Londres devient l’épicentre de la pandémie au Royaume-Uni

Par Robert Stevens
16 décembre 2020

Londres, la capitale et la zone la plus peuplée du Royaume-Uni avec près de 9 millions d’habitants, est désormais l’épicentre de la pandémie.

Chacun des 32 arrondissements de Londres connaît une augmentation des cas de COVID-19. Dans la semaine qui s’est terminée le 9 décembre, Londres a enregistré 242 cas pour 100.000 personnes, soit le taux le plus élevé de toutes les régions d’Angleterre. Cela représente une augmentation de 40,5 cas par rapport à la semaine précédente. Un arrondissement de Londres, Havering, a enregistré le cinquième taux le plus élevé de tous les nouveaux cas de COVID-19 en Angleterre. Plus de 2.000 patients sont atteints de Covid dans les hôpitaux londoniens, contre un peu plus de 1.000 le mois précédent.

Lundi, le ministre conservateur de la Santé, Matt Hancock, a annoncé que Londres, une grande partie du comté voisin de l’Essex et une partie du Hertfordshire allaient être placés sous le niveau 3 de restriction – le plus élevé – à partir de minuit [dans la nuit de mardi]. Le Daily Telegraph a cité une source au ministère de la Santé qui a déclaré que les dernières données sur les infections à Londres étaient «terrifiantes». La source a précisé que le volume des infections autour de Londres était nettement pire que celles des villes du nord, Liverpool et Manchester, lorsqu’elles sont entrées dans le niveau le plus élevé. L’ampleur de la propagation du virus dans la capitale est évidente, puisque la population du Grand Londres est plus de trois fois supérieure à celle du Grand Manchester.

Le ministre de la Santé Matt Hancock s’exprime lundi lors de la conférence de presse Covid-19 du gouvernement au 10 Downing Street (Source: photo d’Andrew Parsons/10 Downing Street – FlickR)

Le fait que la population londonienne soit submergée par le virus est la conséquence directe de la politique d’immunité collective homicide du gouvernement. Le 3 décembre, le premier ministre Boris Johnson a mis fin à un mois de confinement national, bien que limité – il n’incluait ni les lieux de travail, ni les écoles, ni les collèges – pour introduire son système inefficace pour «sauver Noël», c’est-à-dire, les profits des sociétés à ce qui est normalement leur période la plus active de l’année. Cette mesure était accompagnée d’une décision criminelle, en pleine pandémie, d’autoriser tous les magasins du pays à ouvrir 24 heures sur 24 en décembre et janvier.

On a encouragé les acheteurs à remplir les rues principales: la une du Daily Mirror, un journal protravailliste, avait pour devise «Allez faire vos courses pour la Grande-Bretagne!» Encouragés par la propagande du gouvernement et les médias, les grandes artères et centres commerciaux de Londres grouillent depuis des semaines de gens entassés comme des sardines. Les magasins de Londres sont des destinations nationales et internationales. Aucun dispositif n’a été mis en place pour freiner l’afflux de personnes à Londres pendant la période des fêtes, ce qui a permis à la maladie de se propager comme un feu de forêt et pas seulement dans la capitale.

Le fait de maintenir les écoles ouvertes depuis leur réouverture en septembre a eu des conséquences encore plus dévastatrices. Bien qu’on a confirmé dans les jours qui ont suivi cette décision que les écoles étaient la cause de jusqu’à 50 pour cent des infections à coronavirus dans les communautés, elles ont été maintenues ouvertes dans le seul but de permettre aux parents d’aller travailler.

Après des mois de mensonges selon lesquels les écoles étaient des «zones sûres contre le coronavirus», la situation à Londres a fait voler en éclats de telles affirmations. Dimanche, le Royal Borough de Greenwich, dans le sud-est de la capitale, a annoncé qu’il fermait toutes ses écoles à partir de la fin de la journée de lundi et qu’il déplaçait les classes en ligne. Dans une lettre ouverte, le chef du conseil du Parti travailliste de Greenwich, Danny Thorpe, a déclaré que: «Public Health England (la Santé publique d’Angleterre) l’avait informé que la pandémie à Greenwich montre maintenant des signes que nous sommes dans une période de croissance exponentielle qui exige une action immédiate». Dans ce seul arrondissement, 90 écoles, des dizaines de milliers d’enfants et des centaines de milliers de personnes dans leurs familles sont touchées.

Le taux d'infection de Greenwich a augmenté de 48,6 pour cent, passant de 151,4 à 225 cas pour 100.000 personnes au cours de la première semaine de décembre.

Greenwich n’est que le 14e arrondissement le plus touché par les infections de COVID à Londres. Havering, dans l’est de la ville, a enregistré 1.314 nouveaux cas jusqu’au 9 décembre et a plus du double des cas de Greenwich, avec 470,8 pour 100.000 personnes. Cinq arrondissements londoniens – Redbridge, Waltham Forest, Barking et Dagenham, Enfield et Newham – figurent tous parmi les 25 régions qui ont les taux les plus élevés d’Angleterre.

Lundi, un autre conseil londonien, Islington, a annoncé qu’il fermerait toutes les écoles situées sur son territoire à partir de mercredi et qu’il poursuivrait l’apprentissage en ligne jusqu’au 11 janvier. Le chef du conseil d’Islington, Richard Watts, également travailliste, a déclaré: «On a une augmentation grave et très inquiétante du coronavirus à travers Londres. Le nombre de cas double tous les quelques jours».

Le conseil du comté d’Essex a annoncé que presque toutes les écoles secondaires de Basildon, à seulement 40 km de la capitale, ont adopté l’enseignement complet à distance.

Ces mesures sont trop peu, trop tard. Il est prouvé que le système à 3 niveaux est insuffisant pour contenir le virus. Dans le cadre du niveau 3, tous les magasins peuvent encore rester ouverts, seuls les pubs, restaurants et cafés devant fermer (à l'exception des services de vente à emporter). Les lieux de divertissement en intérieur tels que les cinémas, les théâtres et les salles de bowling ferment également. Hancock a confirmé qu'il n'y a toujours pas d'interdiction de venir à Londres pour faire des achats avant Noël, puisqu'il a seulement conseillé aux personnes vivant en dehors d’une zone à niveau 3 de ne pas venir à Londres pour faire des achats.

Le gouvernement refuse d’accepter la décision des conseils municipaux londoniens de fermer les écoles. Lundi, la commissaire aux écoles régionales, Claire Burton, a écrit aux conseils de Greenwich et d’Islington en les menaçant que le gouvernement, citant l’annexe 17 de la loi sur les coronavirus de 2020, «pourrait exiger des écoles qu’elles permettent à tous les élèves de fréquenter l’école à plein temps… Je vous demande de reconsidérer votre position immédiatement et de retirer votre message aux écoles».

Le gouvernement a déjà utilisé les pouvoirs extraordinaires dont il dispose en vertu de la loi sur les coronavirus – qu’il a adoptée en mars et renouvelée en septembre avec le soutien du Parti travailliste – pour faire en sorte que les écoles restent ouvertes dans le nord-est de l’Angleterre.

De toutes les villes du Royaume-Uni, c’est à Londres que le contraste entre les plus riches et les plus pauvres est le plus marqué. Des rues entières et des communautés fermées sont composées de maisons et de manoirs valant des dizaines de millions, situés à deux pas de zones marquées par une pauvreté endémique.

Tout au long de la pandémie, les préoccupations centrales des conservateurs et du Parti travailliste ont été de garantir les intérêts de la classe capitaliste. Avant la décision de Hancock, sir Iain Duncan Smith, ancien chef des conservateurs et député de Londres, a dénoncé au Daily Mail toute suggestion selon laquelle on pourrait placer Londres au plus haut niveau de confinement, car cela serait un «désastre complet». Il a insisté: «Londres est le moteur de l’économie britannique et ne doit pas être confiné au niveau 3». Attaquant l’initiative au Parlement après l’annonce de la mesure par Hancock, Felicity Buchan, députée conservatrice de Kensington, l’une des zones les plus socialement polarisées de la planète et l’emplacement de la tour Grenfell qui a été ravagée par les flammes en 2017, a déclaré de la même façon: «Que cela plaise ou non à cette Assemblée, le centre de Londres est la locomotive de notre économie nationale».

La principale préoccupation du maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, avant l’annonce de Hancock, n’était pas la sécurité de millions de personnes, mais le fait que le passage imminent au niveau 3 était «catastrophique pour notre hospitalité, notre culture et le commerce de détail».

Khan a joué un rôle criminel dans la propagation du coronavirus. S’exprimant à la radio LBC lundi, il a déclaré que le passage au niveau 3 était un «moyen inefficace», car les principales sources d’infection n’étaient pas les lieux de rencontre, mais les écoles et les collèges (il n’a jamais mentionné les lieux de travail). Plus tôt dans la journée de lundi, Khan et Georgia Gould, la présidente des conseils d'arrondissements de Londres, ont écrit à Johnson pour demander la fermeture, à partir de mardi, des écoles secondaires; des classes de sixième; et des établissements d’enseignement supérieur ainsi que l’augmentation des tests communautaires. «La plus grande propagation du virus dans la capitale se fait dans les milieux éducatifs et plus particulièrement parmi les 10-19 ans».

Khan dissimule le fait qu’il a joué un rôle important en appuyant la directive de rentrée scolaire en septembre du gouvernement et du Parti travailliste. Plus de 250.000 écoliers londoniens ont ainsi été renvoyés dans les salles de classe, ce qui a considérablement augmenté la propagation du virus.

Londres est le nouvel épicentre du virus, mais celui-ci continue de se propager à l’échelle nationale. 232 autres décès ont eu lieu lundi et les cas de COVID-19 ont augmenté de 14 pour cent au cours de la semaine dernière. Au cours de la semaine du 9 décembre, 208 des 315 zones des autorités locales ont enregistré une augmentation par rapport à la semaine précédente. La population de Londres se situe au niveau 3: cela signifie que 34 millions de personnes se trouveront dans ce niveau et 21,5 millions dans le niveau 2.

Ces chiffres effrayants pourraient n’être que la partie émergée de l’iceberg. Hancock a annoncé au Parlement la découverte d’une nouvelle variante de COVID-19 qui «pourrait être associée à la propagation la plus rapide dans le sud-est de l’Angleterre». Il a déclaré que «l’analyse initiale suggère que cette variante se développe plus rapidement que les variantes existantes. Nous avons actuellement identifié plus de 1.000 cas de cette variante, principalement dans le sud de l’Angleterre, mais on en a identifié d’autres dans près de 60 zones de collectivités locales différentes et le nombre augmente rapidement».

(Article paru en anglais le 15 décembre 2020)