Covid-19: le gouvernement français impose la rentrée des classes sans mesure de précaution

Par Jacques Valentin
15 septembre 2020

Afin d’imposer un redémarrage sans restriction aucune de l'économie, le gouvernement français abandonne les mesures de précaution prises sur la rentrée des classes.

Ce que signifiera cette politique est sorti au grand jour en Espagne, où la deuxième vague européenne de Covid-19 est la plus avancée. La première ministre régionale de droite de Madrid, Isabel Ayuso, a déclaré: «Il est probable que pratiquement tous les enfants, d'une manière ou d'une autre, seront infectés par le coronavirus». C'est effectivement ce qui attend les enfants en Espagne et dans toute l'Europe et leurs familles si la classe ouvrière ne s'oppose pas à la politique de retour forcé à l'école.

Pour la rentrée scolaire de septembre en France, l'enseignement à distance est abandonné; tous les enfants doivent être présents dans des classes surchargées. Ce ne sont plus les professeurs qui se déplacent comme lors de la réouverture partielle des établissements en juin, mais les élèves en foule dans les couloirs. Le phénomène de «brassage des classes», que le ministère déclarait vouloir éviter, serait ainsi très important. Pour les cours de langues et dans d’autres matières thématiques, les enfants sont regroupés entre plusieurs classes.

Pour les bus scolaires, les récréations et les cantines, le «brassage» est aussi la règle. Tout se passe comme avant le confinement avec quelques aménagements, quand c'est possible. Une explosion de l'épidémie se prépare en milieu scolaire, avec pour seule protection la barrière des masques, et à partir du collège seulement. Toutefois, les masques sont peu efficaces en cas de distanciation sociale insuffisante.

Afin de contraindre les parents à reprendre le travail par tous les moyens, rien n’avait été prévu pour garder les enfants si des classes fermaient pour des cas de Covid-19. Jean-Michel Blanquer, sur BFM-TV le lundi 7 septembre, a carrément dit: «On travaille sur un congé parental en cas de fermeture d'école». Le congé parental c'est un congé sans solde et donc un coût énorme pour les familles ouvrières!

Finalement, le nombre des cas augmentant très vite, le gouvernement a annoncé jeudi dernier qu'il réactiverait chômage partiel dans le privé et autorisations d'absence pour les fonctionnaires, pour un des parents, en cas de fermeture de classe ou d'école. Le but était manifestement d’éviter une explosion sociale.

Les critères de fermeture des classes et des écoles sont flous. La décision est prise par le rectorat en concertation avec l’Agence Régionale de Santé. Le ministère refuse de communiquer la liste des classes et écoles fermées et ne fournit occasionnellement que les données brutes du nombre de classes et d’établissements concernés.

On retrouve la même volonté de dissimulation que lors de la première vague de Covid-19 au début de l’année, lorsqu'il était impossible de connaître la situation dans les maisons de retraite. On doit se tourner vers la presse régionale pour des informations locales. Le groupe d’enseignants militants des «stylos rouge» propose aussi une application de cartographie officieuse des fermetures au niveau national.

Le 7, Blanquer a annoncé que 28 établissements scolaires et 262 classes avaient fermé en raison du coronavirus, depuis la rentrée. C’était déjà un quasi triplement du nombre de classes en l’espace d’un week-end seulement. Gabriel Attal a annoncé jeudi dernier que 32 écoles et 524 classes étaient fermées.

Les «stylos rouge» recensent plus de 1.200 établissements touchés dimanche. C’est une flambée épidémique caractérisée. Le ministère ne ferme quasiment plus que les classes et non les établissements, malgré le phénomène de «brassage» important que nous avons signalé, augmentant ainsi les risques de contagion.

Un autre problème, qui va prendre une importance croissante, c’est de distinguer la Covid-19 des autres pathologies. Alors que les rhumes commencent à peine à apparaître chez les enfants avec la fin de l'été, les cabinets médicaux sont débordés d'appels, suite à des refus d'accès à l'école pour ces pathologies.

Les consignes pour les parents sont de garder l’enfant à la maison si sa température est supérieure à 38°C. En revanche les consignes données aux enseignants et responsables d'établissements font référence à des «signes cliniques» variés qui pourraient faire suspecter la Covid-19. Les établissements refusent de plus en plus d’enfants, surtout dans les crèches et le primaire.

Tout cela affole les parents qui ne savent pas dans quel cas ils doivent tester l'enfant pour la Covid-19. Cela augmente considérablement les jours de congés pour enfants malades. Ceux-ci sont en nombre limités et sont à la charge financière des parents, sauf si la convention collective prévoit la prise en charge par l'employeur.

Comme de toute façon la Covid-19 est contagieuse avant l'apparition des symptômes et que les enfants font plus de cas asymptomatiques que les adultes, ces mesures ne bloqueront pas l'épidémie. La confusion entre la Covid-19 et maladies hivernales s'accentuera avec l'augmentation des cas de Covid-19 et l'arrivée des maladies hivernales.

Peu avant la rentrée, le premier ministre Jean Castex, n'a rien trouvé de mieux à proposer en guise de mesure de précaution, que: «Évitons que papi et mamie aillent chercher les enfants à l'école».

La campagne télévisuelle en cours sur la distanciation sociale pour protéger les personnes âgées illustre parfaitement ces propos et donne l'impression que les retraités français habitent dans de vastes appartements confortables ou des pavillons cossus qui leur permettent de réguler prudemment les contacts avec leurs enfants et petits enfants. Tout cela est un condensé de la condescendance dédaigneuse avec laquelle la bourgeoisie envisage la situation de la classe ouvrière.

Les quartiers populaires ont déjà payé un prix très lourd face à l'épidémie. Les travailleurs les moins bien rémunérés ont joué un rôle essentiel pour assurer la continuité du fonctionnement de l'économie pendant le confinement, souvent sans équipement de protection. Ils ont été beaucoup plus contaminés que le reste de la population. Une étude a montré que la mortalité a été deux fois plus élevée dans les communes les plus pauvres que dans les autres communes. Les mauvaises conditions de logement et une exposition professionnelle plus élevée sont les mécanismes probables qui expliquent cette différence.

Dans les quartiers ou vivent les travailleurs pauvres, les logements sont exigus et beaucoup de familles regroupent plusieurs générations, avec des aînés. Cela concerne souvent des travailleurs d'origine étrangère ayant plus de difficultés d'accès au logement et des traditions de cohabitations entre générations. Même si les aînés évitent d'aller chercher les enfants, la contamination frappera à nouveau en priorité les familles des quartiers populaires, cette fois via leurs enfants, lorsque l'épidémie envahira le système éducatif.

Alors que l'épidémie repart de plus belle, le gouvernement fait des économies mesquines sur le dos des travailleurs. Il a décidé par décret, applicable au 1er septembre, de réduire de façon drastique les catégories de personnes vulnérables, du fait de pathologies chroniques, qui pouvaient bénéficier du chômage partiel. Les autorisations d'absence des proches des personnes vulnérables sont également supprimées.

Le décret a été pris sans tenir compte des avis des associations de malades qui sont scandalisées.

La situation est particulièrement problématique pour les enseignants et le personnel scolaire en contact avec les enfants. Les personnes dont la santé est fragile devront prendre les transports surchargés si elles habitent dans une grande ville ou sa banlieue et seront ensuite exposées à des enfants potentiellement contagieux. La situation est encore plus grave dans le primaire, où les enfants ne portent pas de masques et où la proximité physique est plus importante.