Bridgestone, Total: une vague de licenciements traverse la France

Par Anthony Torres
28 septembre 2020

Après avoir reçu des milliers de milliards d’euros des deniers publics de l’Union européenne sous prétexte de la pandémie de Covid-19, le patronat européen restructure l’économie sur la base de licenciements massifs et de plans d’austérité.

En début de semaine dernière, le groupe Total a annoncé jeudi la reconversion de sa raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) en une "plateforme zéro pétrole". Cela signifie 150 suppressions de postes, sans compter la cinquantaine de contractuels et les 500 emplois sous traitants.

Mi-septembre, Bridgestone a dit que la fermeture de l’usine de Béthune serait la seule option pour «sauvegarder la compétitivité de ses opérations en Europe». Après avoir reçu plusieurs millions du dispositif mis en place par le gouvernement PS pour améliorer la compétitivité de cette usine, Bridgestone a déclaré que ce site ne peut affronter la concurrence des pneus chinois. Le groupe a refusé d’investir pour permettre à l’usine de passer sur une montée en gamme des pneus.

Selon l’avocat au barreau de Paris et spécialiste des procédures judiciaires, Fiodor Rilov, «Il y a simplement une volonté de cette entreprise d’augmenter son niveau de profit. Le résultat opérationnel du groupe Bridgestone était de 4 milliards en 2018 et de 3 milliards en 2019, loin devant Michelin et Goodyear … L’intervention des politiques est tardive, hypocrite et cynique. On a précisément démantelé la plupart des outils qui permettent d’éviter le démantèlement d’une usine comme Bridgestone. Ceci est le résultat du dispositif mis en place par Emmanuel Macron lorsqu’il était au ministère de l’Économie.».

Après avoir annoncé la suppression de 15.000 emplois dans le monde, le géant mondial Airbus a dévoilé mardi un «plan d’adaptation» à la COVID-19 lors d’un comité d’entreprise européen à Blagnac, près de Toulouse. Airbus France a présenté un plan de performance collective comportant un gel des salaires et la casse d’avantages sociaux (compte épargne temps, primes).

L’État français pilote avec les fonds du plan de relance de l’UE une restructuration de l’économie pour détruire massivement l’emploi et les entreprises jugées non compétitives. Une violente politique de classe se dessine. Gavés de crédits octroyés par la collectivité, l’aristocratie financière et le patronat veulent toutefois réduire à la misère des millions de travailleurs et de petits entrepreneurs.

Selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les entreprises «vont se dire qu'elles sont obligées de réduire leurs effectifs. Par conséquent, nous nous attendons dans les semaines et les mois qui viennent à un nombre de licenciements élevés et à des faillites.»

«Quand vous anticipez -50 pour cent sur votre chiffre d'affaires, il n'y a pas 36 solutions», a déclaré un économiste à Europe1. Un comité interministériel de restructuration industrielle et une délégation interministérielle aux restructurations d'entreprises, ont vu leurs moyens renforcés.

L’offensive contre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs lancée en Europe après la dissolution stalinienne de l’Union soviétique s’accélère et s’approfondit. Dix ans après que les États soient intervenus pour renflouer les banques suite au krach de 2008, les licenciements et l’austérité servent à accroître les profits par une surexploitation de la classe ouvrière.

Après avoir été mis quasiment à l’arrêt par la Covid-19, l’économie mondiale subit une accélération drastique de la restructuration lancée avant la pandémie. La contraction du marché mondial et la chasse aux profits poussent les entreprises à licencier en masse. Les secteurs où l’impact est le plus prononcé sont ceux liés aux déplacements des personnes (transport, surtout compagnies aériennes ou transport naval, et hôtellerie) et des secteurs sous-jacents (fabrication de matériel de transport, restauration).

Quelques jours après la fin du confinement, des entreprises stratégiques du capitalisme européen annonçaient pour des dizaines de milliers de licenciements. A présent les gouvernements à travers l’Europe préparent une vague de licenciements de fin d’année et au début de l’année prochaine.

Vendredi 11 septembre, une filiale de la branche poids lourds de Volkswagen, a annoncé son intention de supprimer 9.500 emplois, soit un quart de ses effectifs dans le monde afin d’économiser 1,8 milliard d’euros. Une réflexion est en cours pour les sites de Steyr, en Autriche, et de Plauen et Wittlich, en Allemagne.

Outre-Rhin, les plans sociaux ont déjà commencé dans l’automobile. Le 9, le sous-traitant Schaeffler a annoncé la suppression de 4.400 postes, tandis que Continental envisage d’en sacrifier 30.000 dans le monde, dont la moitié en Allemagne.

En Espagne, les hôteliers qui ont manifesté à Madrid, le 9 septembre, pour appeler le gouvernement à l’aide. 400.000 emplois auraient été détruits dans ce secteur.

En France, de nombreux plans sociaux sont en cours, mais la plupart sont encore en préparation. Selon l’avocate de chez De Gaulle-Fleurance, Déborah David, «Beaucoup d'entreprises appellent pour connaître les procédures et ce qu'elles pourraient éventuellement mettre en place pour absorber les effets de la crise. Mais ce sont plus des informations qu'elles sollicitent pour plus tard.»

La politique de licenciements de masse et de sauvetage des banques menée par l’Union européenne est le versant social de la politique criminelle de réouverture des écoles et des lieux de travail non-essentiels. Ces politiques, qui font peser un risque mortel sur les travailleurs, s’organisent avec la complicité des organisations syndicales.

La lutte pour défendre l’emploi et les acquis sociaux doivent mettre en avant le mot d’ordre socialiste d’expropriation de la bourgeoisie européenne, possible que par la création de comités d’action dans la classe ouvrière indépendants des bureaucraties syndicales, pour la prise du pouvoir des travailleurs et les États-Unis socialistes d’Europe.