Halte à la conspiration de Trump pour annuler les élections de 2020!

Par Le Comité politique du Parti de l’égalité socialiste (États-Unis)
12 novembre 2020

Le président américain Donald Trump refuse d’accepter sa défaite électorale et s’est engagé activement dans un coup d’État pour annuler le résultat des élections de 2020 et établir une dictature personnaliste.

La situation ne pourrait être plus claire: Trump fait maintenant ce qu’il avait annoncé avant les élections. Il nie la légitimité d’une élection que Biden a remportée de manière décisive, cherche à créer un récit mensonger selon lequel l’élection a été «volée» et conspire pour rejeter les suffrages de millions de personnes.

Le Parti républicain, qui acquiert de plus en plus le caractère d’un syndicat fasciste et criminel, a rejoint cette conspiration. Les dirigeants Républicains, au niveau fédéral et au niveau des États, ont soutenu les mensonges de Trump et refusé de reconnaître la victoire de Biden. Dans un discours prononcé lundi au Sénat, le leader de la majorité, Mitch McConnell, a déclaré que Trump était «à 100 pour cent dans son droit d’examiner les allégations d’irrégularités et de considérer ses options juridiques».

En Géorgie, les sénateurs républicains ont demandé la démission du secrétaire d’État, un Républicain, en raison d’«échecs» dans le processus de comptage des votes dans cet État. Le sénateur Républicain Lindsey Graham, président de la Commission judiciaire du Sénat, a demandé à Trump de ne pas céder. Il a déclaré que si les Républicains ne contestaient pas le résultat de l’élection, «il n’y aura plus jamais de président Républicain élu».

La position du gouvernement Trump a été résumée succinctement mardi par son voyou de secrétaire d’État, Mike Pompeo, qui a ouvertement déclaré que Trump resterait en fonction pour un autre mandat. Interrogé lors d’une conférence de presse du Département d’État pour savoir s’il pouvait assurer une «transition en douceur» à un gouvernement Biden, Pompeo a répondu qu’il y aurait effectivement une «transition en douceur vers un second gouvernement Trump».

Le gouvernement Trump a également demandé aux hauts fonctionnaires de ne pas coopérer avec l’équipe de transition de Biden. Lundi, la cheffe de l’Administration des services généraux (GSA), nommée par Trump, qui s’occupe de la logistique et de l’infrastructure pour le gouvernement fédéral, a déclaré qu’elle n’irait pas de l’avant avec l’aide légalement requise pour assurer une transition de pouvoir.

Le même jour, le procureur général William Barr a envoyé une circulaire à tous les procureurs américains, les autorisant à ouvrir des enquêtes pour fraude électorale si celle-ci «pouvait potentiellement avoir un impact sur le résultat d’une élection fédérale». Le ministère de la Justice se rallie par là aux fausses déclarations de Trump qu’on lui a volé l’élection.

Trump et ses alliés Républicains au Congrès et dans les chefs-lieux des États fédérés élaborent pour renverser l’élection une stratégie bien précise. Ils cherchent à saper la légitimité de celle-ci par des affirmations mensongères que les votes ont été trafiqués. Ces affirmations serviront ensuite de prétexte aux parlements des États contrôlés par les Républicains, comme dans le Michigan, le Wisconsin et en Pennsylvanie, pour répudier le vote populaire et choisir des électeurs favorables à Trump.

Lors d’une apparition sur CNN mardi matin, Larry Sabato, directeur du Centre de politique de l’Université de Virginie, a bien montré que ce danger était très réel, faisant remarquer que «les législatures font ce qu’elles veulent».

Cela doit s’accompagner de contestations juridiques du résultat du vote en Pennsylvanie et dans d’autres États. Une telle suppression effrontée du vote se retrouverait sans aucun doute devant la Cour suprême, dont un tiers des membres ont été nommés par le président sortant. Les conspirateurs pro-Trump s’appuieront sur la décision rendue en 2000 dans l’affaire Bush contre Gore, où le juge à la Cour suprême Antonin Scalia a fait valoir que la Constitution n’accordait pas au peuple américain le droit de choisir le président ni même les électeurs présidentiels.

Les manœuvres pseudo-légales de Trump sont soutenues par l’incitation à la violence de forces d’extrême droite et fascistes, appuyées par des sections de la police et de l’appareil d’État. Des manifestations sont prévues ce week-end à Washington DC pour mobiliser les partisans de Trump sous le mot d’ordre de «Stop au vol».

Lundi, Trump a licencié le secrétaire à la Défense Mark Esper, qui avait auparavant critiqué ses plans de déployer la troupe contre des manifestants pacifiques. Le nouveau chef «intérimaire» du Pentagone sera Christopher Miller, agent des forces spéciales pendant 30 ans et colonel à la retraite. Trump a cherché à cultiver un soutien parmi les 70.000 membres des forces spéciales, au moyen notamment de grâces pour des criminels de guerre, dans le but de transformer cette force quasi indépendante en sa propre armée personnelle. La principale qualification de Miller est son soutien au président et son désir de déployer l’armée contre les manifestants à l’intérieur du pays.

A l’inverse de l’implacabilité dont fait preuve Trump, le Parti démocrate agit avec son mélange habituel de couardise et d’ineptie. Mardi, Biden a écarté les actions de Trump comme étant «gênantes». Il a ajouté: «Le fait qu’ils ne soient pas prêts à reconnaître que nous avons gagné à ce stade n’a pas beaucoup d’importance pour notre planification».

Autrement dit, pour Biden et les démocrates, le fait que Trump et les républicains soient activement engagés dans une conspiration visant à répudier les résultats de l’élection n’a aucune importance. Biden a ajouté qu’il espérait s’entretenir avec McConnell prochainement, notamment pour discuter des nominations au sein du cabinet d’un futur gouvernement Biden.

La conférence de presse de Biden suivait son discours de victoire de samedi soir, où il avait appelé à «l’unité» avec les républicains et n’avait pas mentionné le fait que Trump avait refusé d’accepter le résultat de l’élection.

Les démocrates traitent les actes de Trump comme s’il s’agissait d’un coup de colère et non de la menace infiniment sérieuse de renverser ce qui reste de régime démocratique aux États-Unis. Loin d’alerter le public, de mettre en garde Trump sur les conséquences de son rejet persistant de l’issue des élections, ou de mobiliser la population pour la mettre en alerte, les démocrates persistent à déclarer que rien de grave ne se passe.

L’opposition du Parti de l’égalité socialiste aux actions de Trump n’implique en rien un soutien à la politique d’un nouveau gouvernement Biden, s’il arrive au pouvoir. Mais la classe ouvrière ne peut pas rester indifférente aux efforts visant à renverser un gouvernement élu par une conspiration droitière et néo-fasciste. Nous nous opposons au complot de Trump pour la même raison que nous nous étions opposés aux conspirations fascistes visant à kidnapper et assassiner la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer. En effet, le SEP prend ces complots bien plus au sérieux que le Parti démocrate lui-même, qui lui, les a camouflés.

La défense des droits démocratiques ne peut être confiée au Parti démocrate, qui défend en fin de compte les intérêts de la même oligarchie. Les démocrates, un parti de Wall Street et de l’armée, craignent plus que toute autre chose une explosion de protestation populaire et la résistance d’en bas. Au lendemain de l’élection, les démocrates ne dirigent pas leurs tirs sur Trump et l’extrême droite, mais bien plutôt sur la gauche, faisant croisade pour extirper du parti toute référence au «socialisme».

Les conspirations de Trump sont le résultat d’un long processus dont les implications mortelles sont devenues évidentes le 1er juin, lorsque Trump a envoyé des forces fédérales lourdement armées pour attaquer des manifestants pacifiques devant la Maison-Blanche, tout en jurant d’invoquer la Loi sur l’insurrection et d’envoyer des troupes armées dans les rues du pays.

À l’époque, le «World Socialist Web Site» déclarait:

On est arrivé à un tournant dans l’histoire américaine. Les efforts de Trump pour établir une dictature personnelle sur la base d’un régime militaire sont le produit d’une crise prolongée de la démocratie américaine. Cette crise s’est développée sous l’impact d’une inégalité sociale extrême et de guerres sans fin.

Une défaite de la tentative de coup d’État de Trump dépend de l’intervention de la classe ouvrière, qui doit prendre la tête de la défense des droits démocratiques.

Les structures démocratiques des États-Unis s’effondrent sous le poids de la crise économique et politique insoluble du capitalisme américain et mondial, caractérisée avant tout par un degré stupéfiant d’inégalité sociale. Celle-ci est exacerbée par la pandémie mondiale de COVID-19 et la politique d’«immunité collective» meurtrière des classes dominantes.

La situation est très dangereuse. Trump et ses partisans ont 69 jours jusqu’au jour de l’inauguration pour organiser des provocations, pour déclencher des agressions militaires et fabriquer un prétexte à la déclaration de la loi martiale et à la suspension des droits constitutionnels et démocratiques.

Laisser la lutte contre cette menace dans les mains de Biden et des démocrates — sans parler des juges de la Cour suprême — ne peut qu’aboutir à une catastrophe.

Si Trump réussit à renverser l’élection, cela provoquera un déferlement massif dans toutes les villes du pays, dans des conditions où l’État et ses forces de répression manqueront d’un quelconque semblant de légitimité. Non seulement Biden a battu Trump au niveau du vote populaire et du vote au collège électoral, mais encore les États et régions qu’il a remportés sont les zones économiques et industrielles les plus importantes des États-Unis, avec une classe ouvrière massive et puissante.

La seule réponse viable à la conspiration qui se dessine à la Maison-Blanche est l’exigence d’une révocation immédiate de Trump, Pence et de leurs co-conspirateurs.

Cette revendication ne peut aboutir que par l’intervention indépendante de la classe ouvrière et à travers une lutte pour organiser une grève politique à l’échelle nationale. Ce mouvement doit aller jusqu’à briser l’emprise de l’oligarchie financière et industrielle sur la société et à restructurer la vie économique sur une base socialiste. La lutte des travailleurs aux États-Unis contre la menace de la dictature rencontrera le soutien massif et indispensable des travailleurs du monde entier.

(Article paru d’abord en anglais le 11 novembre 2020)