La British Columbia Teachers’ Federation facilite la réouverture imprudente des écoles qui met en danger la vie des enseignants et des élèves

Par Matthew Richter
21 octobre 2020

Le gouvernement du Nouveau Parti démocratique de Colombie-Britannique (BC NDP) a imposé une réouverture imprudente des écoles au cours des deux derniers mois, ce qui a entraîné une propagation rapide de la COVID-19. Non moins impitoyable que les premiers ministres de droite Doug Ford en Ontario et François Legault au Québec, le premier ministre de la Colombie-Britannique John Horgan a poursuivi une politique criminelle de «réouverture de l’économie» qui place les profits des grandes entreprises avant la protection de la vie humaine.

Le mépris du gouvernement néo-démocrate et des grandes entreprises pour la santé et le bien-être des enseignants, des étudiants et de leurs proches suscite une large opposition. Environ 800 parents de toute la province prévoient garder leurs enfants à la maison dès demain [mardi] pour protester contre les mesures de protection inadéquates de la province. Tammy Loehndorf, un parent de Prince George à l’origine de la protestation, a déclaré aux médias locaux: «L’idée d’un plan de sécurité à l’école est en théorie une chose, mais la réalité ne colle pas. Nous avons en fait le pouvoir de retirer nos enfants de cet environnement, de faire une déclaration et de faire en sorte que les parents se sentent connectés les uns aux autres.»

Rien que vendredi, quatre écoles de Surrey, en banlieue de Vancouver, ont signalé de nouvelles infections à la COVID-19. Depuis la réouverture des écoles après la fête du Travail, 400 enfants de moins de 10 ans ont été testés positifs. Les autorités provinciales ont reconnu plus de 100 «expositions» à la COVID-19 dans les écoles. Cependant, les parents et les experts de la santé ont critiqué le refus des autorités de révéler combien d’infections étaient liées à chaque «exposition». Dans un cas pour le moins scandaleux, le gouvernement a en effet refusé de déclarer une épidémie dans une école de West Vancouver, où plus d’une douzaine d’élèves de deuxième année ont été infectés.

En réponse, Coralynn Gelh, un parent, a écrit une lettre ouverte à la santé publique de la Colombie-Britannique et à la Vancouver Coastal Health, qui a recueilli plus de 900 signatures depuis le 6 octobre. Selon la lettre, en une semaine et demie, 9 des 16 élèves d’une classe de deuxième année de l’école ont été testés positifs au virus, ainsi que 5 de leurs parents, 2 frères et sœurs et 2 grands-parents. Quatre des cas confirmés étaient asymptomatiques.

La volonté irresponsable de faire revenir les élèves dans des classes dangereuses, quelles qu’en soient les conséquences, fait partie de la volonté de la classe dirigeante de forcer les travailleurs à reprendre leur travail. La réouverture rapide des écoles est, du point de vue des hauts dirigeants de la société, nécessaire pour garantir que les enfants aient un endroit où aller pendant que leurs parents sont contraints de retourner au travail afin que les capitalistes continuent à faire des profits.

Dans ces conditions extrêmement dangereuses, les appareils syndicaux procapitalistes jouent un rôle central pour empêcher toute opposition organisée aux politiques homicides du gouvernement. La British Columbia Teachers’ Federation (BCTF) a fait savoir très tôt qu’elle n’avait pas l’intention d’organiser de protestation ou de grève. Au contraire, les responsables syndicaux ont tenu une série de réunions au cours du mois d’août avec des représentants du Parti Vert, qui soutient le gouvernement de minorité du NPD, quant à la façon de mettre en œuvre la réouverture des écoles.

Un sondage interne mené par la BCTF du 17 au 21 septembre a révélé que 60 %, soit environ 5400 des 9000 enseignants qui ont répondu, ont déclaré que les conditions de santé et de sécurité dans leurs écoles étaient «totalement inadéquates» ou «quelque peu inadéquates».

Comme l’opposition a continué à croître après la réouverture des écoles, la BCTF, qui représente 45.000 enseignants, a déposé un grief auprès du Conseil des relations de travail de la Colombie-Britannique (BCLRB).

Dans une lettre aux membres annonçant la décision, la présidente de la BCTF, Teri Mooring, a écrit que le but de l’action en justice était de «contraindre le gouvernement à engager un processus de relations de travail pour répondre à nos nombreuses préoccupations en suspens.»

C’est là une belle imposture. En réalité, la manœuvre de la BCTF vise à étouffer les appels aux protestations et à la grève en donnant l’impression qu’elle se bat pour la sécurité des enseignants et des élèves. Son dépôt auprès du BCLRB, un organisme propatronal qui doit encore déterminer s’il entendra même l’affaire, sans parler d’émettre des recommandations contraignantes – n’aide absolument en rien à protéger les enseignants. Au contraire, pendant les semaines et peut-être les mois qui vont s’écouler avant que le Conseil ne prenne une décision, la BCTF s’attend à ce que ses membres aillent travailler tous les jours dans des salles de classe surpeuplées avec des mesures de sécurité totalement inadéquates, mettant leur propre vie et celle de leurs élèves en danger.

Les commissions des relations de travail au Canada rendent invariablement des décisions qui défendent les intérêts des grandes entreprises et des gouvernements capitalistes. En début de mois, la Commission des relations de travail de l’Ontario (CRTO) a rejeté une contestation pratiquement identique à celle menée par la BCTF de la part des quatre syndicats d’enseignants de l’Ontario.

Comme l’expliquait précédemment le World Socialist Web Site, l’affaire des syndicats ontariens, déposée début septembre, a permis au gouvernement conservateur de Doug Ford de créer «des faits sur le terrain» en rouvrant toutes les écoles face à une opposition généralisée. Un mois après que tous les enseignants et les élèves aient été ramenés dans les salles de classe, la CRTO a déclaré avec mépris qu’elle n’entendrait même pas l’affaire en invoquant une formalité juridique soulevée par les avocats du gouvernement (voir: La Commission des relations de travail de l'Ontario refuse d'entendre une affaire portée par les syndicats concernant la réouverture non sécuritaire des écoles).

Au cours des deux semaines qui ont suivi le rejet de l’affaire par la CRTO, les syndicats d’enseignants de l’Ontario n’ont pratiquement rien dit. Aucune protestation, aucune grève et aucune campagne n’est organisée par ces organisations, car leur loyauté va avant tout à l’État capitaliste et à ses institutions, et non à protection de la vie et du bien-être des travailleurs qu’elles prétendent représenter.

Malgré les efforts de la BCTF pour réprimer l’opposition populaire, l’organisation d’une manifestation de parents échappant à son contrôle n’est que le dernier exemple de la colère croissante qui s’est emparée de la campagne contre la rentrée des classes qui s’intensifie depuis l’été. Une pétition sur Change.org demandant que la rentrée scolaire soit facultative a reçu plus de 42.000 signatures. Le mois dernier, un groupe appelé Safe September BC a organisé une manifestation pour exiger le port obligatoire du masque, la distanciation physique, la fourniture d’EPI et des options d’apprentissage à distance pour tous ceux voulant rester en dehors de l’école jusqu’à la fin de la pandémie (voir: Opposition de plus en plus forte à la réouverture téméraire des écoles par le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique).

L’un des facteurs majeurs motivant cette opposition est les mesures de sécurité totalement inadéquates adoptées par le gouvernement du NPD. La responsabilité du «contrôle quotidien de la santé» a été confiée aux parents, plutôt qu’à un personnel médical qualifié fourni par le gouvernement et les conseils scolaires. Les cohortes sociales sont limitées à 60 élèves dans les écoles primaires et les collèges et à 120 élèves dans les écoles secondaires, et tant les élèves que le personnel ne sont pas tenus d’observer la distanciation physique dans leurs cohortes.

Les classes surpeuplées posent également un problème. Les données du ministère de l’Éducation estiment que la taille moyenne des classes est de 18 élèves pour la maternelle, de 19,9 pour les classes de la 1re à la 3e année, de 23,9 pour les classes de la 4e à la 7e année et de 22,1 pour les classes de la 8e à la 12e année. Pendant l’année scolaire 2018-2019, il y avait 812 classes avec plus de 30 élèves.

Le nombre d’écoles en Colombie-Britannique a diminué de 200 depuis l’année scolaire 2000-2001. La taille des classes, malgré une brève baisse en 2016-2018 suite à un arrêt de la Cour suprême du Canada, augmente à nouveau. Les pénuries de personnel à l’origine de ce problème sont le produit inévitable de décennies d’austérité pour l’éducation et d’autres services publics et sociaux mises en œuvre par les gouvernements néo-démocrates et libéraux de la Colombie-Britannique.

L’actuel gouvernement néo-démocrate dirigé par John Horgan est arrivé au pouvoir en 2017 après 16 ans de gouvernement libéral en Colombie-Britannique. Horgan a obtenu une majorité au Parlement grâce au soutien de trois députés du Parti Vert sur la base d’un programme de droite de «responsabilité fiscale» poursuivant le cadre financier établi par ses prédécesseurs libéraux.

Horgan, qui a été un proche allié des libéraux fédéraux «progressistes» de Trudeau alors qu’ils augmentaient les dépenses militaires de 70 % et imposaient des réductions réelles du financement des transferts provinciaux en soins de santé, a été soutenu tacitement par la BCTF lors des élections provinciales de 2017.

À l’époque, le président de la BCTF, Glen Hansman, avait déclaré: «Nous demandons aux Britanno-Colombiens, en particulier aux enseignants et aux parents, de voter pour des candidats qui sont dignes de confiance et qui feront passer les enfants de la Colombie-Britannique et leur éducation en premier.» Le résultat final de cette campagne électorale pro-NPD est clairement visible pour tous maintenant avec le refus du syndicat d’organiser une quelconque opposition à la dangereuse réouverture des écoles.

La protection de la vie des enseignants, des étudiants et de leurs familles ne peut pas être laissée entre les mains des syndicats procapitalistes et du gouvernement. Elle nécessite une mobilisation politique indépendante des enseignants, des étudiants et de leurs partisans parmi les autres catégories de travailleurs, en mettant en place des comités de sécurité provenant de la base dans chaque école et dans chaque quartier. Aux États-Unis, les enseignants ont déjà formé de tels comités pour prendre en main la lutte contre la COVID-19. Nous encourageons vivement tous ceux qui sont d’accord avec ce programme à nous contacter et à rejoindre le Comité de sécurité des enseignants.

(Article paru en anglais le 19 octobre 2020)