Réouverture des écoles de la ville de New York dans un contexte d’explosion de cas de coronavirus, d’hospitalisations et de décès

Par Bryan Dyne
1 décembre 2020

Le projet du maire démocrate de New York, Bill de Blasio, de rouvrir les écoles de la ville la semaine prochaine, qu’il a annoncé dimanche, constitue une menace directe pour la vie des élèves, des parents et des enseignants concernés. En outre, il s’agit d’un avertissement à la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde entier, car alors même que de nombreux vaccins contre le coronavirus seront bientôt prêts, les travailleurs et les jeunes continueront à être envoyés sur les lieux de travail et dans les écoles pour tomber inutilement malades et mourir.

De Blasio a résumé son plan sur son compte Twitter, où il a noté que tous les élèves de la maternelle (3 ans), de la prématernelle et de la maternelle (5 ans) reprendront l’apprentissage en personne à partir du 7 décembre, puis tous les niveaux scolaires pour les élèves handicapés le 10 décembre.

Patient dans une unité de soins intensifs (USI) (Wikimedia Commons)

On a signalé la démarche au milieu d’une explosion du nombre de cas quotidiens de coronavirus et d’hospitalisations dans la ville, qui ont tous deux plus que doublé au cours du mois dernier, ainsi que d’une augmentation de 50 pour cent des décès quotidiens au cours de cette même période. Tout cela témoigne de l’absence de tout justificatif ou fondement médical à la réouverture des écoles.

En effet, de Blasio a indiqué qu’un élément clé de son nouveau plan de est l’abandon du seuil de 3 pour cent de positivité au coronavirus qu’on avait franchi déjà dans la ville le 11 novembre, ce qui a entraîné la fermeture des écoles au début de ce mois. Au lieu de cela, à la suite de l’augmentation du taux de positivité de la ville à 3,6 pour cent, les élèves seront soumis à un «test COVID-19 hebdomadaire», avec peu d’informations concrètes sur ce qui se passera lorsque des épidémies se produiront inévitablement dans divers bâtiments.

Anthony Fauci, le plus grand expert en maladies infectieuses du pays et membre du groupe de travail de la Maison-Blanche sur le coronavirus appuie et encourage la réouverture des écoles. Il a commenté dimanche dans l’émission «This Week» sur ABC que «la position par défaut devrait être, dans la limite du raisonnable, de maintenir les enfants à l’école et les faire revenir à l’école». Fauci, considéré comme l’un des responsables de la santé publique les plus dignes de confiance par divers sondages d’opinion, a justifié ses commentaires en affirmant que la réouverture des écoles est sans danger, car la propagation de COVID-19 chez les enfants est «faible».

Le bon docteur sait évidemment que cela est faux. Un rapport récent de l’Académie américaine de pédiatrie a révélé 1,04 million de cas confirmés de COVID-19 chez les enfants au 12 novembre. En outre, l’étude a révélé que la majorité de ces cas se sont produits à la suite de la réouverture initiale des écoles en août, devant le refus des administrateurs scolaires et des gouvernements locaux de passer à l’enseignement à distance lorsque les cas dans leurs communautés ont commencé à augmenter.

Ces données empiriques n’ont pas empêché De Blasio d’appeler également toutes les écoles de la ville à «passer, dans la mesure du possible, à un apprentissage en personne cinq jours par semaine», ce qui signifie la fin effective de l’apprentissage hybride et la possibilité pour les enseignants et les élèves de s’éloigner physiquement lorsqu’ils sont en classe. De Blasio a poursuivi: «Nous voulons que nos enfants passent le plus de temps possible en classe», puis a affirmé avec magnanimité: «Nos familles aussi». On a accueilli ce dernier commentaire avec dérision et indignation sur les médias sociaux, comme en témoigne le commentaire d’un enseignant qui a déclaré: «C’est absolument insensé».

Il ne fait aucun doute que De Blasio a un élément de folie dans son plan. Le résultat inévitable sera des décès en masse à New York: les enseignants, les élèves et les membres de leur famille vont commencer à mourir juste à temps pour Noël.

Mais ce qui est plus important encore, c’est la logique de classe plus profonde qui est en jeu. Du point de vue de l’élite dirigeante, dont le maire de New York – où se trouve Wall Street – est l’un des principaux représentants, les écoles doivent rouvrir complètement afin de servir de cages aux enfants pour que leurs parents puissent reprendre le travail. Ce n’est qu’alors que le processus d’extraction de la plus-value de la classe ouvrière pourra reprendre pleinement, enrichissant encore davantage l’oligarchie américaine.

De telles politiques jettent les bases de la réouverture des écoles dans tout le pays. Si l’on juge «sûres» les écoles à New York, l’ancien épicentre mondial de la pandémie, alors même que les cas et les décès sont en augmentation, il sera prétendument «sûr» de rouvrir complètement les écoles dans d’autres villes où le coronavirus fait rage, comme Chicago, Detroit et Los Angeles.

Comme à New York, aucune raison n’impose la réouverture des écoles ou les lieux de travail. La moyenne sur 7 jours des nouveaux cas confirmés par jour reste supérieure à 165.000, même avec la baisse des déclarations causée par le congé de Thanksgiving, qui est passée de 82.000 à la fin du mois d’octobre. Le nombre de décès est également passé de 850 à un peu moins de 1.500 par jour en quatre semaines seulement. Les hospitalisations dues à la COVID-19 ont atteint un record historique de 93.238.

La décision de rouvrir les écoles de la ville de New York est d’autant plus irrationnelle qu’un ou plusieurs vaccins seront prêts à être distribués en décembre ou au début de l’année prochaine. Le New York Times recense six vaccins approuvés pour un usage limité et 13, dont ceux de Pfizer et de Moderna, qui sont en train de subir ou de terminer des tests d’efficacité à grande échelle. Cela rend d’autant plus nécessaires les mesures les plus ambitieuses pour contenir la propagation du virus et sauver des vies en attendant qu’un vaccin soit largement disponible.

Au lieu de cela, on encourage encore plus les réouvertures à New York et dans tout le pays. L’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) estime que, si les mandats continuent à s’assouplir comme ils le font à l’échelle nationale, on va avoir plus de 3.000 décès causés par le COVID-19 chaque jour à partir du 21 décembre. Cela représente près de 89.000 décès inutiles d’ici le Nouvel An et jusqu’à 400.000 décès supplémentaires d’ici le 1er mars, pour un total stupéfiant de 650.000 décès dus à la pandémie rien qu’aux États-Unis.

De telles projections ne tiennent pas compte de ce qui se passera si les hôpitaux ne sont plus en mesure de prendre en charge tous leurs patients, une possibilité bien réelle. Les salles d’attente bondées, pleines de personnes mourantes et paniquées, qui rappellent les hôpitaux de Wuhan, en Chine, lorsque le coronavirus est apparu en janvier, deviendront la réalité quotidienne de toute l’Amérique un an plus tard.

Les travailleurs, les parents, les étudiants et les jeunes doivent agir pour sauver leur propre vie. Comme le «World Socialist Web Site» et le «Comité de sécurité des éducateurs de New York City» l’ont averti le 19 novembre: «la fermeture des écoles est une manœuvre temporaire. Les syndicats et le Parti démocrate travailleront ensemble pour s’assurer que les écoles rouvrent dès qu’ils le jugeront politiquement viable». Ce pronostic a été confirmé en seulement dix jours.

La déclaration a également précisé que l’un des éléments clés de l’inévitable réouverture serait la mobilisation des médias, de l’establishment politique et des syndicats pour forcer les enseignants à revenir dans les écoles. Ne perdant pas de temps, la Fédération unie des enseignants a retweeté le plan de réouverture de de Blasio et a écrit pour exprimer son appui: «le plan de réouverture du maire permettra à nos élèves les plus vulnérables de recevoir une instruction en personne dès le 7 décembre», et affirmant que la réouverture ne se ferait que «dans les parties de la ville où les taux de transmission restent faibles».

On ne peut apporter aucun soutien à de telles déclarations, en particulier de la part de l’organisation qui a joué un rôle si répugnant en minimisant la menace du virus en mai. On doit plutôt mener un combat d’urgence pour maintenir les écoles fermées et pour faire cesser toutes les activités non essentielles, à New York, au niveau national et international. On doit sauver des vies pendant qu’un vaccin est en cours de réalisation, avec une indemnisation complète pour tous les salaires perdus par les travailleurs et les petites entreprises.

Plus de 273.000 Américains ont déjà perdu la vie inutilement en raison de la politique d’immunité collective à caractère homicide menée par les démocrates et les républicains. On doit éviter que 400.000 autres ne périssent, contraints de reprendre le travail, en se demandant s’ils auraient pu recevoir le vaccin s’ils avaient pu tenir un peu plus longtemps.

Lorsque la production est essentielle, des comités de sécurité des travailleurs doivent la superviser travaillant en étroite collaboration avec les professionnels de la santé. C’est la seule manière de garantir des conditions de travail sûres et la fourniture d’équipements de protection complets, sans se préoccuper des profits.

Ces mesures doivent être combinées à un investissement massif dans les infrastructures de soins de santé publique – y compris le programme le plus large possible de tests et de recherche des contacts – pour contenir et isoler le virus. Un réseau mondial de production et de distribution de vaccins doit être mis en place afin de fournir efficacement et librement le vaccin à tous, sans considération pour les intérêts des sociétés ou les rivalités entre les nations.

Par-dessus tout, le capitalisme doit être aboli. Il a démontré qu’il est totalement incapable de faire face à la menace des maladies infectieuses, et la mort en masse continuera tant que ce système social dépassé existera. La classe ouvrière doit prendre le pouvoir en main, guidée par un programme socialiste révolutionnaire.

(Article paru en anglais le 30 novembre 2020)