 36 000, ce qui équivaut à près de 180 000 cas quotidiens dans un pays de la taille des États-Unis.

La nouvelle variante a maintenant été détectée sur tous les continents. Sa propagation s’ajoute à la politique criminelle des gouvernements européens qui refusent les mesures essentielles pour arrêter la propagation de la pandémie en priorisant les profits des entreprises. Ces mesures doivent comprendre la fermeture de lieux de travail non essentiels et des écoles, et le versement à la population d’un revenu décent garanti.

Des personnels soignants transportent un malade du COVID-19 d'une USI de l'hôpital de Kyjov, à Brno en République Tchèque, jeudi 22 octobre 2020 (AP Photo/Petr David Josek)

Le 26 décembre, le ministère français de la Santé a annoncé le premier cas confirmé de la nouvelle souche en France. Le patient était un ressortissant français résidant en Angleterre, rentré en France le 19 décembre. Il n'a été détecté que parce que le patient, qui était asymptomatique, s'est rendu à l'hôpital pour y être traité pour une autre maladie, le 21 décembre, et a été testé selon la procédure standard.

Le même jour également, l'Espagne a annoncé quatre cas confirmés de la nouvelle variante, tous de personnes arrivées récemment du Royaume-Uni. Le chef adjoint de la santé de Madrid, Antonio Zapatero, a rapporté que trois autres cas suspects ne pourraient être confirmés avant mardi ou mercredi.

L'Italie a enregistré son deuxième cas confirmé du virus muté le 21 décembre. En Europe, il a également été détecté aux Pays-Bas, au Danemark et en Allemagne. Lundi, le Canada a annoncé qu'il avait détecté deux cas, et vendredi, le Japon a annoncé qu'il avait trouvé cinq cas, tous chez des personnes récemment arrivées du Royaume-Uni. La Finlande a rapporté hier que deux personnes arrivant de l'étranger avaient été testées positives pour la nouvelle variante, et une autre pour une variante récemment détectée pour la première fois en Afrique du Sud. Elle a également été détectée en Corée du Sud, au Liban et en Australie.

Il n'y a actuellement aucune indication que la souche la plus récente soit plus mortelle ou résistante aux vaccins récemment développés. Elle est cependant nettement plus contagieuse et menace de saturer les hôpitaux plus rapidement de patients gravement malades et de provoquer une forte augmentation des décès.

Le 23 décembre, des chercheurs du Center for Mathematical Modeling of Infectious Diseases, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, ont publié les résultats préliminaires d'une nouvelle recherche sur la transmissibilité et la gravité de la nouvelle souche. Le groupe a adapté un modèle à deux souches aux admissions pour Covid-19 à l'hôpital, à l'occupation des lits d’hôpitaux et de soins intensifs, et aux décès dans les trois régions du NHS (Service national de santé) les plus touchées d'Angleterre.

Ils estiment que la nouvelle variante est 56 pour cent plus contagieuse, avec un intervalle de confiance à 95 pour cent entre 50 et 74 pour cent, en accord avec les estimations précédentes selon lesquelles la souche était 70 pour cent plus contagieuse.

Le groupe a conclu que "l'augmentation de la transmissibilité est susceptible d'entraîner une forte augmentation de l'incidence, les hospitalisations et les décès dus au COVID-19 devant atteindre des niveaux plus élevés en 2021 que ceux observés en 2020". Ils affirment que ce serait le cas même si les restrictions de confinement actuelles, introduites le 19 décembre, étaient maintenues.

Les chercheurs appellent spécifiquement à fermer les écoles: "Nos estimations suggèrent que les mesures de contrôle d'une rigueur similaire au confinement national mis en œuvre en Angleterre en novembre 2020 ne réduiront probablement pas le nombre de reproduction effective R à moins de 1, à moins que les écoles primaires, les écoles secondaires, et les universités soient également fermées." En même temps, ils appellent à une accélération du déploiement du vaccin à plus de 2 millions de personnes par semaine, soit environ 10 fois le nombre de vaccins actuellement administrés.

Partout en Europe, la politique officielle n'est pas dictée par l'exigence scientifique de lutter contre le virus, mais par les impératifs économiques de l'élite financière et la protection des profits de la grande entreprise. Les confinements mis en place en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie et ailleurs à partir d'octobre ont maintenu les écoles ouvertes, afin que les parents puissent rester à travailler. Cette politique a provoqué une deuxième vague qui cause des centaines de milliers de morts à travers l'Europe.

Le bilan officiel des morts en Europe (Russie comprise) s'élève désormais à 525 000, mais le chiffre réel est bien plus élevé. Lundi, l'agence nationale russe des statistiques Rosstat a annoncé qu'environ 186 000 Russes étaient morts du virus cette année – plus de trois fois plus que le nombre précédemment avancé par le gouvernement russe. Ce chiffre est basé sur une analyse du taux de surmortalité; de janvier à novembre 2020, le nombre de morts en Russie, toutes causes confondues, a augmenté de plus de 229 000 par rapport à l'année précédente.

Au Royaume-Uni, alors que le nombre officiel de morts est désormais supérieur à 71000, des chiffres distincts publiés par l'agence nationale des statistiques, comprenant tous les cas où le COVID-19 est mentionné sur le certificat de décès, font état de 87 000 morts. Plus de 72 000 décès ont été signalés en Italie, 63 000 en France, 50 000 en Espagne et plus de 30 000 en Allemagne. Des centaines de décès sont signalés chaque jour dans tous ces pays.

Les scientifiques avertissent clairement qu’une nouvelle accélération est déjà en cours depuis plusieurs semaines. En France, le nombre officiel de cas signalés pendant la période des fêtes est inférieur à 10 000 depuis dimanche, en raison de l'impact de la réduction des tests. Mais le nombre réel est plus proche de celui rapporté vendredi et samedi, avec plus de 40000 cas détectés en 48 heures. Le taux R est à nouveau supérieur à 1, ce qui indique une propagation exponentielle de la maladie.

Alors que le nombre des morts explose, les gouvernements et les médias de l'UE se sont concentrés presque exclusivement sur la première utilisation du vaccin anti-COVID-19 sur le continent. Les vaccins Pfizer / BioNTech et Moderna ont été approuvés par les autorités réglementaires européennes le 21 décembre.

La France a administré le vaccin pour la première fois dimanche à des pensionnaires de foyers d'accueil à Sevran et à Dijon. Des vaccins ont été administrés en Italie, en Espagne, en Grèce, en Slovénie, en Suède, en Finlande et au Danemark.

Des milliards de personnes dans le monde se félicitent à juste titre de l'arrivée d'un vaccin comme moyen d'éradiquer la propagation du virus mortel. Mais la campagne de propagande des gouvernements et des médias européens vise à couvrir la politique de mort qu'ils mènent et qui permet au virus de se propager.

En France, par exemple, le calendrier officiel de déploiement du vaccin prévoit qu'il ne sera administré aux 14 millions de personnes les plus vulnérables que fin avril au plus tôt. Et selon les experts, pour arrêter la propagation du virus, 85 pour cent ou plus de la population doivent être immunisés. Pourtant, rien n'est proposé pour empêcher la propagation du virus dans l'intervalle.

L'UE a déclaré que les 27 et 29 décembre étaient des "journées de vaccination de l'UE", et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tweeté que le vaccin avait été "livré à tous les pays européens", qualifiant cela de "moment émouvant d'unité". En fait, dans la mesure où il y a "unité" entre les puissances européennes, c'est qu'un nombre incalculable de vies doivent être sacrifiées pour préserver les intérêts de la classe capitaliste.

(Article paru en anglais le 29 décembre 2020)