Le WSWS répond à OKDE-Spartakos sur les occupations de lycées grecs

Par Alexandre Lantier
14 octobre 2020

Le WSWS a reçu la lettre suivante d'un membre de OKDE-Spartakos, l’allié grec du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en France. La lettre critique l'article du WSWS Un avertissement sur le silence que fait Révolution Permanente (NPA) sur les occupations de lycée en Grèce, qui révèle la complicité du site web Révolution Permanente dans un black-out médiatique international des manifestations de masse en Grèce contre la politique sanitaire meurtrière de la classe dirigeante. Suit une réponse d'Alexandre Lantier.

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Je suis Manos, membre du bureau politique de l'OKDE-Spartacus en Grèce. J'ai lu un de vos articles concernant le silence de Revolution Permanente sur l’actuel mouvement des jeunes en Grèce. Dans cet article, un certain nombre d'informations fausses ou trompeuses apparaissent concernant notre organisation.

a. Notre organisation aurait des liens directs avec le NPA français. Ce n'est pas tout à fait exact. Nous faisons partie du SUQI, et de la tendance publique permanente appelée «Tendance pour une Internationale révolutionnaire», qui s'oppose à l'orientation de l'Internationale. Le NPA regroupe diverses internationales et tendances, et n'a donc pas de lien direct officiel avec nous.

b. En écrivant qu'OKDE-Spartakos a des liens directs avec le NPA, qui a soutenu SYRIZA, il est évident que vous insinuez que nous avons également soutenu SYRIZA. C'est totalement inexact, nous n'avons soutenu ce parti social-démocrate lors d'aucune élection. Nous nous sommes publiquement opposés à la FI pour l'avoir fait, ce que vous savez déjà, je suppose, ou que vous devriez savoir en parlant de notre organisation. Voyez
https://www.okde.org/index.php/en/announcements/87-announcements/128-letter-of-the-cc-of-okde-spartakos-to-the-bureau-of-the-fi-on-the-greek-situation.

D'autres choses dans l'article ne sont pas correctes: par exemple, ANTARSYA n'est certainement pas une coalition petite-bourgeoise. Mais cela pourrait être une question d'interprétation politique sur laquelle nous pouvons être en désaccord. Par contre, mes remarques ci-dessus concernent des faits incontestables. Il s'agit d'une question d'honnêteté pour rétablir la vérité sur OKDE-Spartakos.

J'attends de vous que vous n'ignoriez pas ce message, au nom de l'honnêteté révolutionnaire.

Fraternellement
Manos

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Plus d'un million de personnes sont mortes de COVID-19, et les États et les syndicats du monde entier envoient les jeunes à l'école et les travailleurs au travail dans des conditions mortifères. Il est plus que jamais essentiel que les travailleurs et les jeunes en lutte contre ces politiques d'immunité collective sachent la vérité. Aucun des points soulevés par OKDE-Spartakos n'est valable, et les critiques faites par le WSWS du NPA, de Syriza et d’OKDE-Spartakos sont correctes.

D’ailleurs, OKDE-Spartakos n'essaie même pas de contester le fait que NPA a soutenu le gouvernement grec pro-austérité Syriza ("Coalition de la gauche radicale") et qu'il cache les manifestations grecques afin de les empêcher de s'étendre à la France. Il accepte ces accusations accablantes sans commentaire. Il tente seulement de prendre ses distances avec le NPA, affirmant qu'il n'est pas «tout à fait» exact de dire qu'OKDE-Spartakos est lié au NPA ou à Syriza.

C'est un tour de passe-passe: OKDE-Spartakos avoue ensuite qu'il fait «partie du SUQI», la Secrétariat unifié, un réseau de partis petit-bourgeois dont le NPA est la section française. Mais cela constitue un «lien direct» avec le NPA. En effet, le site Web d’OKDE-Spartakos publie de multiples déclarations du NPA sur des sujets allant de la Grèce au sommet écologique COP-21.

Le bilan sordide du NPA comprend sa dénonciation des «gilets jaunes» en 2018 comme étant des néo-fascistes, son soutien à Syriza, et son appel à l’État français pour armer les «rebelles» libyens et syriens soutenus par la CIA. OKDE-Spartakos préfère donc se faire passer non pas pour un allié du NPA, mais pour sa faction «de gauche», autour d'une page Facebook «Tendency for a Revolutionary International». Mais leur «Déclaration commune pour un projet internationaliste révolutionnaire en Europe» continue de traiter le NPA d’«alternative anticapitaliste» en France.

Ce piètre fatras et la tentatives d'OKDE-Spartakos de faire la leçon à la WSWS sur «l'honnêteté révolutionnaire» visent à masquer sa politique corrompue.

Dans cette pandémie mondiale, le Comité international de la IVe Internationale (CIQI) a souligné les tâches politiques posées aux travailleurs et aux jeunes internationalement. Il faut des comités de sécurité indépendants des syndicats, et une direction révolutionnaire pour préparer politiquement une opposition systématique, des grèves de masse et de la prise de pouvoir afin d’obtenir les ressources pour une lutte scientifique, humaine et socialiste contre COVID-19. Si travailleurs non essentiels et jeunes ne peuvent s’abriter chez eux, le coût en vies humaines sera horrifiant.

Selon OKDE-Spartakos, par contre, les travailleurs n'ont pas besoin de rompre avec les syndicats et la classe politique. Il ne conteste pas l'analyse du WSWS selon laquelle les syndicats et les partis petit-bourgeois ne mobilisent rien parce qu'ils s'attendent à ce que des milliards en crédits européens transitent via les sauvetages des banques et les comités d’entreprise pour finir dans leurs portefeuilles d’actions et trésoreries syndicales. Mais OKDE-Spartakos laisse entendre que l’aile «révolutionnaire» de ces organisations corrompues émergera et mènera une politique de gauche.

Sur cette base, il tente de canaliser la colère sociale des jeunes derrière des tentatives, vouées à l’échec, de gagner ces organisations à une ligne «de gauche».

Dans les années 1930, Trotsky a écrit sur les centristes comme Marceau Pivert en France qui, en brouillant les lignes entre révolution et réaction, bloquaient la croissance d'un parti révolutionnaire. Pivert, disait-il, «comprend absolument pas qu'une manière impitoyable de poser les questions fondamentales et une féroce polémique contre les fluctuations ne sont que la nécessaire réflexion idéologique et pédagogique de l'implacable et cruel caractère de la lutte des classes de notre temps. Pour lui, il semble que c'est du "sectarisme", manque de respect de la personnalité des autres, etc. autrement dit, il reste entièrement sur le terrain de la petite bourgeoisie moralisatrice.»

Il faut ajouter que, par rapport aux partis petits-bourgeois pro-impérialistes actuels, comme le NPA, des figures comme Pivert étaient des titans de la lutte des classes.

OKDE-Spartakos attaque le WSWS, affirmant que sa décision de relier OKDE-Spartakos au NPA et à Syriza démontre un manque de respect. Il accuse le WSWS d’«insinue[r] que nous avons également soutenu SYRIZA. C'est totalement inexact, nous n'avons soutenu ce parti social-démocrate lors d'aucune élection.» OKDE-Spartakos renvoie ensuite à l'un de ses articles qui reproche à la direction centrale du SUQI d'avoir soutenu Syriza lors des élections de 2012.

La WSWS n'a pas besoin d'«insinuer» quoi que ce soit: le soutien apporté par OKDE-Spartakos à Syriza est de notoriété publique. Il est vrai qu'OKDE-Spartakos n'a pas soutenu Syriza directement lors d’elections, comme il l’ajoute dans une esquive jésuitique. Mais il a soutenu Syriza en rejoignant des forces se disant à gauche de Syriza – à savoir, la coalition Antarsya – qui soutenaient Syriza tout en disant se méfier de sa politique pro-capitaliste.

Dans le lien qu'il a envoyé au WSWS, OKDE-Spartakos dit avoir «pris la décision politique de participer au projet de gauche unitaire anticapitaliste d'ANTARSYA», et que «ANTARSYA a rencontré SYRIZA et a accepté de coopérer et de marcher ensemble dans les luttes». OKDE-Spartakos a pourtant oublié de dire que Syriza était en lutte contre la classe ouvrière.

OKDE-Spartakos a appelé à un «front unique» avec Syriza. Dans son document de 2012, il écrit: «Nous pensons qu'il est crucial pour la gauche anticapitaliste grecque et en particulier pour ANTARSYA de continuer avec une tactique de front unique, mais en même temps elle doit préserver son indépendance politique et le programme de transition anticapitaliste sur lequel elle a mené des luttes difficiles dans les syndicats, sur les lieux de travail et parmi les jeunes.»

Selon OKDE-Spartakos, Syriza a rédigé sa plate-forme 2012 avec des partis de droite, dont la Nouvelle démocratie et les Grecs indépendants (extrême droite). Il a spéculé qu’ «après quelques mois, un éventuel gouvernement SYRIZA s'effondrera, laissant un champ libre à un gouvernement de droite». Néanmoins, selon lui, la construction d'une force qui se poserait en critique de gauche de Syriza mais qui s'allierait en fait avec Syriza, était le «seul espoir». Alors qu'OKDE-Spartakos prétendait se battre pour son «indépendance politique», il s'alliait en fait à un parti capitaliste.

L'expérience du gouvernement Syriza, devenu pour des millions de personnes dans le monde entier synonyme de trahison, a mis à nu cette stratégie réactionnaire. Élue en 2015 en promettant de mettre fin à l'austérité de l'UE, Syriza a obtenu un «non» massif, à 61 pour cent, dans un référendum sur l'austérité, pour ensuite adopter des politiques d'austérité draconiennes et mettre en place des camps de détention pour réfugiés dans les îles grecques.

Les faits ont justifié les avertissements du WSWS et prouvé qu'OKDE-Spartakos avait tort sur presque tout. Le seul point où il a eu raison est le fait que Syriza était alliée à l'extrême droite: Syriza a bâti une coalition gouvernementale avec les Grecs indépendants. Mais Syriza est resté au pouvoir non pas pendant quelques mois mais pendant quatre ans, imposant sans relâche l'austérité et la répression. Quant à OKDE-Spartakos et Antarsya, loin d'empêcher Syriza de mettre en œuvre des politiques de droite, ils s’y sont accommodés.

OKDE-Spartakos a cyniquement salué la victoire électorale de Syriza dans une déclaration du 26 janvier 2015 en tant que «grande défaite» du capitalisme grec. Il a aussi salué le référendum de juillet 2015 sur l'austérité, après lequel Syriza a adopté des coupes sociales draconiennes, en disant que le vote pourrait «ouvrir, sous des conditions appropriées, un nouveau cycle de crise politique du système qui nous exploite et nous opprime». Cette trahison a dégoûté les travailleurs non seulement de Syriza, mais aussi d'Antarsya et d'OKDE-Spartakos, qui avaient fait un «front unique» avec lui.

Si OKDE-Spartakos voulait sérieusement aborder les questions politiques, ils discuteraient des conclusions à tirer des nombreuses défaites et trahisons auxquelles ils ont participé. Pourquoi cette tendance se répète-t-elle toujours? Mais l'OKDE-Spartakos ne fait que répondre par des évasions malhonnêtes, en niant qu'elle ait du tout à voir avec les trahisons commises par ses plus proches alliés. La perspective et l'orientation liquidationnistes du SUQI sous-tendent cette attitude.

Le SUQI descend d'une tendance dirigée par Michel Pablo et Ernest Mandel qui s'est séparée du CIQI en 1953, appelant à liquider le mouvement trotskyste, pays par pays, en les partis nationalistes bourgeois ou staliniens. Selon eux, le mouvement trotskyste ne pouvait pas fournir une direction politique à la classe ouvrière internationale et devait rechercher des alliances avec les forces pro-capitalistes.

Ils ont développé une orientation petite-bourgeoise mêlant stalinisme avec une politique sociétale. Cela sous-tend à la fois l'orientation du NPA vers Syriza, qui englobe des forces tiées du Parti communiste grec stalinien et des mouvements étudiants post-soixantehuitards, et celle de l'OKDE-Spartakos vers Antarsya – une coalition similaire de groupes verts et pablistes alliés aux partisans maoïstes grecs du philosophe stalinien français Louis Althusser.

Une lutte internationale contre la politique sanitaire meurtrière de la bourgeoisie exige une rupture impitoyable avec cette orientation, et une lutte sur les perspectives révolutionnaires internationales pour l'indépendance politique de la classe ouvrière défendues par le CIQI contre le pablisme.