«On nous sacrifie pour sauvegarder les grandes entreprises»

Grève des enseignants contre la politique d’«immunité collective» de Macron pour les écoles

Par Will Morrow
12 novembre 2020

Mardi, des dizaines de milliers d’enseignants à travers la France ont participé à une journée de grève pour s’opposer à la politique criminelle de l’administration Macron, qui permet à la pandémie de coronavirus de se propager dans les écoles.

Selon les syndicats, le taux de participation à la grève se situe entre 20 % chez les enseignants du primaire et 45 % dans les collèges. Les chiffres rapportés par le gouvernement, qui sous-estiment normalement la participation réelle aux grèves, ont enregistré une participation de 8,8 % et 10,4 %, respectivement.

Cette journée de grève a fait suite à une semaine de débrayage organisée par les enseignants de la base depuis la reprise des cours après les vacances de lundi dernier. Les enseignants de dizaines d’écoles ont convoqué des assemblées générales avant l’école et ont voté pour ne pas entrer dans les salles, dans des conditions de résurgence massive du virus, et où les moindres mesures de distanciation sociale ne sont pas en place pour empêcher sa propagation parmi les élèves, les enseignants et leurs familles.

Les élèves ont également manifesté mardi devant une dizaine de lycées à Paris. Ils ont bloqué les entrées des écoles et demandé la fermeture des établissements. Comme pour les manifestations de la semaine dernière, les agents CRS ont été rapidement déployés et ont réprimé violemment les manifestations, en utilisant des gaz lacrymogènes et des charges avec des boucliers antiémeutes. La police a installé des cordons devant plusieurs lycées et a exigé des papiers de chaque élève avant de les laisser entrer.

Des enseignants manifestent à Pau, exigeant que les élèves soient protégés du COVID-19, le mardi 10 novembre 2020. (AP Photo/Bob Edme)

La politique du gouvernement Macron a permis à la pandémie de s’étendre au-delà de tout contrôle. 472 autres personnes sont mortes mardi. La veille, 551 personnes étaient mortes, le plus grand nombre de décès quotidiens de l’automne, et à peine moins que le record de 613 personnes décédées le 6 avril. Mardi, le nombre de lits de soins d’urgence occupés a augmenté de 472, portant le total à 4736. Au total, 3168 personnes ont été admises à l’hôpital. La moyenne mobile sur sept jours des nouveaux cas de coronavirus est maintenant bien supérieure à 40.000, ce qui équivaut, par habitant, à plus de 200.000 cas par jour aux États-Unis.

Les enseignants qui ont participé à la grève ont parlé avec le World Socialist Web Site et ont décrit les conditions désastreuses qui règnent dans les écoles. Les enseignants ne sont pas informés lorsqu’un enfant est absent à cause du COVID-19, ce qui signifie qu’il est impossible de déterminer si un foyer se développe et d’y réagir. Les salles de classe restent pleines avec entre 25 et 35 élèves. Des centaines d’élèves sont entassés dans les cantines. Les couloirs, les transports publics et les cours sont pleins, sans qu’aucune distanciation sociale ne soit maintenue.

Kelly, qui enseigne la cuisine dans les Bouches-du-Rhône, dans un collège où plus de 80 % des enseignants ont participé à la grève, a déclaré au WSWS: «Nous avons eu la semaine dernière une élève qui est venue le lundi en disant qu’elle était cas contact mais qu’elle venait en attendant le résultat du test. Le mardi elle était absente car positive. Mais la direction ne nous a rien dit. Nous ne sommes pas au courant des élèves ou d’éventuels collègues positifs. On le sait ensuite en communiquant avec les profs principaux ou les parents.»

En général, les classes de son école comptaient 30 élèves, dit-elle. «Mon fils est en collège, il prend le bus qui est en effet bondé il ne peut même pas s’asseoir… Personnellement je suis très en colère des mensonges de notre ministre. Depuis le premier confinement, il annonce que tout est prêt, tout est organisé, tout est sous contrôle. Dans les faits nous sommes livrés à nous-mêmes.» Elle a ajouté qu’elle pensait que l’objectif du gouvernement était de permettre sciemment au virus de se propager parmi les jeunes par le biais de la population. «Peu importe qu’il puisse y avoir des formes graves parmi les enfants et surtout peu importe pour nous et nos familles.»

Elle a noté que dans sa famille, qui comprend des restaurateurs, «ils ne comprennent pas qu’ils ne puissent pas accueillir 20 clients mais qu’il y ait 400 enfants dans une cantine.» L’ouverture des écoles visait à maintenir les parents au travail. «En fait nous sommes tous sacrifiés pour sauvegarder les grandes entreprises.»

Laure, une enseignante de collège de 14 ans de la région Rhône Alpes, a déclaré au WSWS que dans son école, il n’y a «pas de désinfection en salle des professeurs; locaux non dédoublés malgré leur petitesse (très vieux bâtiment avec petites salles). Nous ne connaissons pas officiellement le nom des cas positifs pour ne pas ‘nous inquiéter.’ Nous ne l’apprenons qu’après retour des élèves. Je sais que mon école fait quand même son max. Mais le max, ce n’est rien quand on n’a pas de moyen.»

Les commentaires des enseignants selon lesquels ils n’ont aucun moyen de connaître le nombre de cas coïncident également avec les preuves de plus en plus nombreuses d’un camouflage délibéré du nombre d’élèves infectés par le COVID-19. Les chiffres du gouvernement affirment que 3528 élèves ont été déclarés positifs la semaine dernière, mais les statistiques du ministère de la santé montrent que dans les trois premiers jours de la semaine, plus de 25.000 personnes âgées de 0 à 19 ans ont été déclarées positives. Le gouvernement n’a fait aucune tentative pour concilier l’évidente contradiction entre ces chiffres.

La grève et les manifestations des enseignants et des étudiants montrent que l’opposition de masse se construit contre la politique du gouvernement Macron. Les écoles sont maintenues ouvertes non pas pour le bien-être des élèves, mais pour que leurs parents puissent être envoyés au travail et que les bénéfices des sociétés puissent continuer à augmenter. En conséquence, des dizaines de milliers de personnes sont menacées de mort dans les mois à venir, rien qu’en France.

La tâche urgente est le développement d’un mouvement social et politique unifié de la classe ouvrière et des élèves pour exiger la fermeture de toutes les écoles et de tous les lieux de travail non essentiels, pour permettre aux travailleurs de se confiner chez eux et pour arrêter la propagation du virus et sauver des vies.

Les syndicats n’ont pas appelé à la grève mardi pour mener une telle lutte. En fait, la grève visait à démobiliser le mouvement des enseignants, qui avaient déjà commencé à agir au cours de la semaine dernière.

Les syndicats ont qualifié cette action d’une journée de «grève d’avertissement» auprès du gouvernement. Ils ont insisté dans leur déclaration de grève sur le fait que «la priorité … doit être de maintenir les écoles ouvertes,» et ont inclus de vagues demandes pour un «plan d’urgence» pour le recrutement d’un grand nombre d’enseignants. Si une majorité d’enseignants a décidé de ne pas participer à la grève, c’est parce qu’ils la considéraient comme une énième journée d’action organisée par les syndicats, dont le but est seulement de défouler les travailleurs, sans aucun but d’organiser une véritable lutte.

Comme le Parti de l’égalité socialiste l’a souligné dans sa déclaration publiée à l’occasion de la grève, nous exhortons les enseignants, les élèves et les parents à former dans chaque école leurs propres comités de sécurité de la base, indépendants des syndicats, qui sont les alliés du patronat et du gouvernement. Ces comités fourniraient les moyens de mobiliser la force indépendante des enseignants et des étudiants, y compris pour une grève en vue de la fermeture immédiate de toutes les écoles.