Non à l’autoritarisme après le meurtre terroriste de Samuel Paty!

Par Alexandre Lantier
23 octobre 2020

Le meurtre terroriste de l’enseignant Samuel Paty par un jeune islamiste tchétchène à Conflans-Sainte-Honorine a bouleversé des millions de personnes en France et à l’international. Quelles que soit leur opinion de la décision par Paty de montrer des caricatures obscènes de Mahomet afin de provoquer un débat sur la liberté d’expression, des masses de gens sont dégoûtées par le meurtre d’un professeur qui tentait de discuter les droits démocratiques avec ses élèves.

La faillite du terrorisme individuel est à nouveau révélée. L’État utilise ces atrocités pour chercher une base politique pour des politiques autoritaires et militaristes. Les attentats du 11 septembre 2001 ont servi de prétextes aux invasions d’Afghanistan et l’Irak. Après les attentats de 2015 à Paris par l’État islamique, qui était ressorti de la guerre menée par l’OTAN en Syrie, l’État français a imposé un état d’urgence pendant deux ans, pour suspendre les droits démocratiques et envoyer l’armée sur le sol français.

Macron et la classe politique établie exploitent cette dernière attaque pour adopter des politiques antimusulmanes identiques pour l’essentiel de celles de Marine Le Pen. Les descentes de police, les appels à la censure d’Internet, et les dissolutions d’associations traitées d’«ennemies de la République» se multiplient.

A police officer watches a woman, Monday, Oct. 5, 2020 in Paris. (AP Photo/Francois Mori)

Après avoir salué Le Pen, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin mardi a fermé la mosquée de Pantin, où 1.500 à 2.000 assistent régulièrement au culte.

Dimanche, lors d’une réunion du conseil de défense, Macron a appelé à terroriser les quartiers populaires où vivent la plupart des musulmans de France. «La peur doit changer de camp», a-t-il dit, «les islamistes ne doivent pas pouvoir dormir tranquilles dans notre pays.» Le ministère de l’Intérieur veut expulser 231 personnes suivies par le renseignement et dissoudre 51 associations.

Macron a annoncé mardi la dissolution de l’association Cheikh-Yassine, dirigée par Abdelhakim Sefrioui, qui avait appelé en ligne à faire renvoyer Paty. Des informations contradictoires circulent sur la réalité d’éventuelles discussions entre Sefrioui, un ancien associé du comédien antisémite franco-camerounais Dieudonné M’Bala M’Bala, et le meurtrier de Paty, abattu par la police. Quel que soit la situation de Sefrioui, qui a le droit de défendre légalement son association, l’État veut manifestement dissoudre toute association musulmane qui attire l’hostilité de l’État policier.

Darmanin menace aussi le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui offre une aide juridique aux musulmans ciblés par des discriminations, de dissolution. Son avocat a déclaré lundi que «rien dans les activités de l'association ne permet de suspecter un quelconque lien avec une activité terroriste».

On tente aussi de ressusciter la loi Avia qui aurait exigé que les plate-formes Internet enlèvent dans les 24 heures les contenus dénoncés à l’État comme étant une incitation à la haine. Présentée en mai par Laetitia Avia, députée macronienne, la loi s’est vue déclarée anticonstitutionnelle en juin par le Conseil constitutionnel. Néanmoins, on appelle à ressusciter ce projet de loi antidémocratique.

Tous les partis parlementaires incitent des haines nationalistes. Jean-Luc Mélenchon du parti petit-bourgeois La France insoumise a dit que la France a un «problème» avec la «communauté tchétchène», propos qu’il a ensuite minimisé en la traitant d’«erreur». Darmanin quant à lui s’est dit «choqué» par les rayons kasher ou halal dans les supermarchés. Interrogé dessus, Darmanin a refusé de répudier cet appel transparent aux sentiments antisémites et antimusulmans.

Le meurtre de Paty, politiquement parlant, est un cadeau pour Macron. Le «président des riches» détesté pour sa violente répression des «gilets jaunes» et ébranlé par la grève des transports et des enseignants l’hiver passé est confronté à une colère grandissante à propos de la pandémie. Son appel à «vivre avec le virus» symbolise l’indifférence des élites dirigeantes à la résurgence de COVID-19 en Europe. Son gouvernement réagit au meurtre de Paty en allant vers l’extrême-droite.

La cible de cette campagne est toute la classe ouvrière. Il est impossible, de surcroît, d’évaluer ces événements à la lumière de ce qui se passe à l’intérieur des frontières françaises.

Cette orgie de nationalisme et d’autoritarisme se déroule sur fond d’effondrement universel des normes démocratiques, même dans les pays à longue tradition de démocratie. Aux USA, Trump a indiqué qu’il ne respectera pas les résultats de l’élection du 3 novembre, et pour la première fois en plus de deux siècles, restera dans la Maison Blanche même s’il perd le vote. Le Parti démocrate quant à lui minimise les révélations que des milices fascisantes liées à Trump ont menacé ou, au Michigan, préparé l’exécution de hauts responsables liés à son rival.

En Allemagne, un parti néofasciste, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), siège au parlement pour la première fois depuis la chute du nazisme. Des réseaux d’extrême-droite préparent des listes de personnalités politiques à exécuter, mais ils sont couverts par l’appareil d’État et du renseignement. L’État a même relâché des néo-fascistes impliqués dans le meurtre de l’homme politique Walter Lübcke, ciblé pour ses déclarations en faveur des migrants.

En France, l’élite dirigeante parle depuis des semaines de la loi anti-séparatiste proposée par Macron le 3 octobre. Selon lui, «l’islam radical» est en guerre avec la République française, sur une perspective initialement «séparatiste» mais dont «le but final est de prendre le contrôle complet». Il a appelé à mettre des gendarmes «au bas de chaque tour, au bas de chaque immeuble» et forcer les associations à «signer un contrat de respect des valeurs de la République» établie par le ministère de l’Intérieur.

La minorité musulmane de France, qui compte environ 10 pour cent de la population et consiste surtout de couches opprimées de travailleurs, est dénoncée par une campagne fascisante. Toute opposition musulmane à Macron, même une opposition pacifique à des interdictions réactionnaires visant le foulard islamique, est traitée d’«islam radical» et de signe d’intentions violentes. Après le meurtre de Paty, Macron a déclaré l’islamisme une «idéologie de destruction de la République».

Lors des présidentielles françaises en 2017, le Parti de l’égalité socialiste, section française du Comité international de la IVe Internationale (CIQI) a appelé à un boycott actif et à la mobilisation de la classe ouvrière contre un second tour entre Macron et Marine Le Pen. Le PES a averti que Macron ne représentait pas une alternative au type de politiques autoritaires et d’extrême-droite que mettrait en place une Président Le Pen.

Les arrestations de masse et la répression sanglante de «gilets jaunes» et de grévistes et le tournant de Macron vers une politique fascisante donnent raison à ces avertissements. En 2018, Macron a même salué le dictateur collaborationniste Philippe Pétain en tant que «grand soldat» avant de lancer les forces de l’ordre contre les «gilets jaunes». A l’international, les niveaux d’inégalité sociale produits par l’austérité et révélés par la politique d’indifférence meurtrière au coronavirus sont incompatibles avec la survie de procédés démocratiques.

La menace pour la République – signifiant non pas l’État policier, mais l’appel «Liberté, Égalité et Fraternité» lancé après la révolution de 1789 – ne vient pas d’une minorité musulmane opprimée. Elle vient de la bourgeoisie et de ses serviteurs politiques. La politique «anti-séparatiste» de Macron contre l’Islam n’est pas plus compatible avec la fraternité universelle de l’humanité affirmée suite à la révolution de 1789 que ne sont ses cadeaux fiscaux aux riches avec l’Égalité.

Combattre la montée des menaces à la démocratie nécessite l’unification politique des travailleurs internationalement, par-delà toutes les frontières ethniques et confessionnelles, dans une lutte pour le socialisme. Le fondement de cette lutte est l’opposition au nationalisme, que la bourgeoisie utilise pour diviser les travailleurs et les subordonner aux régimes autoritaires, et la mobilisation politique des travailleurs de toutes les origines, y compris musulmanes, contre l’État policier autoritaire.