PSOE et Podemos proposent l‘immunité collective alors que le COVID-19 fait rage à Madrid

Par Alejandro Lopez
5 octobre 2020

Cette semaine, le gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE)-Podemos a conclu un accord avec les autorités régionales de Madrid sur des politiques pour les quartiers ouvriers les plus touchés par le virus. Saluées comme ayant une approche «scientifique», ces mesures extrêmement limitées, destinées à permettre la réouverture complète de l'économie espagnole, se résument à entériner les politiques d'immunité collective du PSOE et du parti «populiste de gauche» Podemos. Elles permettront au virus de se propager massivement et sans entrave.

La décision de Podemos d'adopter des politiques indiscernables de celles d'innombrables gouvernements capitalistes réactionnaires est un avertissement. Ses affiliés «populistes de gauche» à l’international seraient tous prêts à appliquer le même genre de politique meurtrière, que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France, Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce ou Bernie Sanders en Amérique. Pour la classe ouvrière, il n'y a pas de stratégie électorale pour lutter contre le COVID-19 ; cela nécessite de se tourner vers la lutte de classe internationale.

Le prétexte de l'accord était la crise sanitaire catastrophique à Madrid où 500 personnes sont mortes dans les deux dernières semaines. Le ministère espagnol de la Santé a enregistré 11 325 nouveaux cas vendredi, pour bonne partie dans la région de Madrid ; le nombre total d'infections s'élevant à 789.932; les statistiques officielles montrent que plus de 53 000 personnes sont décédées.

Avec les nouvelles règles, l'Espagne introduira des restrictions dans les zones de plus de 100 000 habitants et d'incidence cumulée sur 14 jours de 500 cas pour 100 000 personnes, où 10 pour cent des tests affichent positifs et où plus de 35 pour cent des lits en soin intensif sont occupés par les patients atteints de COVID-19.

Ces seuils sont bien plus laxistes que ceux recommandés par les organisations internationales.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) note que lorsque plus de 5 pour cent des tests PCR sont positifs, cela peut être considéré comme un signe de transmission communautaire. Pourtant, 20 pour cent des tests PCR sont positifs à Madrid et 11 pour cent en moyenne en Espagne. Le Harvard Global Health Institute recommande d’ordonner des mesures d’auto-isolement à domicile lorsque le taux d'incidence atteint 350 cas pour 100 000 habitants. Le chiffre pour Madrid est deux fois plus élevé.

Selon les réglementations de PSOE-Podemos, dès qu’un quartier franchit leur seuil, comme c’est le cas de la plupart des quartiers de Madrid, les entrées et les sorties seront restreintes «à l'exception des déplacements, dûment justifiés». Cependant, elles contiennent tellement d'exceptions et de justifications pour les déplacements que les employeurs et les autorités scolaires peuvent exiger que les travailleurs non-essentiels et les élèves continuent d’aller au travail et l'école. Cela signifie qu'ils continueront d'être exposés au virus et de le transmettre.

Les travailleurs et les jeunes peuvent être tenus de violer l'ordonnance relative à l’auto-isolement à domicile pour garantir «le respect des obligations professionnelles, commerciales ou légales», et «la présence dans les universités, les centres d'enseignement et d'éducation, y compris les écoles maternelles». Autrement dit, les campagnes de retour à l'école et de retour au travail de l'élite dirigeante doivent se poursuivre sans relâche.

Dans une agglomération de la taille de Madrid, tout cela est inapplicable. Selon une enquête de 2018, il y a plus de 2,2 millions de trajets par jour entre Madrid et les autres villes de banlieue de la région. Selon une estimation, au moins 40 pour cent des déplacements sont effectués à des fins professionnelles ou éducatives. Des millions de déplacements continueront donc d'avoir lieu.

Au cas où ces mesures ne permettraient pas au virus de se propager suffisamment, le PSOE et Podemos ajoutent d'autres exceptions à leurs restrictions. Celles-ci comprennent «l'assistance et les soins aux personnes âgées, aux mineurs, aux personnes à charge, aux personnes handicapées ou en particulier aux personnes vulnérables»; «les déplacements vers des établissements financiers et d'assurances qui ne peuvent être reportés»; les «actions requises ou urgentes impliquant l'administration publique»; «les renouvellements de permis et de documents officiels, ainsi que d'autres procédures administratives qui ne peuvent être différées»; et «la réalisation d'examens ou de tests officiels qui ne peuvent être reportés».

En fait, les restrictions affecteront principalement les rassemblements en dehors du travail et de l'école. Ces rassemblements seront limités à six personnes, les parcs pour enfants seront fermés et tous les bars fermeront, mais seulement à 22 heures. Parallèlement, la classe dirigeante attribue la résurgence du COVID-19 à la «culture familiale» espagnole, aux câlins et bisous, et aux fêtes de jeunes.

En bref, les restrictions visent à endormir la population, soutenant que la classe dirigeante met en œuvre des politiques sanitaires basées sur la science, alors qu'en fait elle met en œuvre une politique d'immunité collective permettant au virus de se propager en Espagne et dans toute l'Europe.

Au Royaume-Uni, il y a couvre-feu à 22h00 pour tous les bars et restaurants et interdiction des rassemblements de plus de six personnes. Jeudi, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a prévenu que Paris avait dépassé les seuils d’alerte et était passé au niveau «d'alerte maximale», ce qui pourrait entraîner la fermeture de bars et de restaurants.

Après avoir conclu mardi l'accord avec le gouvernement PSOE-Podemos, l'administration régionale de droite de Madrid s'y est soudainement opposée à la dernière minute, déposant un recours devant la Haute Cour d'Espagne. Le chef de la santé de Madrid, Enrique Ruiz Escudero, a déclaré que ces mesures coûteraient 8 milliards d'euros à l'économie.

En réalité, les mesures se distinguent peu de celles déjà mises en œuvre par Madrid au cours des deux dernières semaines. Le quotidien pro-PSOE El País a reconnu que «l'appel [en justice] ignorait le fait que le gouvernement régional lui-même avait déjà mis en œuvre les mêmes mesures dans 45 zones sanitaires de base de la capitale espagnole et des environs ».

Un fossé sépare l'ensemble de l'establishment politique de la classe ouvrière.

Les scientifiques s’alarment des politiques criminelles adoptées. Javier del Águila, spécialiste de médecine préventive et de santé publique, a déclaré à El País que les restrictions aux déplacements étaient «comme si l'on discutait de l'opportunité d'agir lorsque l'incendie a déjà atteint les fondations du bâtiment, ou juste avant». Il a déclaré: «Nous sommes en retard pour appliquer des mesures modestes comme une limite des clients dans les bars et restaurants.[ …] Au moment présent, nous sommes dans une situation où vous devez demander aux gens de rester chez eux ou les y obliger».

Alors que les preuves scientifiques et le bon sens dictent qu'une ordonnance d’auto-isolement à domicile est nécessaire, Podemos indique clairement qu'ils ne tolérera aucune mesure qui entrave les profits de la classe dirigeante, même si cela signifie que le virus continuera de sévir. C'est précisément pourquoi, après avoir approuvé de petites manifestations contre le gouvernement de droite de Madrid, il a rapidement fait marche arrière, annulant les manifestations lorsqu’elles commençaient à mobiliser plus de monde, terrifié qu’elles puissent prendre un caractère de masse.

Néanmoins, des manifestations spontanées, appelant à plus de dépenses pour la santé publique et à moins pour la police et l'armée, se poursuivent chaque jour, en particulier dans les quartiers populaires.

La grande majorité de la population exige des mesures plus strictes. Même lorsque des millions de travailleurs et de petites entreprises ont subi de graves pertes avec un confinement capitaliste où leurs salaires et pertes financières n'étaient pas compensés, près de 60 pour cent des personnes interrogées dans le dernier sondage d'État en Espagne souhaitaient des mesures d'isolement «plus exigeantes». Contrairement au mythe de l'irresponsabilité populaire colporté par la classe dirigeante, plus de 84 pour cent de la population espagnole porte des masques tous les jours.

Les neuf derniers mois ont montré que la lutte contre la pandémie dépendait de l'intervention indépendante de la classe ouvrière. Il est urgent pour les travailleurs d'Europe et du monde d'organiser des comités de sécurité de la base sur les lieux de travail indépendamment des syndicats et de préparer une grève générale pour arrêter la résurgence rapide du COVID-19. Cette lutte ne peut se faire que sur une base internationale et fondée sur une opposition intransigeante aux bureaucraties syndicales et aux partis de «la gauche populiste » comme Podemos, qui sont leurs alliés.

(Article paru en anglais le 3 octobre 2020)