Le refus par Trump de s’avouer vaincu ouvre une crise post-électorale

Par Joseph Kishore et David North
6 novembre 2020

Le candidat du Parti démocrate Joe Biden semble être sur le point de remporter assez d’états pour être élu président des États-Unis. Les médias ont annoncé hier qu’il avait remporté le Michigan et le Wisconsin, et il remportera vraisemblablement le Nevada et l’Arizona. Il aurait ainsi les 270 voix requises au Collège électoral même sans remporter la Pennsylvanie, la Caroline du Nord ou la Géorgie. L’avance de Trump sur Biden dans ces trois états se réduit à mesure que l’on décompte le vote par correspondance.

Mais ce que Biden a dit être son «pire cauchemar», à savoir que Trump n’accepterait pas sa défaite électorale, est en passe de se réaliser.

Dans un discours extraordinaire à la Maison blanche tôt mercredi matin, Trump s’est déclaré vainqueur. «Franchement, on a gagné cette élection», a-t-il dit. «Alors on ira à la Cour suprême des États-Unis. Nous voulons qu’on arrête totalement le vote.» Par cela, Trump indiquait qu’il voulait mettre fin au décompte du vote par correspondance, pourtant déposé légalement.

Trump persiste et signe, criant victoire hier dans plusieurs états contestés. «Nous avons gagné, aux fins du Vote Électoral, la Commonwealth de Pennsylvanie (qui refuse des observateurs légaux), l’État de Géorgie, et l’État de la Caroline du Nord, chacun a une GROSSE avancée pour Trump», a-t-il écrit. «En plus, nous déclarons ici avoir remporté l’État du Michigan si, en fait, il y a eu beaucoup de bulletins de votes jetés comme on l’a largement rapporté.»

Son équipe a déjà déposé plainte en Géorgie, au Michigan et en Pennsylvanie pour arrêter le décompte des voix et exige un recomptage au Wisconsin qui prendrait des semaines. Il espère que les plaintes finiront à la Cour suprême, où siège la juge qu’il a le plus récemment désignée, Amy Coney Barrett, imposée sans opposition sérieuse du Parti démocrate il y a quelques semaines. Si les résultats sont contestés, les législatures républicaines dans des états comme le Michigan pourraient nommer des électeurs pro-Trump au Collège électoral en dépit du vote populaire.

Les tentatives par Trump de contester les résultats de l’élection s’accompagnent de la mobilisation de forces d’extrême-droite. Mercredi soir, des centaines de supporters de Trump, certains armés de carabines, ont tenté de pénétrer de force dans un bureau de vote en Arizona.

Les manifestations «Arrêtez de compter» aux bureau de vote au Michigan jeudi après-midi ne sont qu’une indication de ce qui est en préparation. Davantage de manifestations visant à stopper le décompte des voix sont en préparation en Arizona, en Géorgie, en Pennsylvanie et au Michigan.

Qu’il réussisse ou non à court terme à repousser sa défaite – maniant à la fois des procédures légales, des manifestations de droite, des menaces et des violences réelles – Trump et le mouvement anticonstitutionnel et fascisant qu’il favorise ne vont pas disparaître de la vie politique.

Le World Socialist Web Site a souvent averti depuis la tentative de coup d’état de Trump en juin que la stratégie politique de Trump ne s’était jamais limitée à des calculs purement électoraux. Pendant les trois derniers mois, il a fait campagne plus pour le rôle de Führer que pour celui de président. Cette campagne fascisante ne s’est pas terminée.

Même si le décompte final des voix lui est défavorable, Trump et le mouvement qui se développe autour de lui continueront à jouer un rôle majeur dans la politique américaine. Dans un éditorial perspicace publié mercredi, le Financial Times a écrit qu’en criant victoire et en dénonçant le décompte des voix, Trump voulait «non seulement juger d’avance le résultat mais délégitimer un président Biden (si le démocrate est élu). Il pourrait bien réussir.»

Le FT a ajouté: «Dans cette époque incertaine, ce que l’on peut dire avec certitude c’est que l’Amérique n’a pas fini avec M. Trump (ou peut-être l’inverse). Une élection qui semblait destinée à purger son mandat unique aberrant de la vie publique lui a donné un rôle central et durable. Même s’il ne continue pas en tant que président, il deviendra la voix de l’opposition républicaine.»

La réaction agressive de Trump à l’élection a été facilitée par la victoire très serrée de Biden, à supposer que le décompte final lui donne en fait les 270 votes électoraux nécessaires.

Vu les conditions désastreuses qui existent actuellement aux Etats-Unis, le fait que Biden a tant peiné à atteindre ce chiffre est en soi une mise en accusation dévastatrice de la campagné menée par le Parti démocrate. Non seulement sa victoire (à supposer que les tendances actuelles se confirment) est très serrée, mais la performance des démocrates à l’échelle nationale est minable. Ils n’ont pu réaliser aucun gain au Sénat et ont même perdu des sièges à la Chambre.

Même après presque 250.000 morts suite à la mise en œuvre meurtrière par Trump d’une politique d’«immunité collective», et avec le chômage à des niveaux jamais vus depuis la Dépression des années 1930, la campagne Biden était si faible que Trump a pu obtenir plus de 68 millions de voix. Il faut supposer que sans la pandémie, Trump aurait facilement remporté l’élection, peut-être de manière écrasante.

Le Parti démocrate – un parti de Wall Street, du renseignement et des forces armées – était organiquement incapable de faire appel aux intérêts sociaux des travailleurs. Sur la pandémie, il n’a rien proposé, face à la pandémie et à l’explosion du chômage et de la pauvreté, en dehors une politique nationale de port du masque. Dans des états comme le Wisconsin, qui est actuellement un épicentre de la pandémie, Biden a à peine augmenté son pourcentage des voix comparé à Clinton en 2016.

Loin de réfuter la démagogie de Trump et le caractère frauduleux de ses prétensions à représenter les travailleurs, le Parti démocrate a redoublé d’efforts pour promouvoir les questions raciales comme la question centrale de la société américaine. Il a tout fait pour encourager le narratif empiriquement faux et politiquement réactionnaire selon lequel la «classe ouvrière blanche» est le soutien naturel et aveugle de Trump.

En plus, Biden, à la fin de la campagne, a choisi de maintenir le silence sur les liens étroits entre Trump et les violences fascistes contre des responsables du Parti démocrate, dont la gouverneure Whitmer au Michigan.

Si Trump fait tout son possible pour rester au pouvoir et inciter des violences fascistes, Biden réagit par des phrases lénifiantes. Mercredi après-midi, il a déclaré qu’il fallait «mettre derrière nous la rétorique âpre de la campagne et de faire baisser la température». Il a ajouté: «Pour progresser, nous devons arrêter de traiter nos opposants comme des ennemis.»

Les commentaires de Biden démontrent comment les démocrates traiteront les conflits politiques des semaines à venir. Ils feront tout pour bloquer l’opposition de masse aux conspirations de Trump. Les démocrates veulent empêcher l’émergence de l’opposition à Trump de menacer les intérêts de Wall Street et du capitalisme américain.

Si Biden est inauguré président en janvier, les démocrates mèneront une politique de droite, d’austérité et de militarisme. Ils rechercheront immédiatement une alliance politique avec des sections du Parti républicain et s’accommoderont de l’extrême-droite. Une administration Biden créera les meilleurs conditions pour la croissance d’un mouvement d’extrême-droite fascisant, dirigé par Trump ou quelqu’un d’autre.

Dans cette situation, l’attitude politique la plus dangereuse serait la complaisance. Croire que la situation politique reviendra à la «normale» est aussi réaliste que le rêve biblique que «Le loup habitera avec l’agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau.»

Loin d’avoir résolu la crise, l’élection et son résultat sont un avertissement. La démocratie américaine est à l’agonie. Les ulcères sociaux qui se développent sur les bases de niveaux vertigineux d’inégalité sociale ne se guériront pas miraculeusement d’eux-mêmes.

Le danger qui guette la classe ouvrière est une forme d’autoritarisme américain, impliquant l’armée et la police, qui se poseraient en défenseurs de «l’ordre» et collaboreraient avec des forces fascisantes.

Cette menace politique très réelle peut être vaincue, mais ceci nécessite le développement d’un mouvement de masse socialiste de la classe ouvrière, totalement indépendant du Parti démocrate et de ses agents politiques.

L’analyse et le programme politiques développés et avancés par le Parti de l’égalité socialiste pendant la campagne de 2020 se sont vérifiés. Nous demandons aux sympathisants de notre campagne et aux lecteurs du World Socialist Web Site de tirer les leçons politiques essentielles des événements de cette année et de se décider à rejoindre et de construire le Parti de l’égalité socialiste.