Le FMI émet un avertissement sur la dette

Par Nick Beams
6 octobre 2020

Le Fonds monétaire international (FMI) a averti que la pandémie de COVID-19 a poussé les niveaux de dette internationale, déjà à des niveaux records en 2019, à des sommets qui pourraient déclencher une crise.

L’avertissement est contenu dans un billet de blogue publié la semaine dernière et cosigné, entre autres, par la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. On peut y lire que, par rapport à la fin de 2019, les ratios d’endettement moyens «devraient augmenter d’environ 20 pour cent du PIB dans les économies avancées, de 10 pour cent du PIB dans les économies émergentes et d’environ 7 pour cent dans les pays à faible revenu».

Ces augmentations s’ajoutent à des niveaux d’endettement qui étaient déjà historiquement élevés. Alors que «de nombreuses économies avancées ont encore la capacité d’emprunter, les marchés émergents et les pays à faible revenu sont confrontés à des limites beaucoup plus strictes sur leur capacité à supporter une dette supplémentaire», peut-on lire.

Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, à Munich le 14 février 2020 (AP Photo/Jens Meyer, Dossier)

Le billet de blogue a averti qu’avant que la pandémie ne frappe, environ la moitié des pays à faible revenu et que «plusieurs économies de marché émergentes étaient déjà en crise d’endettement ou couraient un risque élevé de l’être, et l’augmentation accrue de la dette est alarmante». Elle a déclaré que, juste au moment où ces pays commençaient à se remettre de la pandémie, beaucoup d’entre eux «pourraient subir une deuxième vague de détresse économique déclenchée par les défauts de paiement, la fuite des capitaux et l’austérité budgétaire».

Le FMI a déclaré que, bien qu’aucune crise de la dette ne soit apparue jusqu’à présent en raison des mesures prises par les banques centrales – l’injection de billions de dollars dans le système financier – ces mesures devenaient «rapidement insuffisantes». La suspension du service de la dette initiée par le G20 expire à la fin de l’année et les pays en développement auront besoin d’un financement supplémentaire à faible coût en 2021 et au-delà.

Jusqu’à présent, la plupart des mesures ont porté sur les liquidités afin de maintenir l’accès des pays aux financements, tant de sources officielles que du marché. «Mais à mesure que la crise se poursuit, les problèmes de solvabilité – l’incapacité à rembourser les dettes – vont de plus en plus se faire sentir».

Le FMI a déclaré qu’il «travaillait dur pour prévenir une crise de la dette» et que le monde était «à un moment critique et ne devrait pas rester inactif en attendant la crise». Il doit «revoir son arsenal» et «faire le maximum pour prévenir, et si nécessaire, anticiper, un autre bourbier de la dette souveraine». L’alternative était «des défauts de paiement à grande échelle» qui «porteraient gravement atteinte aux économies et retarderaient leur reprise pendant des années», les pays à faible revenu étant particulièrement menacés.

Cependant, très peu d’actions ont été proposées qui correspondent d’une manière ou d’une autre à la gravité de la crise à laquelle fait référence le FMI. Les seules mesures concrètes ont été des appels à étendre l’actuelle initiative de suspension du service de la dette, à mettre en place une «architecture de la dette plus solide» et à «toutes les parties prenantes à faire leur part pour réduire le risque de catastrophe et ouvrir la voie à un système financier plus sûr».

Une analyse du FMI publiée le mois dernier sur l’«architecture internationale» de la dette souveraine a noté que même si les mesures de restructuration de la dette depuis 2014 avaient largement porté leurs fruits, des lacunes dans le système «pourraient poser des problèmes lors de futures restructurations».

Celles-ci découlent du développement de nouvelles méthodes de financement de la dette et cette diversité dans la base de crédit signifie qu’elle est devenue plus «diverse et fragmentée», ce qui a déjà «posé des défis encore plus grands».

L’analyse a déclaré que «si une crise systémique de la dette souveraine liée à la COVID et nécessitant de multiples restructurations profondes se concrétisait, la boîte à outils de résolution actuelle pourrait ne pas être adéquate pour traiter la crise efficacement et des instruments supplémentaires pourraient devoir être activés à court terme».

Alors que le FMI essaie toujours de montrer qu’il maitrise la situation, l’image réelle qu’il présente est celle d’une crise qui s’aggrave et qui pourrait rapidement dégénérer.

La question de la dette ne se limite en aucun cas à la dette souveraine des économies de marché émergentes et des pays à faible revenu. Elle se trouve au cœur de toutes les grandes économies, surtout des États-Unis.

Un reportage publié dans le Wall Street Journal la semaine dernière a noté que les États-Unis se trouvent plongés dans la crise la plus profonde depuis la Grande Dépression, avec les niveaux d’endettement les plus élevés de leur histoire.

Au total, la dette des consommateurs, du gouvernement et des entreprises américains, alimentée par des années de taux d’intérêt très bas, s’élève maintenant à 64.000 milliards de dollars, soit plus du triple du PIB américain.

Il a noté que même avant la pandémie, le pourcentage de dettes des emprunts automobiles en souffrance avait presque atteint les niveaux observés à la suite de la crise financière de 2008.

La faiblesse des taux d’intérêt a également conduit à un niveau record d’endettement des entreprises. Cela fait craindre que «les niveaux élevés d’endettement des entreprises en période de récession puissent les obliger à ralentir leurs dépenses et leurs embauches pour rembourser ce qu’elles doivent, ou bien elles pourraient être tout simplement submergées par leurs remboursements».

Le problème de la dette est exacerbé par l’utilisation de fonds empruntés pour financer des rachats d’actions qui ont atteint un niveau record de 806 milliards de dollars en 2018. Il s’agit d’un mécanisme par lequel les entreprises s’endettent non pas pour faire des investissements financiers, mais pour augmenter les revenus des dirigeants, récompensés pour la hausse du prix des actions, et les fonds spéculatifs.

La qualité de la dette a considérablement diminué avec le doublement, au cours de la dernière décennie, du montant des obligations d’entreprises notées triple B – la plus mauvaise qualité d’investissements. Jusqu’à présent, le marché des obligations d’entreprises a été soutenu par les plans de sauvetage des gouvernements, la réduction du taux d’intérêt de la Reserve Fédérale à un niveau proche de zéro et l’intervention de la banque centrale pour racheter des obligations d’entreprises.

Le reportage du Wall Street Journal a également noté qu’aux États-Unis les gouvernements des États et des municipalités n’avaient pas mis de côté de l’argent pour couvrir le coût des retraites et que leurs problèmes s’aggravaient maintenant en raison de la réduction des recettes qui proviennent des impôts sur le revenu et sur les ventes, ce qui a pour conséquence la réduction des services et le licenciement de travailleurs.

(Article paru en anglais le 5 octobre 2020)