Les Socialistes démocrates d’Amérique misent tout sur Biden

Par Genevieve Leigh
22 octobre 2020

La semaine dernière, la quasi-totalité des dirigeants des Democratic Socialists of America (DSA – les Socialistes démocrates d’Amérique) ont commencé à faire circuler un «engagement» à faire campagne pour le candidat à la présidence du parti démocrate, Joe Biden.

L’engagement stipule que, bien qu’«il n'y ait pas de choix en haut du bulletin qui ferait avancer notre mouvement... Une défaite de Trump serait sans équivoque meilleure pour la classe ouvrière et pour notre mouvement qu'une réélection de Trump». Pour assurer la défaite de Trump et la victoire de Biden, les signataires s'engagent «à donner de notre temps pour faire campagne par téléphone, sur Internet et en personne, et pour s'organiser pour vaincre Trump au cours des quatre prochaines semaines.»

Parmi les signataires du document figurent de nombreux membres du Comité politique national (CPN), dont Hannah Allison, Maikiko James, Kevin Richardson, Abdullah Younus et Megan Svoboda, ainsi que des dirigeants nationaux de la Commission du travail socialiste-démocrate, du Comité électoral national, du Comité exécutif de l'AFROSOC, du Comité directeur du Comité international des DSA, et d’autres.

Joe Biden (Flickr.com, Gage Skidmore)

Ce document est un appel direct aux membres des DSA, de la part de ses dirigeants, à faire activement campagne pour Biden. En signe de lâcheté et d'anxiété face à l'élection, et de mépris général pour leurs propres membres, les auteurs ne mentionnent délibérément pas une seule fois le nom de «Biden». Cependant, l'implication pratique est claire: la direction des DSA mobilise l'organisation pour faire sortir le vote en faveur de Biden.

Les membres des DSA ont explicitement voté lors de la convention de 2019 de ne pas faire campagne pour un candidat du Parti démocrate autre que Bernie Sanders.

Le fait que la direction des DSA se mobilise néanmoins pour faire campagne pour Biden n'est pas surprenant. Cependant, le mépris effronté et ouvert des résolutions de la convention de l'organisation qu’exprime la publication de ce document est remarquable.

Lors des primaires de 2020 du Parti démocrate, les DSA ont massivement fait campagne en faveur de Sanders, présentant à tort sa candidature comme la voie à suivre pour transformer le Parti démocrate et réaliser le socialisme. Après avoir mis fin à sa campagne en mars, Sanders est rapidement devenu le plus important partisan de Biden, tentant de vendre à ses propres partisans le représentant de longue date des intérêts de Wall Street et de l'impérialisme américain.

Cela a créé une crise politique importante pour les DSA, qui ont cherché à se positionner comme étant indépendant de «l'establishment du Parti démocrate» tout en servant en fait de faction du même parti.

La principale réponse de l'organisation à la crise politique sans précédent aux États-Unis est de ne rien dire. Les DSA n'ont rien écrit sur le complot des milices d’extrême droite visant à renverser plusieurs gouvernements d'État et à assassiner la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer. Aucune déclaration ni aucun article n'a été publié sur leur site web ou dans leur publication de nouvelles officielle Democratic Left sur la déclaration du président Trump selon laquelle il n'accepterait pas les résultats de l'élection. Il n'y a rien non plus sur la capitulation complète du Parti démocrate devant ses efforts pour installer Amy Coney Barrett à la Cour suprême quelques semaines avant l'élection.

En fait, les DSA n'ont pas publié une seule déclaration sur leur site web depuis le 25 août. Sans doute, beaucoup de leurs membres se demandent comment il se fait que cette organisation soi-disant «socialiste» n'ait rien à dire dans la situation économique et sociale la plus grave depuis la Grande Dépression et la crise politique la plus importante de l'histoire américaine.

Pour sa part, le magazine Jacobin, l'organe de nouvelles non officiel des DSA (dirigée par un grand nombre de ses membres dirigeants), a publié d'innombrables articles conseillant la campagne de Biden et couvrant le rôle criminel et lâche du Parti démocrate.

En effet, le mois dernier, le magazine a publié un article promouvant la politique meurtrière de «l'immunité collective». Peu après sa publication, la principale personne interviewée par Jacobin dans l'article, le professeur Martin Kulldorff de l'université de Harvard, a rencontré les fonctionnaires du gouvernement Trump responsables de formuler la politique de la Maison-Blanche en matière de pandémie. Kulldorff est l'une des principales personnalités à l'origine de la Déclaration de Great Barrington, qui a été approuvée par la Maison-Blanche.

Plus la crise sociale et politique aux États-Unis est intense, plus les DSA se déplacent ouvertement vers la droite. Cette trajectoire politique est conditionnée par la subordination de l'organisation au Parti démocrate, et donc à Wall Street et aux besoins de l'impérialisme américain.

Des milliers de travailleurs et de jeunes des DSA et de leur périphérie les ont rejoints sur la fausse idée qu'ils sont une organisation socialiste. Cependant, ni Jacobin ni les DSA n’ont quelque chose à voir avec le socialisme. Au contraire, ils parlent au nom d’une partie de la classe moyenne supérieure qui cherche des postes et sa «place» dans le cadre politique existant.

À cette fin, ils préparent actuellement la possibilité d'une future administration Biden. Si Biden devient président, les DSA et le comité de rédaction du magazine Jacobin savent parfaitement que rien de fondamental ne changera dans la politique américaine ou dans la réponse de la classe dirigeante à la pandémie. Par conséquent, leur rôle est de préparer la voie pour que Biden adopte la politique d'immunité collective en essayant de lui donner un vernis de gauche.

Quant aux DSA, leurs «représentants» Alexandria Ocasio-Cortez et d'autres au Congrès emboîtent le pas, se préparant pour d'éventuels sièges au sein du cabinet et d'autres postes de pouvoir. Ocasio-Cortez s'est récemment servi des médias sociaux pour faire passer le message que voter pour Biden «permettra à notre démocratie de vivre un jour de plus». Quant à Sanders, il fait maintenant une tournée virtuelle et physique des États-Unis pour promouvoir l'absurdité selon laquelle Biden deviendra le «président le plus progressiste» depuis Franklin D. Roosevelt.

Le Parti démocrate fait tout son possible pour dissimuler et minimiser l'importance de l'incitation à la violence d'extrême droite de Trump. Leur plus grande crainte est le développement d'un mouvement de masse des travailleurs contre les conspirations de Trump qui se transformerait en un mouvement plus large contre la politique de la classe dirigeante que Trump met en œuvre et que les démocrates soutiennent.

Si Biden arrive au pouvoir, la politique que son gouvernement mettra en œuvre sera dictée par Wall Street et l'armée. Il n'y aura pas de «nouveau New Deal» ou de réforme sociale, mais une austérité impitoyable. Une administration Biden tendrait un rameau d'olivier aux républicains, créerait les meilleures conditions pour le développement de l'extrême droite et intensifierait l'assaut contre la classe ouvrière pour payer le sauvetage des riches.

Le rôle des DSA et de Jacobin est d'essayer d'empêcher une rupture avec le Parti démocrate et de convaincre les travailleurs et les jeunes que, même s'ils détestent l’alternative qu’on leur présente, il n'y a pas d'autre choix. Le fait est qu'il y a un autre choix: la mobilisation indépendante de la classe ouvrière en opposition aux deux partis de la grande entreprise dans une lutte pour la transformation socialiste de la société.

(Article paru en anglais le 16 octobre 2020)