Après l’attentat terroriste de Conflans, Macron promeut une hypocrisie anti-Musulmane type «liberté d’expression»

Par Will Morrow
19 octobre 2020

Moins de 48 heures après l’assassinat terroriste du professeur Samuel Paty près de Paris, vendredi, l’établissement politique en France s’est rangé derrière une campagne d’ «unité nationale» pour des mesures renforcées contre les musulmans.

Paty, enseignant en géographie, a été assassiné peu après 17h, à sa sortie du lycée à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Son agresseur a été identifié par la police comme Abdoullah Anzonov, un jeune tchéchène de 18 ans, né à Moscou en 2002, dont les parents sont réfugiés en France depuis 2011. Anzonov a voyagé 80 kilomètres dans les transports en communs, armé d’un couteau de 30cm et d’un fusil à air comprimé, et a attendu Paty hors du lycée. Après l’avoir suivi pendant 500m, il a poignardé Paty plusieurs fois avant de le décapiter en public. Lorsque la police est arrivée, Anzonov a crié «Allah Akbar» en faisant feu sur eux, avant d’être abattu.

Le président Macron a immédiatement exploité le meurtre horrifiant de Paty pour intensifier sa campagne antimusulmane. Son gouvernement a déclaré que l’attaque démontrait la nécessité de la loi «anti-séparatisme», qui sera présentée à l’Assemblée le 9 décembre, et qui sera peut-être désormais renforcée.

La loi interdit les écoles islamiques où les filles portent le foulard, sans aucune restriction similaire pour les écoles chrétiennes; elle donne de grands pouvoirs à l’État pour dissoudre toute association qui n’adhère pas aux «valeurs de la République» telles que formulées par le Ministère de l’Intérieur.

Anzonov semble avoir été motivé par des vidéos partagés sur les réseaux sociaux, dont une crée par le père d’une élève de Paty, l’accusant d’avoir attaqué l’Islam et insulté ses élèves musulmans.

Le 5 Octobre, Paty a annoncé aux élèves qu’il leur montrerait le lendemain une image produite par Charlie Hebdo, dans le cadre d’un débat sur la «liberté d’expression.» Le dessin, qui montre le prophète Mohammed nu, est typique des provocations antimusulmanes qui sont la spécialité de Charlie Hebdo. Paty a signalé aux élèves que certains pouvaient trouver l’image offensive et qu’ils pourraient se tourner ou quitter la salle s’ils ne voulaient pas la voir.

S’exprimant vendredi soir, Macron a essayé de présenter son gouvernement comme le défenseur moral des «valeurs de la République,» la liberté d’expression et les droits démocratiques, menacés par l’islam. «Il n’y a pas de hasard si ce soir, c’est un enseignant que ce terroriste a abattu, parce qu’il a voulu abattre la République dans ses valeurs, les Lumières, la possibilité de faire de nos enfants d’où qu’ils viennent, qu’ils croient ou qu’ils ne croient pas, quelle que soit leur religion, d’en faire des citoyens libres. Cette bataille, c’est la nôtre, et elle est existentielle.»

Il a ajouté: «Ils ne passeront pas. L’obscurantisme et la violence qui l’accompagne ne gagneront pas», appelant à «l’ensemble de nos compatriotes, dans ce moment, à faire bloc, à être unis sans aucune distinction».

Il est difficile de décrire l’hypocrisie de cette tentative de Macron de se présenter en tant que rempart des traditions démocratiques. La principale réputation de son gouvernement vient peut-être des condamnations qu’il a reçues d’organisations internationales de droits-humains à cause de sa violence policière, et des images transmises au monde des CRS attaquant, gazant et tirant avec des LBDs sur les manifestants. Il dirige actuellement des guerres impérialistes à travers le Sahel et le Moyen-Orient, et laisse mourir des milliers de réfugiés qui se noient en méditerranée en essayant d’atteindre l’Europe.

Quand à la «liberté d’expression,» Macron a poursuivi les journalistes de Disclose qui ont révélé des ventes d’armes françaises illégales pour soutenir la guerre criminelle de l’Arabie Saoudite contre la population du Yémen. La loi «anti-séparatiste» est seulement la dernière dans une campagne de persécution par des gouvernements socialistes et gaullistes successifs, qui ont cultivé une atmosphère officielle xénophobe en France, y compris avec l’interdiction du foulard dans les écoles publiques en 2004, et de la burqa dans les lieux publics en 2010.

Marine Le Pen a immédiatement utilisé les commentaires de Macron pour exiger des mesures encore plus dures contre les immigrants et les musulmans. Répondant au commentaire de Macron qu’«ils ne passeront pas,» Le Pen a tweeté, «ils sont déjà là.»

Tout l’établissement politique, de Jean Luc Mélenchon et sa France Insoumise au Parti Socialiste et à LR (Les Républicains), a rejoint cet appel de Macron à l’«unité nationale.»

Hier, le premier ministre Jean Castex s’est présenté avec plusieurs ministres au rassemblement de plusieurs milliers de personnes à Paris. Des représentants de tous les partis étaient présents, y compris de LFI, du PS et de LR. D’autres rassemblements de quelques centaines à quelques milliers de personnes ont eu lieu dans d’autres villes du pays où des gens sont venus pour montrer la solidarité contre le meurtre de Paty. Comme toujours, la classe dirigeante essaye d’exploiter l’indignation justifiée de la population pour obtenir du soutien pour sa politique réactionnaire, cultivant une atmosphère hystérique antimusulmane.

Dans un entretien avec Le Parisien, Bernard Cazeneuve, l’ancien premier ministre PS, a blâmé «des formations politiques dont les élus se sont compromis pour gagner les élections municipales ou entretenir des clientèles électorales afin d’être réélus,» ainsi que «l’islamo-gauchisme qui regarde avec les yeux de Chimène certaines organisations communautaristes qui ont en elles une défiance, pour ne pas dire une forme de haine de la République.»

Manuel Valls, ancien ministre de l’intérieur dans le gouvernement PS de François Hollande, a partagé un tweet de la commentatrice d’extrême-droite Céline Pia, qui a déclaré qu’elle n’irait pas au rassemblement à Paris, parce que ses organisateurs «appartiennent pour l’essentiel à la gauche qui a sombré dans l’islamo-gauchisme.» Valls a déclaré qu’il «partage pour beaucoup» les arguments de Pia, mais qu’il irait quand-même au rassemblement. Il a appelé à la dissolution du Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), une organisation légale.

Dans un entretien avec BFMTV Samedi, Jean-Luc Mélenchon a directement lié l’attaque de vendredi à la violence de gangs à Dijon ces derniers mois, pour la seule raison que des tchétchènes y étaient impliqués. Quand on lui a demandé s’il soutiendrait l’appel de Macron à «faire bloc», il a répondu: «Bien sûr… Si le chef de l’État fait un appel à l’unité, il fait un appel utile, parce que le but des terroristes c’est de diviser.»

Mélenchon a ajouté qu’il avait décidé de soutenir la loi «anti-séparatiste» de Macron: «Nous aurons, dans la prochaine loi qui arrive—puisque désormais elle s’appelle ‘loi de renforcement de la laïcité,’ ce n’est plus la même chose—à prendre des mesures qui soient efficaces pour réprimer la possibilité pour ces gens de s’attrouper.»

Il reste beaucoup de questions sur comment la meurtre de Paty a pu se passer. Il était déjà la cible d’une campagne active sur les réseaux sociaux depuis plus d’une semaine avant d'être tué. Le même parent d’élève avait porté plainte contre lui pour partage d’images pornographiques, et Paty avait répondu en portant plainte contre lui pour diffamation publique.

Abdelhakim Sefrioui, un islamiste fortement surveillé par le renseignement français, a publiquement appelé à la démission de Paty et l’a dénoncé dans plusieurs vidéos. Cependant, il apparaît qu’aucune mesure de protection n’ait été mis en place, ni pour l’école, ni pour Paty lui-même. Dans plusieurs attaques terroristes en France, il a été ensuite révélé que les attaquants étaient soit très connus du renseignement national, soit hautement surveillé avant que l’attaque ne se produise.