États-Unis: alors que les hôpitaux atteignent leur pleine capacité, le pays atteint le record de 200.000 nouveaux cas de COVID-19 par jour

Par Benjamin Mateus
23 novembre 2020

La troisième vague de la COVID-19 aux États-Unis fait des ravages dans les systèmes de santé déjà sous le choc dans une grande partie du pays. Rien que vendredi, on a confirmé 200.000 nouveaux cas et près de 2.000 décès. L’Institut de mesure et d’évaluation de la santé (IHME) prévoit 50.000 décès supplémentaires avant la fin des vacances d’hiver.

Patient dans une unité de soins intensifs (USI) [Source: Wikimedia Commons]

Malgré cette flambée désastreuse, le gouvernement sortant de Trump comme le nouveau gouvernement de Biden ont réaffirmé cette semaine qu’il n’y aurait pas de mesures de confinement coordonnées au niveau national pour lutter contre la pandémie.

On a confirmé à ce jour 12,2 millions de cas de coronavirus aux États-Unis et plus de 260.000 décès. Il y a un nombre record de 4,5 millions de cas actifs, plus d’un pour cent de la population américaine, et plus de 80.000 hospitalisations. Non seulement il s’agit là de chiffres record, mais le rythme auquel ils croissent dépasse de loin la forte hausse des cas et des hospitalisations du mois d’avril, ce qui donne une idée de l’ampleur de la pandémie dans le pays et du peu qui s’y fait actuellement pour ralentir la propagation.

Les mesures prises se limitent à des ordres de porter un masque, des restrictions à court terme et limitées, comme la limitation des heures d’ouverture des bars et restaurants, et à des conseils de vigilance. Malgré tout, on garde ouverts les deux principaux vecteurs d’infection, les écoles et les lieux de travail, alors même que les travailleurs et les élèves continuent d’y perdre la vie.

L’explosion du nombre de cas à l’échelle nationale anéantit également tout espoir fait de vaccins, alors que s’annoncent les défis logistiques dus à la masse des infections et à l’augmentation rapide des décès. Selon de nombreux acteurs de la santé publique, il faudra attendre la majeure partie de l’année prochaine pour voir un vaccin largement distribué et 4,5 milliards de dollars d’aide fédérale destinés à construire et coordonner le réseau de distribution du vaccin.

L’association des hôpitaux du Wisconsin, par exemple, a averti que le système de santé de l’État était au bord de la «catastrophe». Son président, Eric Borgerding, a écrit au gouverneur démocrate Tony Evers que l’État avait besoin de plus d’hôpitaux de campagne. «Le Wisconsin est confronté à une crise sanitaire telle que nous n’en avons pas connue depuis trois générations. Une crise de cette ampleur, causée par un virus qui fait clairement rage dans tout le Wisconsin, exige une réponse unifiée et substantielle». Pourtant, le gouvernement de l’État est bloqué sur toute mesure interférant avec la fermeture ou les restrictions vis à vis des entreprises locales. Tout ce qui a été convenu provisoirement est la prolongation de l’obligation de port du masque, déjà en place jusqu’en 2021.

Jeudi, le Centre de contrôle et prévention des maladies (CDC) a mis en garde contre les voyages à l’occasion de Thanksgiving. Selon le Dr Erin Sauber-Schatz, «la façon la plus sûre de célébrer Thanksgiving cette année est de le fêter à la maison avec les gens de votre foyer». Malgré cet avertissement, l’AAA [American Automobile Association] prévoit que jusqu’à 50 millions d’Américains rendront visite à leur famille ou à leurs amis pendant cette période ; 95 pour cent d’entre eux voyageront en voiture. Ce mouvement massif de la population ne fera qu’aggraver la situation déjà précaire. En 2019, on estime que 55 millions de personnes s’étaient déplacés.

Outre le manque de préparation matérielle, c’est la pénurie critique de travailleurs de la santé qui pousse les systèmes de santé au bord du gouffre. Selon STAT News, les hôpitaux de 25 États manquent cruellement de personnel. Cela les oblige à transférer les patients gravement malades sur des centaines de kilomètres, dans d’autres États, juste pour trouver un lit d’hôpital.

John Henderson, directeur général de la «Texas Organization of Rural & Community Hospitals», a déclaré sans ambages: «Les soins, c’est bien plus qu’une chambre avec un lit d’hôpital. Il s’agit de professionnels de la santé qui prennent soin des patients. Si vous n’avez pas le personnel pour le faire, les gens vont mourir». Le Texas compte plus de 8.000 patients hospitalisés, contre 3.000 en septembre.

Au centre médical régional d’Odessa, l’unité de soins intensifs (USI) néonatals a été transformée en unité de soins intensifs COVID-19 pour adultes. Sa capacité d’USI étant dépassée, il avait fallu créer une unité de débordement dans un bâtiment séparé. Au lieu de la limite habituelle de deux patients par infirmière de soins intensifs, on en est à six ou huit. Le docteur Rohith Saravanan, médecin en chef de l’hôpital, a déclaré à CNN: «Le seul espace qui n’est pas plein en ce moment, ce sont les couloirs. Pour chaque patient que vous voyez ici il y en a plusieurs autres qui sont positifs hors de l’hôpital et qui auraient pu être soignés, mais il n’y a pas de place. On admet les personnes les plus critiques et les autres sont renvoyés chez eux».

Ces scénarios se déroulent dans les zones rurales du Kansas, du Missouri, de l’Utah, des Dakotas, comme dans les communautés métropolitaines de Los Angeles et la banlieue de Chicago. Aux travailleurs de la santé infectés ou en quarantaine, s’ajoute la pénurie chronique de soignants et de médecins dans les communautés rurales ; cela veut dire que les soignants de réserve disponibles au printemps n’existent déjà pratiquement plus.

Un porte-parole de l’Association des hôpitaux de l’Ohio, John Palmer, a expliqué que 20 pour cent des 240 hôpitaux de cet État font face à une pénurie de personnel.

(Article paru d’abord en anglais le 21 novembre 2020)