Le gouvernement espagnol PSOE-Podemos rejette les appels à une politique de confinement à domicile

Par Alejandro López
4 novembre 2020

Le gouvernement formé par le Parti socialiste espagnol (PSOE)-Podemos rejette les demandes des autorités régionales d’imposer une ordonnance de confinement à domicile. En l’absence d’un vaccin contre la COVID-19, il s’agit de la seule politique permettant de maitriser le virus et d’éviter d’horribles pertes de vies humaines dans un contexte de résurgence dévastatrice du virus. Cette décision souligne la criminalité politique du gouvernement espagnol et, en particulier, du parti populiste «de gauche» Podemos, qui maintient les travailleurs au travail et les enfants à l’école afin que les banques et les grands investisseurs puissent continuer à engranger des bénéfices considérables.

L’Espagne est l’un des pays les plus durement touchés en Europe, avec un total de 35.878 décès et 1.264.517 de cas, bien que le nombre de décès puisse atteindre les 60.000 et celui des cas environ 3 millions. Le pays a enregistré 7100 décès de plus dus à la COVID-19 depuis le bilan officiel de juillet. Si le rythme ne ralentit pas, l’Espagne comptera 8000 décès supplémentaires dus à la COVID-19 d’ici Noël. Lundi, le ministère de la Santé faisait état de 55.019 nouveaux cas au cours du week-end.

Le virus se propage rapidement, en particulier dans les écoles. Près de 6000 salles de classe ont dû fermer à cause des cas de COVID-19 en octobre, par rapport à 3850 en septembre. Au total, 159 écoles ont fermé et 1578 enseignants ont été infectés, selon le syndicat des travailleurs de l’éducation.

Dans ce contexte, la région nord des Asturies a demandé au gouvernement central PSOE-Podemos d’autoriser un confinement de 15 jours à domicile afin de contenir la contagion.

Lors d’une conférence de presse tenue après une réunion d’urgence du comité de crise COVID-19 de la région, le premier ministre régional des Asturies, Adrián Barbón, a déclaré que la région luttait pour contenir le virus. Les Asturies ont déjà connu plus de 400 cas pour 100.000 habitants, et les hôpitaux et unités de soins intensifs (USI) y sont sur le point de s’effondrer. Au cours des huit derniers jours d’octobre, la région a connu plus de 3000 nouveaux cas par jour.

Barbón a déclaré que la commission s’inquiétait de «l’augmentation des hospitalisations. Si nous continuons à ce rythme et que nous ne sommes pas capables de maitriser la propagation ou les hospitalisations, nous pourrions atteindre une situation limite.»

L’appel urgent de Barbón démasque les prétentions du gouvernement central qui prétend que des mesures limitées comme le couvre-feu de minuit à 6h, la limitation des réunions à six personnes et la fermeture des bars et des hôtels, tout en autorisant le travail non essentiel et en forçant les enfants à retourner à l’école, permettraient de contenir le virus.

En quelques heures, cependant, le gouvernement PSOE-Podemos a rejeté les appels à une politique de confinement à domicile. Le ministre de la Santé, Salvador Illa, a déclaré: «Pour le moment, nous n’envisageons pas cela. Nous n’y travaillons pas, et nous ne le prévoyons pas non plus. Nous pensons qu’avec l’éventail de mesures dont disposent les autorités des gouvernements régionaux, cela suffit.»

Des sources gouvernementales ont déclaré à la chaîne de télévision publique espagnole RTVE: «Ce qui est proposé est ce qui est approuvé, et il n’y a pas d’autres propositions.»

Alors même qu’un nombre record de 25.595 nouveaux cas a été confirmé vendredi, Illa a cyniquement dit à la population espagnole d’attendre de voir si les mesures limitées de son gouvernement avaient un impact sur la pandémie: «Quand on met en place des mesures, cela peut prendre entre 10 et 15 jours avant de voir les résultats. Il faut donc faire preuve de patience et savoir attendre suffisamment longtemps pour pouvoir constater les effets de mesures très drastiques, et ne pas entrer dans une sorte de compétition pour savoir qui prend la mesure la plus dure.»

Après les Asturies, l’enclave africaine espagnole de Melilla a également demandé une politique de confinement. Dimanche soir, l’enclave a officiellement demandé au gouvernement central d’évaluer la politique de confinement et de suspendre l’enseignement en personne.

La semaine dernière, le chef de la santé de Castilla y León a demandé au gouvernement central les outils juridiques nécessaires pour appliquer la politique de confinement si les données épidémiologiques de la région ne s’amélioraient pas. D’autres régions espagnoles, dont la Catalogne et l’Andalousie, débattent également de telles demandes.

Pendant ce temps, les scientifiques demandent la mise en œuvre immédiate de la politique de confinement. Tomás Cobo, le vice-président de l’Organisation médicale collégiale a déclaré au journal El País la semaine dernière que «le confinement est la seule mesure scientifiquement prouvée, ajoutant, «Le reste [des mesures mises en œuvre jusqu’à présent] n’est que tâtonnements.»

José Martínez Olmos, l’ancien secrétaire général du ministère de la Santé et professeur à l’école andalouse de santé publique, déclarait le même jour: «Il sera difficile d’éviter le confinement avec de tels chiffres dans les régions.»

La seule voie de l’avant est une mobilisation indépendante de la classe ouvrière européenne et internationale. C’est l’intervention indépendante des travailleurs qui a contraint l’Europe à adopter des politiques de confinement ce printemps, avec des grèves sauvages dans les usines automobiles, les aciéries, les usines d’ingénierie et les usines de transformation des aliments qui ont entraîné la fermeture des chaînes d’approvisionnement et forcé les gouvernements de l’UE à adopter des ordonnances de confinement. L’intervention de la classe ouvrière a sauvé des millions de vies.

Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que la fermeture des entreprises non essentielles, combinée à des investissements massifs dans la santé publique, les tests, la quarantaine et la recherche des contacts, est la seule politique scientifique de lutte contre le virus. Pour mettre en œuvre un tel programme, il faut cependant que la classe ouvrière se tourne vers une lutte internationale consciente pour le socialisme.

Pour cela, il faut mener une lutte politique contre le gouvernement PSOE-Podemos. Depuis le début de la pandémie, Podemos a contribué à mettre en œuvre un retour rapide au travail des travailleurs non essentiels et la réouverture des écoles, tout en gardant un silence complice sur l’incapacité du gouvernement à embaucher les milliers de traceurs de contact et le personnel médical nécessaires pour faire face à une résurgence de la COVID-19 largement prévue.

La filiale régionale de Podemos dans les Asturies a déposé une demande pour que la région dirigée par le PSOE mette en œuvre une politique de confinement, ce qui ne fait que souligner le rôle réactionnaire de Podemos au niveau national. Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos, et qui est maintenant le vice-premier ministre de l’Espagne et un membre du conseil de surveillance du Centre national de renseignements, a maintenu un silence assourdissant sur la pandémie. C’est un autre exemple de la «loyauté totale» en ce qui a trait à toutes les questions d’État qu’Iglesias a promis au PSOE lorsqu’il est entré au gouvernement avec son parti l’année dernière.

Quant à la bureaucratie syndicale, elle reste complètement silencieuse dans l’espoir qu’une partie des milliards des fonds de sauvetage passe dans les caisses de leur syndicat. Les grands syndicats – la Confédération syndicale des Commissions ouvrières (CC.OO, affiliée à Podemos) et l’Union générale du travail (UGT, affiliée au PSOE) – sont les principaux responsables de l’application de la politique de retour au travail depuis le printemps, et n’émettent aucune déclaration. La Confédération générale du travail (CGT), qui se présente parfois comme le syndicat alternatif «radical», est également restée silencieuse.

Les sections européennes du Comité international de la Quatrième Internationale demandent aux travailleurs et aux jeunes d’organiser des comités de sécurité sur les lieux de travail et dans les écoles, indépendamment des syndicats. Cela permettra de jeter les bases pour organiser des actions de grève massives et coordonnées, une opposition systématique et la prise du pouvoir par la classe ouvrière pour confisquer les ressources nécessaires afin de mener une lutte scientifique tenant compte de la vie humaine contre la COVID-19 et mettre fin à la politique d’immunité collective de la bourgeoisie.

(Article paru en anglais le 3 novembre 2020)