La résistance de la classe ouvrière monte contre la campagne de retour au travail

Par Jerry White
16 septembre 2020

Alors que le nombre de décès causés par le coronavirus aux États-Unis approche les 200.000 et que la catastrophe économique et sociale à laquelle sont confrontés des millions de travailleurs s’intensifie, les signes de résistance de la classe ouvrière se multiplient.

Lundi, près de 4.000 employés de bureau, de la maintenance et d’autres services ont quitté les campus et les établissements hospitaliers de l’Université de l’Illinois à Chicago, Peoria et Champaign-Urbana. Après plus d’un an de négociations pour un nouveau contrat, les travailleurs de l’UI ont voté à l’unanimité pour autoriser l’Union internationale des employés de services (SEIU) à lancer une grève. Ils exigent un personnel suffisant pour assurer la sécurité du personnel, des patients et des étudiants, des équipements de protection individuelle (ÉPI) appropriés et une charge de travail moindre.

Ils réclament également une augmentation du salaire de base minimum pour les travailleurs des secteurs de l’alimentation, du bâtiment et des autres services, qui gagnent moins de 15 dollars de l’heure.

Les travailleurs des services ont rejoint les 800 soignants de l’hôpital de l’Université de l’Illinois (UIH) à Chicago, qui ont débrayé et sont sortis de l’hôpital samedi. Les soignants de cet l’hôpital, l’un des plus grands centres hospitaliers urbains du pays, luttent contre le manque chronique de personnel, qui a rendu leur travail encore plus dangereux pendant la pandémie. Au moins deux infirmières y sont décédées des suites du COVID-19. L’hôpital est situé dans un comté où plus de 5.100 personnes ont succombé à la maladie mortelle.

Ces débrayages surviennent alors que près de 2.000 instructeurs pour étudiants diplômés entament leur deuxième semaine de grève à l’Université du Michigan, à Ann Arbor. Les travailleurs étudiants diplômés réclament l’enseignement à distance sur le campus, où 45.000 étudiants ont repris les cours fin août.

Des étudiants diplômés lors d’un piquet de grève à l’université du Michigan le 11 septembre 2020 (Photo: WSWS)

La semaine dernière, les membres de l’Organisation des employés diplômés (GEO) ont rejeté une offre de l’université qui rejetait leurs revendications, et le week-end dernier, les grévistes ont voté la prolongation de la grève. Ils ont obtenu le soutien de travailleurs de la construction, des membres de la faculté et d’employés des restaurants universitaires. Les conseillers résidentiels ont rejoint la grève après que l’université les ait imprudemment exposés à des étudiants infectés dans les dortoirs.

En Illinois et au Michigan, les travailleurs sont confrontés à l'opposition du Parti démocrate. Le gouverneur milliardaire de l’Illinois, J.B. Pritzker, qui dirige le conseil d'administration de l'université, soutient les efforts pour briser la grève à l'hôpital universitaire de Chicago. Au Michigan, le Conseil des Régents, contrôlé par le Parti démocrate, demande une injonction judiciaire pour briser la grève.

L’opposition à la réouverture meurtrière des collèges s’accroît dans tout le pays, le nombre d’infections sur les campus dépassant les 50.000, selon un décompte d’Axios. Les étudiants et professeurs de l’Université d’État de l’Iowa et de l’Université de l’Iowa organisent une grève commune à partir de ce mercredi. L’opposition des étudiants et des travailleurs se renforce à l’Université d’État de San Diego (SDSU), à l’Université de Californie de San Diego, à l’Université du Wisconsin, à Cornell et d’autres universités.

La réouverture des écoles publiques a déjà entraîné la mort d’au moins six enseignants au cours du mois dernier au Missouri, en Caroline du Sud, en Iowa, au Mississippi et en Oklahoma. L’une d’entre eux était une professeure d’éducation spécialisée qui avait seulement 28 ans, Demetria «Demi» Bannister, à Columbia, Caroline du Sud.

À New York, les enseignants de l’école publique (PS) 139 de Brooklyn ont refusé d’entrer dans le bâtiment lundi matin ; ceux du lycée Murry Bergtraum de Manhattan sont sortis de l’établissement une semaine avant la réouverture des écoles pour les cours en présentiel dans le plus grand district scolaire d’Amérique. En colère face à l’accord de réouverture des écoles entre la Fédération unie des enseignants (UFT) et le maire Démocrate, Bill de Blasio, les enseignants de la PS 139 ont dénoncé le manque de ventilation et de personnel pour nettoyer leur bâtiment centenaire et la distribution de thermomètres imprécis. Ils ont exigé pour les 1,1 million d’élèves du district un enseignement exclusivement à distance.

L’opposition se répand également parmi les travailleurs de l’industrie. Vendredi soir, les travailleurs de l’usine de sièges automobiles Lear Corporation à Hammond, Indiana, ont arrêté la production. Ils ont refusé de travailler pendant plusieurs heures après avoir appris l’existence de cas potentiels de COVID-19 dans l’usine. L’arrêt de travail a obligé la Ford Motor Company à faire tourner au ralenti son usine d’assemblage de Chicago, située à proximité. Le débrayage s’est fait au mépris du syndicat automobile UAW, dont les responsables ont défendu la direction.

Les travailleurs de l’automobile ont mis en place des comités de sécurité de base, indépendants des syndicats dans des usines Fiat Chrysler et Ford de Detroit, Toledo et Chicago ainsi que dans l’usine de pièces détachées Faurecia en Indiana. Des enseignants ont formé des comités similaires à New York, Detroit, en Floride et au Texas.

L’industrie du conditionnement de la viande, qui a en grande partie rédigé l’ordonnance que Trump a utilisée pour invoquer la Loi de production pour la Défense et forcer les travailleurs contestataires à retourner dans les usines infectées fin avril, continue d’être un vecteur de propagation du COVID-19 et d’opposition de la part des travailleurs

Après six mois au cours desquels au moins 18.000 travailleurs ont été infectés et au moins 203 sont morts, l’Administration de sécurité et santé au travail (OSHA) a émis ses deux premières citations la semaine dernière contre cette industrie. Elle a infligé à la multinationale JBS, qui vaut 52 milliards de dollars, un total de 15.615 dollars pour des violations dans son usine de Greeley, Colorado, et à Smithfield Foods 13.494 dollars pour des violations à son usine de Sioux Falls, Dakota du Nord. Cela représente 2.425 dollars pour chacun des 12 travailleurs ayant perdu la vie dans ces deux usines, où 1.500 ouvriers ont été infectés.

En Californie et en Oregon, les travailleurs agricoles immigrés qui ont mené plusieurs grèves pour exiger des conditions de travail sûres sont maintenant contraints de continuer à travailler au milieu de la pandémie et de l’air toxique et étouffant des incendies de la côte ouest.

Comme l’ont montré les révélations du journaliste du Washington Post, Bob Woodward, la semaine dernière, le président Trump connaissait les dangers sans précédent du coronavirus dès janvier 2020 et a délibérément menti au public américain pour éviter la «panique». Les Démocrates et les médias, qu’on a également informés, furent de ce complot visant à empêcher une chute de la bourse et une rébellion des travailleurs pour sauver leur vie.

Ce sont uniquement les actions de la classe ouvrière, notamment une vague de grèves sauvages et de protestations des travailleurs de Fiat Chrysler au Michigan, en Ohio, en Indiana et à Windsor, Ontario. Ces actions ont forcé la fermeture d’industries et d’écoles en mars dernier ainsi que des fermetures partielles ordonnées par les gouvernements des États. Ces actions s’inscrivaient dans une vague de luttes des travailleurs du monde entier.

Une fois que la loi CARES a été adoptée avec le soutien quasi unanime des deux partis bourgeois, remettant plus de mille milliards de dollars à Wall Street et aux grandes entreprises, les deux partis ont immédiatement commencé la campagne pour ramener les travailleurs dans les usines et autres lieux de travail. Il s’agissait d’assurer que les ouvriers produisent les profits nécessaires pour payer la montagne de dettes des entreprises et du gouvernement générés par cette loi. Les Démocrates et les Républicains ont laissé l’allocation de chômage fédérale de 600 dollars par semaine expirer fin juillet afin d’augmenter la pression sur les travailleurs pour qu’ils retournent au travail.

Les syndicats ont été partenaires dans cette campagne de retour au travail. Après les grèves de travailleurs de tous les constructeurs automobiles de Detroit en mars, l’UAW a travaillé avec la direction pour orchestrer le redémarrage de la production à la mi-mai. Les syndicats d’enseignants, qui ont dissimulé l’épidémie d’infections à New York en mars, collaborent maintenant à la réouverture des écoles dans tout le pays.

La classe dirigeante est responsable d’une catastrophe sociale, qui génère une puissante vague d’opposition ouvrière. Effrayé par ce mouvement naissant, Trump incite à la violence fasciste contre les manifestants. Biden et les Démocrates, non moins terrifiés par la montée du sentiment anticapitaliste, s’attachent avant tout à empêcher l’opposition de masse de menacer la politique de base de la classe dirigeante: faire porter à la classe ouvrière le fardeau de la crise sans précédent du capitalisme américain.

Comme l’a écrit le comité politique du Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) dans sa déclaration «L’élection de la guerre civile» la semaine dernière, «Les luttes des différentes sections de la classe ouvrière doivent s’organiser et s’unir en formant des comités indépendants de sécurité dans les usines, les lieux de travail et les quartiers. La lutte des enseignants contre la campagne de reprise scolaire doit être liée à celle des étudiants contre la réouverture des universités, à celle des travailleurs contre les conditions horribles dans les usines, des chômeurs contre la dévastation sociale et des jeunes contre la violence policière».

«Dans toute lutte, la question du pouvoir politique est en jeu: quelle classe dirige et dans l’ intérêt de qui! La seule solution à la crise est celle dirigée contre le système capitaliste. Il faut détourner massivement les ressources sociales du renflouement des riches et du financement du militarisme et de la guerre. La richesse des oligarques doit être saisie et il faut transformer les gigantesques sociétés et banques en services publics pour créer les conditions d’un programme coordonné au niveau mondial pour sauver des vies».

La tâche principale devant nous est la construction du Parti de l’égalité socialiste en tant que direction révolutionnaire de cette lutte. Nous invitons les travailleurs et les jeunes à nous contacter et à se joindre à la lutte.

(Article paru d’abord en anglais le 15 septembre 2020)