Alors que les infections à coronavirus montent en flèche dans le Midwest des États-Unis

La surmortalité aux États-Unis dépasse les 300.000 décès durant la pandémie

Par Benjamin Mateus
23 octobre 2020

Le nombre de décès aux États-Unis liés à la COVID-19 est bien plus élevé que le chiffre officiel de 220.000, selon les nouvelles estimations publiées par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Le CDC a constaté que, pour la période de la fin de janvier au 3 octobre 2020, près de 300.000 Américains de plus que prévu sont décédés, si l’on se base sur les tendances de la mortalité au cours des cinq années précédentes.

Dans son Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), Volume 69, le CDC a constaté que de fin janvier au 3 octobre 2020, il y a eu 299.028 décès en surplus par rapport aux projections basées sur les décès survenus pendant la même période de 2015 à 2019. Seuls deux tiers de ces décès, soit 198.081 au total, ont été officiellement attribués à la COVID-19.

La différence de 100.000 décès aux États-Unis reflète en partie la défaillance du système de soins de santé devant la COVID-19 – au point où des personnes sont mortes du virus avant d’avoir été testées et reçu un diagnostic – et l’impact plus important que la normale d’autres maladies, car les ressources médicales étaient détournées vers la crise du coronavirus. D’autres recherches ont révélé une augmentation des décès dus aux maladies cardiovasculaires, au diabète et à la maladie d’Alzheimer, parce que les gens avaient peur ou étaient incapables de se rendre à l’hôpital.

Le cimetière Green-Wood de Brooklyn orné d’hommages aux victimes de la COVID-19 à New York, le 28 mai 2020 (AP Photo/Mark Lennihan)

La conclusion la plus importante du CDC, outre le nombre plus important de décès, était la répartition par âge. Alors que le plus grand nombre de décès est survenu chez les personnes âgées, le pourcentage le plus élevé d’augmentation des décès par rapport aux niveaux attendus, 26,5 pour cent, a été constaté chez les adultes âgés de 25 à 44 ans, ceux qui sont dans la force de l’âge pour l’emploi.

Alors que toutes les autres catégories d'âge ont connu une réduction significative des taux de mortalité après le pic initial du printemps, le nombre de décès dans la tranche d'âge 25-44 ans est resté soutenu de mars à juin, puis a recommencé à augmenter en juillet en réponse à la campagne de réouverture de l'économie. Les personnes de ce groupe d'âge étaient les plus susceptibles d'être classées comme «travailleurs essentiels», c'est-à-dire tenus de rester au travail, quelles que soient les conditions de travail.

Le CDC a noté que les minorités étaient représentées de manière disproportionnée dans le nombre de décès. La population hispanique a été la plus touchée, avec 53 pour cent de décès de plus que prévu. Le taux de mortalité des Américains d’origine asiatique a augmenté de 37 pour cent. Enfin, celui des Afro-Américains était de 36 pour cent. Le CDC n’a pas présenté de rapport sur le statut socio-économique des personnes décédées. Il dissimule ainsi le véritable impact de la pandémie sur la classe ouvrière, bien que la collecte et la communication de ces données soient tout à fait dans les capacités de l’agence.

Le calcul de la surmortalité est un moyen d’estimer une augmentation temporaire du nombre de décès dû à des événements inhabituels ou irréguliers comme les épidémies, les vagues de chaleur, les vagues de froid et autres catastrophes naturelles, ou à des catastrophes d’origine humaine comme la guerre et la famine. On définit le terme comme l’écart entre le nombre de personnes qui sont mortes de toutes causes et le nombre de décès prévu sur la base d’une moyenne des années précédentes, en tenant compte de la croissance et du vieillissement de la population.

Surmortalité aux États-Unis en 2020

La statistique du CDC fournit un nouveau critère pour mesurer l’impact de la COVID-19 dans des conditions où la deuxième vague de la pandémie frappe les États-Unis avec une force croissante. Le nombre total de cas de COVID-19 dans le pays a maintenant dépassé les 8,5 millions. La moyenne mobile sur sept jours des nouveaux cas a connu un essor à 61.000 par jour, soit une augmentation de 36 pour cent en deux semaines seulement. Selon le New York Times, le taux de mortalité a augmenté à une moyenne de 929 par jour sur sept jours au cours des deux mêmes semaines, soit une augmentation de 7 pour cent. Mercredi, le nombre de décès a dépassé les 1.100. Le Texas, la Californie et la Floride ont chacun fait état de plus de 100 décès.

Aussi alarmants que soient ces développements, les estimations de surmortalité donnent un aperçu dramatique de la nature sinistre de cette pandémie que les chiffres officiels ont sous-estimée et dissimulée. En outre, elles suggèrent la dévastation à laquelle on doit s’attendre puisque la politique d’immunité collective est poursuivie en toute impunité par la Maison-Blanche avec le soutien total des responsables républicains et démocrates aux niveaux local, étatique et fédéral.

La dernière recrudescence de COVID-19 aux États-Unis se concentre dans le Midwest. Les pires conséquences se trouvent dans les régions où les gouvernements des États n’ont jamais appliqué les mesures de confinement de manière très stricte ou ne les ont pas imposées du tout.

Au Kansas, par exemple, le comté rural de Norton est aujourd’hui le plus durement touché dans l’État. Le département de la Santé du comté a annoncé qu’une épidémie à la maison Andbe, un établissement privé dispensant des soins infirmiers, a entraîné l’infection de l’ensemble des 62 résidents par la COVID-19, entraînant 10 décès. Vingt-deux autres membres du personnel ont été déclarés positif et l’ensemble de la main-d’œuvre se fait maintenant tester.

C’est un retour horrible à l’une des pires caractéristiques de l’épidémie initiale du printemps, qui a ravagé des maisons de retraite dans des États comme New York, le New Jersey, le Massachusetts et le Michigan, dans de nombreux cas, parce que des personnes âgées infectées par le coronavirus avaient été transférées depuis les hôpitaux vers leurs maisons de retraite, où elles en ont infecté beaucoup d’autres.

Bien que les résidents des maisons de retraite représentent environ un demi-pour cent de la population américaine, ils ont été à l’origine de 40 pour cent de tous les décès au cours de la phase initiale de la pandémie. Contrairement aux partisans de l’«immunité collective» qui affirment dans un document récent, la déclaration de Great Barrington, qu’il est possible d’assurer une «protection ciblée» des plus vulnérables de la population alors que la majorité d’entre eux sont infectés, la réalité est que les personnes âgées et celles dont le système immunitaire est compromis et qui présentent des comorbidités mourront à un rythme effroyable.

Dans le Wisconsin, le ministère des Services de santé a indiqué que la moyenne mobile sur sept jours est passée de 700 cas quotidiens début septembre à 3.287 cette semaine, soit plus de quatre fois en un peu plus d’un mois. Maintenant 1.190 patients sont hospitalisés, dont 299 dans l’unité de soins intensifs.

Matthew Heywood, PDG et président du complexe sanitaire Aspirus à Wausau, dans le Wisconsin, a déclaré au Milwaukee Journal-Sentinel: «Nous avons ajouté beaucoup de lits. Nous avons environ 98 lits dans tout le système qui sont désignés pour la COVID. Il ne nous en reste que 18, ce qui signifie qu’environ 80 personnes sont actuellement très malades dans la section COVID… Je pense que ce qui est le plus douloureux pour eux [les travailleurs hospitaliers] en ce moment, et le plus difficile pour eux, c’est pendant qu’ils travaillent si intensément – et ils travaillent dur – ils ne savent pas si la communauté voit à quel point la situation est grave. Ils voient la politisation de cette situation, et ils voient chaque jour les répercussions de ce qui se passe. Et ils voient les gens mourir».

On observe également une résurgence de COVID-19 le long de la côte est, liée à la réouverture des écoles publiques. Mercredi, la directrice de l’école publique de Boston, Brenda Cassellius, a annoncé que le district arrêtait la réouverture progressive des écoles qui avait commencé le 1er octobre. La raison était due au taux de positivité de COVID-19 dans toute la ville qui avait atteint 5,7 pour cent, bien au-dessus du seuil de 4 pour cent. Le Massachusetts a connu une augmentation de 16 pour cent, avec près de 1.000 cas quotidiens. Le nombre de décès et d’hospitalisations a également commencé à grimper.

Trente-neuf États et le District de Columbia ont vu une augmentation des cas quotidiens de COVID. Des épidémies éclatent à travers la nation, au Dakota du Sud, du Kansas, au Montana, au Wisconsin et au Nebraska. Les hospitalisations ont dépassé les 40.000 mercredi, alors qu’elles n’étaient que de 28.608 le 20 septembre.

Pour replacer la pandémie actuelle aux États-Unis dans sa perspective historique, la pandémie de grippe H2N2 en 1957 a tué environ 116.000 personnes, et la pandémie de grippe H3N2 (Hong Kong) en 1967 a tué environ 100.000 Américains. La grippe espagnole de 1918 a tué 675.000 personnes aux États-Unis alors que la population était de 103 millions d’habitants, soit environ 0,6 pour cent de la population totale.

Selon les projections actuelles, le nombre de décès dus à la COVID-19 s’élèverait à 316.000 au 1er janvier, ce qui laisserait supposer que le nombre de décès excédentaires sera supérieur à 400.000. Selon une étude récente, les estimations indiquent que l’espérance de vie aux États-Unis pour 2020 diminuera de 1,41 an. C’est l’aggravation colossale d’une statistique qui s’est empirée ces dernières années, quoique plus lentement, en raison de la crise des opioïdes.

(Article paru en anglais le 22 octobre 2020)