Trump, Roger Stone appelle à la violence et à la répression après le jour des élections

Par Patrick Martin
15 septembre 2020

Lors d’un rassemblement de campagne et d’une interview télévisée, le président Donald Trump a réitéré ses menaces de répression policière et militaire pendant et après les élections du 3 novembre pour se maintenir au pouvoir. Il a de nouveau laissé entendre qu’il «méritait» un troisième mandat, pour un total de 12 ans de mandat, bien que cela soit contraire à la Constitution américaine.

Son discours de campagne, samedi soir à Minden, Nevada, une petite ville près de Reno, comprenait une litanie d’insultes et de menaces contre son adversaire Démocrate, l’ancien vice-président Joe Biden. Il a déclaré qu’il battrait Biden au Nevada et au niveau national le 3 novembre.

«Et puis, après cela, nous négocierons, n’est-ce pas?» a déclaré Trump. «Nous sommes basés sur la façon dont on nous a traités — ainsi nous avons probablement droit à quatre autres années après ces années-là.» Trump a suggéré à plusieurs reprises de rester en fonction au-delà de la limite des deux mandats fixée par le 22e amendement de la Constitution.

Trump a également affirmé qu’il ne pouvait pas être battu aux élections du 3 novembre à moins que le vote ne soit «truqué». Les sondages d’opinion montrent qu’il est à la traîne de Biden. Tant au niveau national que dans pratiquement tous les États «du champ de bataille», dont le Nevada, bien que de nombreux sondages montrent un resserrement de la course.

Le même jour, Trump a accordé un entretien à l’émission Justice With Jeanine sur Fox News, animée par Jeanine Pirro, dans laquelle il a ouvertement menacé de violence ses adversaires politiques. Pirro a demandé: «Disons qu’on a proféré des menaces, ils disent qu’ils vont menacer d’émeutes s’ils perdent le soir des élections, en supposant que nous ayons un gagnant le soir des élections. Qu’allez-vous faire?»

Trump a répondu: «Nous y mettrons fin très rapidement s’ils font cela», ajoutant: «Nous avons le droit de faire cela, nous avons le pouvoir de le faire si nous le voulons.»

Il a ensuite cité la loi sur l’insurrection de 1807, dont il avait menacé d’invoquer en juin contre les manifestations de masse contre les violences policières. Ces manifestations ont balayé les États-Unis après l’assassinat de George Floyd par la police à Minneapolis.

Faisant référence à la Garde nationale et aux autres troupes fédérales. Il a déclaré: «Nous les ferons intervenir simplement et nous le faisons très facilement. Je veux dire que c’est très facile. Je préfère ne pas le faire parce qu’il n’y a aucune raison de le faire, mais si nous devions le faire, nous le ferions et nous l’arrêterions en quelques minutes, en quelques minutes».

Plus tard dans le même entretien, il a affirmé que les manifestants contre la violence policière étaient payés par les riches libéraux. C’est un argument explicitement antisémite avancé par le groupe fasciste QAnon et Breitbart News d’ultra droite, qui présentent le milliardaire libéral George Soros, un survivant de l’Holocauste, comme le responsable de l’activité politique de gauche en Amérique.

Trump a également défendu l’assassinat par la police de Michael Reinoehl, le manifestant antifasciste de Portland abattu le 3 septembre par les policiers et les marshals. Ces derniers font partie du Groupe d’intervention sur les délinquants violents du nord-ouest du Pacifique (Pacific Northwest Violent Offenders Task Force). Le gouvernement fédéral dirigeait le Groupe. Trump a souligné son rôle personnel en ordonnant l’assassinat de Reinoehl, en disant: «Deux jours et demi se sont écoulés et j’ai demandé quand vous alliez le chercher? Les US Marshals sont allés le chercher».

Il a poursuivi: «Les Marshals américains l'ont tué et je vais vous dire quelque chose, c'est comme ça que ça doit se passer. Il doit y avoir un châtiment quand vous avez un crime comme celui-ci. Il ne peut pas y avoir des gars qui se tiennent debout et qui veulent se battre...»

Roger Stone, le conseiller et ami politique de longue date de Trump, a proféré des menaces de violence encore plus graves. Trump a sauvé Roger Stone de la prison en juillet en commuant sa peine pour avoir menti aux commissions du Congrès et au conseiller spécial Robert Mueller.

Stone est apparu le 10 septembre dans l’émission «Infowars» animée par le fasciste Alex Jones. Il a déclaré que Trump allait probablement perdre les élections du 3 novembre, bien qu’il ait affirmé que cela serait le résultat d’un vote «corrompu» par l’utilisation de bulletins de vote par correspondance.

Il a ensuite exhorté Trump à déclarer la loi martiale; à invoquer la loi sur l’insurrection; à saisir les urnes dans les États comme le Nevada où le vote par correspondance prévaut; et à arrêter les opposants politiques dans les médias et au sein du Parti démocrate. Selon un compte-rendu du groupe de surveillance Media Matters, Stone a déclaré que Trump aurait «l’autorité» d’arrêter: le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg; le PDG d’Apple, Tim Cook; l’ancien secrétaire à la défense, James Mattis; et «les Clinton».

Stone a cité un rapport de la publication en ligne le «Daily Beast» sur les manifestations prévues contre Trump s’il prétend à tort avoir gagné le vote du 3 novembre. «Si le Daily Beast est impliqué dans des actes… séditieux prouvés», a déclaré Stone, «tout leur personnel peut être mis en détention et leur bureau fermé». Il a ajouté: «Ils veulent jouer à la guerre, c’est la guerre.»

On doit prendre ces divagations fascistes au sérieux. Trump et ses hommes de main politiques sont profondément impopulaires, mais ils ont un avantage important. Leur opposition nominale au sein du Parti démocrate représente la même classe que Trump — Wall Street et les super-riches — et ce parti n’a pas l’intention de mener une lutte sérieuse contre une prise de pouvoir par l’ultra-droite.

Comme le Parti de l'égalité socialiste l'a mis en garde dans une déclaration publiée le 9 septembre par le «World Socialist Web Site»: «La campagne entre Trump et Biden oppose un gouvernement qui fait de plus en plus ouvertement appel à la violence et à la répression d’État policier. Cela, devant une campagne du Parti démocrate qui, comme toujours, n’offre pas de véritable autre choix que la tendance à l’autoritarisme et à la guerre.»

Trump n’a pas de stratégie électorale, dans le sens où il cherche à gagner le soutien d’une majorité de ceux qui votent lors de l’élection du 3 novembre. Voire même dans des États qui pourraient lui donner une majorité au Collège électoral. Il cherche plutôt à créer une telle atmosphère de chaos et de crise avant l’élection qu’il puisse prétendre à la direction du pays. Il s’attend d’être soutenu par la police, des sections de l’armée et des groupes armés de droite.

Plus largement, comme le dit la déclaration du SEP du 9 septembre: «Trump cherche à créer les conditions, quelle que soit l’issue du 3 novembre, dans lesquelles il émergera comme le leader d’un mouvement extra-constitutionnel de droite.»

La menace d’un régime autoritaire aux États-Unis ne peut être combattue par le biais du Parti démocrate et en votant pour la liste de Biden et du sénateur Kamala Harris. Au contraire, les Démocrates ne représentent qu’une alternative pour une même destination. Alors que, Trump cherche à instaurer un État policier, soutenu par des bandes armées de ce qu’il appelle aujourd’hui des «milices de citoyens». Les Démocrates cherchent à subordonner la vie politique à la CIA et au Pentagone, les instruments réactionnaires de l’impérialisme américain.

Tout au long des quatre années de mandat de Trump, les Démocrates ont cherché à détourner toute l’opposition populaire à Trump dans l’impasse de leur campagne anti-russe de droite. Cela continue aujourd’hui, avec Biden qui fustige Trump pour ne pas s'être opposé au président russe Vladimir Poutine au sujet des prétendues «primes» versées par Moscou aux talibans pour le meurtre de soldats américains en Afghanistan. Toutefois, on n’a produit aucune preuve pour ces affirmations. Biden a ensuite déclaré que s’il était élu, il ne retirerait pas les troupes américaines d’Afghanistan, d’Irak ou de Syrie.

Aucun des deux partis capitalistes, les Démocrates ou les Républicains, n’offre de solution à la crise qui frappe la société américaine. Notamment la pandémie de coronavirus, l’effondrement économique qui en résulte, et le déchaînement continu de la violence policière qui fait un millier de victimes par an.

Les candidats du Parti de l’égalité socialiste en 2020, Joseph Kishore pour la présidence et Norissa Santa Cruz pour la vice-présidence, offrent le seul véritable choix différent des partis jumeaux du grand capital. Nous invitons les travailleurs et les jeunes à contacter notre campagne et à rejoindre la lutte pour le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 14 septembre 2020)

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