La politique d’«immunité collective» de Trump et la terreur d’extrême-droite

Par Andre Damon
15 octobre 2020

Selon Newsweek mardi, deux responsables du gouvernement Trump ont déclaré que la Maison-Blanche soutenait la Déclaration de Great Barrington, qui prône l’infection massive de la population par le COVID-19 grâce à une politique d’«immunité collective».

Cette déclaration est issue d’une réunion organisée par l’Institut américain de recherche économique (American Institute for Economic Research – AIER), un groupe de réflexion libertaire de droite basé à Great Barrington, dans le Massachusetts. Elle appelle les gouvernements à «renforcer l’immunité au virus par une infection naturelle», décourage le travail à distance et encourage les rassemblements de masse où le virus peut se propager. La mise en œuvre de cette politique signifierait des morts à grande échelle.

Toutes les autorités sanitaires réputées condamnent la politique d’«immunité collective», y compris l’Organisation mondiale de la santé. Lundi, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié une telle politique de «contraire à l’éthique». Il a ajouté: «On obtient l’immunité collective en protégeant les personnes contre un virus, et non en les exposant à celui-ci. Jamais dans l’histoire de la santé publique, on n’a utilisé l’immunité collective comme stratégie pour répondre à une épidémie, et encore moins à une pandémie».

Mais c’est précisément la politique que le gouvernement Trump et d’autres gouvernements dans le monde entier ont mise en œuvre.

Le Washington Post a cité un responsable de la Maison-Blanche qui a déclaré: «Le plan [la Déclaration de Great Barrington] approuve ce que la politique du président a été pendant des mois».

Si la Maison-Blanche a cru «pendant des mois» que les efforts pour contenir la pandémie sont contre-productifs, alors son refus de prendre des mesures élémentaires pour arrêter la propagation de la pandémie en janvier et février doit être considéré comme de l’homicide volontaire. Se fondant sur la conviction que l’infection massive de la population est une bonne chose, la Maison-Blanche a délibérément et sciemment mené des politiques ayant entraîné plus de 200.000 décès aux États-Unis.

Le responsable anonyme a poursuivi: «Tout le monde sait que 200.000 personnes sont mortes. C’est extrêmement grave et tragique. Mais d’un autre côté, je ne pense pas que la société doive être paralysée, et nous connaissons les méfaits de confiner les gens dans leurs logements».

Le gouvernement Trump intensifie également son attaque contre le Dr Anthony Fauci dans le cadre d’un effort plus large visant à saper toute réponse coordonnée à la pandémie. Fauci a récemment mis en garde: «Si nous ne faisons pas ce qu’il faut en automne et en hiver, nous pourrions avoir 300.000-400.000 décès dus au Covid-19».

La politique d’homicide de la classe dirigeante en réponse à la pandémie est au centre de la crise politique sans précédent aux États-Unis. Pour mettre en œuvre cette politique, l’élite dirigeante a recours à des formes de pouvoir de plus en plus violentes et dictatoriales.

L’approbation ouverte par la Maison-Blanche de l’«immunité collective» survient quelques jours seulement après que des responsables des agences de police aient révélé un complot au stade avancé de terroristes d’extrême droite visant à kidnapper et à tuer la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer. Le complot, qui selon des informations parues mardi visait également le gouverneur de Virginie Ralph Northam, était centré sur l’opposition aux restrictions même les plus minimales visant à contenir la pandémie.

Le complot est né de manifestations de droite en avril et mai, menées par des milices lourdement armées, dans les capitales des États du Michigan, de la Virginie, du Wisconsin et d’autres États. Ces manifestations, encouragées par l’appel de Trump à «libérer» ces États, ont eu lieu alors que la classe dirigeante réclamait le retour au travail après les mesures limitées adoptées en mars en réaction aux protestations des travailleurs de l’automobile et d’autres sections de la classe ouvrière alors que la pandémie se propageait.

Fin mars, le Congrès a adopté à la quasi-unanimité la loi CARES qui a approuvé le transfert de milliers de milliards de dollars à Wall Street et aux entreprises américaines. Ayant garanti ses intérêts, la classe dirigeante a immédiatement exigé la fin de toutes les mesures qui sapaient le flux de profits destinés à payer le sauvetage des riches.

Bien que menée par Trump, cette politique est bipartite. Ce fut Thomas Friedman, un chroniqueur du New York Times, un journal Démocrate, qui l’a promue en premier. Il a déclaré que «le remède ne pouvait pas être pire que la maladie», c’est-à-dire que les mesures visant à contenir la pandémie n’en valaient pas le coût. Dans tout le pays, sous la houlette des démocrates et des républicains, les États ont commencé à lever les restrictions imposées aux entreprises et à renvoyer les salariés à leur travail. Les médias ont joué leur rôle en présentant les petites manifestations de droite comme une expression légitime du sentiment populaire.

Les conséquences étaient prévisibles: une nouvelle expansion du virus et une augmentation du nombre de décès. La classe dirigeante est néanmoins opposée à de nouvelles mesures pour contenir la propagation. Dans le même temps, l’impact économique du virus a produit une catastrophe sociale massive pour des dizaines de millions de personnes, qui se trouvent privées d’allocations chômage et confrontées à la pauvreté, à l’expulsion de leur logement et à la faim.

Trump réagit à ces développements en intensifiant ses conspirations. À trois semaines des élections, il alimente la violence d’extrême droite et menace de rester au pouvoir, quel que soit le résultat des élections. Il compte sur la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême, à la suite des audiences d’investiture de cette semaine, pour sanctionner ce coup d’État.

La réaction de la classe dirigeante à la pandémie explique également le rôle du Parti démocrate en tentant de dissimuler et de minimiser le complot putschiste du Michigan et ses liens avec la politique du gouvernement Trump. Biden et d’autres Démocrates de premier plan ont gardé le silence sur l’importance des efforts déployés pour renverser les gouvernements d’États.

Les Démocrates, un parti de Wall Street et de l’armée, sont terrifiés par tout ce qui pourrait alimenter une opposition populaire plus large au gouvernement Trump. Une mobilisation de la population contre le complot fasciste centré à la Maison-Blanche nécessiterait de révéler les intérêts sociaux qui l’animent, comme l’application de la politique d’«immunité collective» que toute la classe dirigeante promeut.

Quoi qu’il arrive lors des élections, les événements de cette année ne peuvent être défaits. La politique de la classe dirigeante est fondamentalement incompatible avec la préservation de formes démocratiques de gouvernement. Pour défendre ses intérêts et ses profits, la classe dirigeante a employé la terreur d’extrême droite, dont la cible ultime est l’opposition ouvrière.

La lutte contre la dictature doit être liée à la mobilisation politique de la classe ouvrière contre la campagne homicide de retour au travail, le chômage de masse et un niveau d’inégalité sociale sans précédent dans l’histoire. Il s’agit nécessairement d’une lutte contre la classe dominante et contre l’ensemble du système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 14 octobre 2020)