Une réponse aux morénistes sur le soutien à la militarisation des élections brésiliennes

Par Déclaration du Groupe socialiste pour l’égalité (Brésil)
5 novembre 2020

Le World Socialist Web Site a reçu la lettre suivante d'un dirigeant du MRT (Mouvement ouvrier révolutionnaire), affilié brésilien de la «faction trotskyste» moréniste, qui comprend le PTS (Parti socialiste ouvrier) argentin et la faction Révolution permanente du NPA français. La lettre critique un article du 27 octobre du WSWS intitulé «Les morénistes brésiliens soutiennent les partis promilitaires aux élections municipales», qui a révélé la complicité du MRT dans la campagne électorale promilitaire menée par la plus grande des formations de pseudo-gauche du Brésil, le Parti socialisme et liberté (PSOL). L'auteur de la lettre est André Barbieri, rédacteur en chef du site Internet du MRT, Esquerda Diário. Elle est suivie d'une réponse du Groupe socialiste pour l’égalité (Brésil).

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«Est-ce que quiconque écoute même ce que disent ces fous du WSWS? Pour moi, ce fut une expérience archéologique. Après des décennies de dégénérescence brute, de séparation totale de la classe ouvrière et d'opposition pure et simple contre la lutte antiraciste – qui a rendu le WSWS sans importance dans la lutte de classe américaine - ils tentent leur chance avec des calomnies contre la Faction trotskyste. C'est risible. Les adeptes de Healy disent que le MRT «coopère» avec la militarisation de la politique au Brésil. Comme ils ne font rien au Brésil – ni ailleurs en dehors du bureau de David North, d'ailleurs –, le WSWS doit cacher le fait que le MRT est la seule organisation de gauche sur le sol brésilien qui avance une lutte de principe contre la police (y compris aux États-Unis, avec Left Voice) et la militarisation de la politique, avec laquelle le PT et le PSOL collaborent réellement. Le WSWS est bien sûr obligé de reconnaître que le MRT a retiré ses candidats à Rio de Janeiro, rejetant la participation d'un militaire à la candidature à la mairie du PSOL. Comme Trotsky l'a dit par rapport aux stupidités staliniennes, même les calomnies doivent respecter un certain ordre de logique. Quelle performance pathétique de cette tendance politique cadavérique que représente le WSWS, en essayant de ressusciter avec des affres épisodiques de calomnies du genre stalinien. Que ces gens reposent en paix.»

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La diatribe calomnieuse de Barbieri est une mesure exacte de la politique pratiquée par le MRT. Comme le dit le proverbe, «le style, c’est l'homme», et le style de Barbieri est celui des fanfaronnades creuses et des insultes qui révèlent beaucoup de choses sur sa propre organisation.

Il demande à savoir au début «Est-ce que quiconque écoute même ce que disent ces fous du WSWS?» Sa propre invective griffonnée à la hâte est une preuve suffisante que oui, et que le MRT est extrêmement sensible à ce que le WSWS dit à leur sujet. Depuis la relance du WSWS le 2 octobre, il a eu plus de 2,5 millions de lecteurs à travers le monde, dont un lectorat croissant au Brésil.

Quant aux affirmations selon lesquelles le WSWS a calomnié et diffamé le MRT, le message de Barbieri sert simplement à confirmer la substance de notre article initial dans lequel nous déclarions que les morénistes brésiliens «s'alignent sur les campagnes promilitaires menées par ce qui passe pour l'opposition au président fasciste Jair Bolsonaro, y compris la plus grande formation de pseudo-gauche du Brésil, le Parti socialisme et liberté (PSOL)», dont la liste de candidats pour le scrutin des élections municipales brésiliennes en novembre comprend les candidats du MRT.

Barbieri prétend qu'il s'agit d'une calomnie parce que le MRT a retiré sa liste de candidats aux élections municipales de Rio de Janeiro, où le PSOL a effectué son virage le plus flagrant vers l'armée et la police, en adoptant la candidature pour le poste de maire adjoint du colonel de la police militaire Íbis Souza, ancien commandant général de la police militaire de Rio, qui tue quelque 1800 personnes par an.

Les morénistes ont calculé cyniquement que participer à la campagne de Rio saperait leur mission politique fondamentale, qui est de fournir une couverture de gauche au PSOL.

Mais la campagne de Rio n'est ni une simple erreur ni une aberration. Le PSOL présente pas moins de 26 candidats militaires ou policiers dans tout le pays. À Sao Paulo, où le MRT mène sa grande campagne municipale, le candidat à la mairie du PSOL, le charlatan antimarxiste Guilherme Boulos, a rencontré le syndicat de police de Sao Paulo la semaine dernière et a promis que s'il était élu, il embaucherait 2000 policiers supplémentaires. Le MRT a répondu à ce soutien à une montée en puissance de la police par son colistier Boulos en disant qu'il voulait «engager un débat sur les erreurs d'une telle perspective».

Alors que le MRT fournit au PSOL une couverture de gauche, le PSOL n'est lui-même que l'aile gauche d'un virage promilitaire du Parti des travailleurs, qui présente 126 candidats policiers et militaires aux élections, et de tous les autres partis de l'establishment politique bourgeois brésilien.

Une unité de force spéciale policière à Rio de Janeiro après une descente qui a fait 13 morts au mois de mai

Barbieri lui-même reconnaît que le PSOL «collabore en fait» avec «la police et la militarisation de la politique», mais affirme que le MRT mène «une lutte de principe» en retirant un seul candidat à Rio de Janeiro, tout en continuant à soutenir le parti tout ailleurs dans le pays. En effet, l'évaluation franche de Barbieri du PSOL comme une organisation sans principes et promilitaire dans sa lettre au WSWS est une formulation que le MRT cache au public alors qu'il promeut sans relâche le PSOL et fait passer ses politiques de droite les plus flagrantes comme des «erreurs».

Le fait que le MRT ne soit pas pleinement intégré au PSOL n'est pas faute d'essayer. De 2013 à 2017, le MRT a orienté tous ses efforts pour intégrer le PSOL, dont la direction a décidé que cela n'en valait pas la peine, étant donné que les morénistes leur fournissaient de toute façon une couverture de gauche.

En 2017, à la fin de cette tentative ratée de liquider le groupe dans le PSOL, la dirigeante du MRT, Diana Assunção, a écrit un article pathétiquement intitulé: «Pourquoi la direction du PSOL ne permet-elle pas l'entrée du MRT?» Dans ce document, elle a reconnu que le MRT «ne posait aucune condition d’ordre organisationnel, et informait les dirigeants que nous avons rencontrés que nous ne réclamerions pas au départ un siège à la direction, si cette dernière pensait que cela modifierait la corrélation interne des forces établies par les différentes tendances.» En d'autres termes, dans les négociations en coulisses avec la direction du PSOL, les morénistes ont promis de se subordonner à la politique opportuniste de droite du PSOL en échange de places potentielles sur leurs listes électorales.

À cet égard, le MRT ne faisait que suivre les traces historiques du fondateur de sa tendance révisionniste, Nahuel Moreno de l'Argentine, et de ses partisans brésiliens de Convergência Socialista, qui ont adopté une politique d'entrisme au sein du Parti des travailleurs (PT). Depuis les origines mêmes du PT, ils ont travaillé – jusqu'au moment de leur expulsion sans cérémonie – pour construire un parti qui est devenu l'instrument de gouvernement préféré de la bourgeoisie brésilienne, tout en trahissant et en attaquant les intérêts de la classe ouvrière brésilienne.

Aujourd'hui, le MRT joue essentiellement le même rôle par rapport au PSOL – une scission parlementaire du PT – appelant les travailleurs et les jeunes à «tout parier» pour pousser ce parti pourri vers la gauche.

Ce même rôle est joué par tous les groupes affiliés à la «faction trotskyste» moréniste. Leur engagement politique en faveur de la subordination de la classe ouvrière aux partis bourgeois et à l’État capitaliste a trouvé son expression la plus nue dans larécente célébration par Esquerda Diáriode la victoire du MAS en Bolivie.

Ce même site Web a salué les perspectives électorales du vétéran politicien impérialiste, le démocrate Joe Biden, déclarant que: «Cette défaite de la droite continentale pourrait être prolongée si, comme tout l'indique, Trump perd les élections le 3 novembre.» Il y a une logique politique interne claire à cette évaluation, étant donné que le groupe moréniste aux États-Unis, Left Voice, est orienté à pousser vers la gauche les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), parti qui est lui-même une faction du Parti démocrate et qui appuie Biden.

Ce qui exaspère le MRT dans l'article du WSWS, ce n'est pas qu'il a menti à propos de leurs politiques – il ne l'a pas fait – mais qu'il a osé soumettre leur marchandage électoral nationaliste petit-bourgeois au Brésil à une critique objective basée sur la perspective d'un véritable parti révolutionnaire international de la classe ouvrière.

L'accusation de Barbieri selon laquelle le WSWS est «sans importance» a une logique bien définie du point de vue de la politique de la tendance qu'il représente. C'est une organisation de la pseudo-gauche petite-bourgeoise, qui s'oriente vers les intérêts des 10 pour cent les plus riches qui constitue la principale base du PSOL, composée de couches de la classe moyenne supérieure de professionnels toujours plus aisés, d'étudiants de troisième cycle, d'universitaires, de bureaucrates syndicaux et fonctionnaires politiques de «gauche». Il les interpelle sur la base de la politique du nationalisme, de la «race» et du genre. La lutte pour construire un parti révolutionnaire basé sur la classe ouvrière et une perspective d'internationalisme socialiste, en effet, est non seulement «sans importance» pour les morénistes, c'est un anathème.

C'est la perspective qui guide le travail révolutionnaire porté par le CIQI et ses partisans au Brésil. L'affirmation de Barbieri selon laquelle nous «ne faisons rien au Brésil» n'est qu'un mensonge de plus. Le Groupe socialiste brésilien pour l'égalité (SEG) est encore jeune, mais il existe et il se bat. S'appuyant sur le programme révolutionnaire défendu par le CIQI dans la lutte prolongée contre toute forme d'opportunisme politique, y compris les amères trahisons perpétrées par les pablistes et les morénistes en Amérique latine, le travail du SEG interagit avec une puissante recrudescence objective dans les luttes de la classe ouvrière qui donnera naissance à un parti révolutionnaire au Brésil, une section du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais le 31 octobre 2020)