Un groupe d’intervention fédéral tue un suspect dans l’assassinat d’un partisan de droite du Trump à Portland

Par Niles Niemuth
7 septembre 2020

Une équipe spéciale de recherche de fugitifs dirigée par des agents fédéraux a abattu Michael Forest Reinoehl, 48 ans, dans l’État de Washington jeudi soir. C’était quelques heures seulement après qu’un juge de l’Oregon ait émis un mandat d’arrêt à son encontre pour le meurtre d’un partisan de Trump lors d’une manifestation à Portland le 29 août.

On a annoncé la nouvelle du meurtre de Reinoehl quelques minutes seulement après que le président Donald Trump ait tweeté une demande pour que la police prenne des mesures contre le militant antifasciste. «Pourquoi la police de Portland n’arrête-t-elle pas le tueur de sang-froid d’Aaron “Jay” Danielson?» a écrit Trump. «Faites votre travail, et faites-le vite. Tout le monde sait qui est ce voyou. Pas étonnant que Portland devienne un enfer!»

Un membre de l’organisation d’extrême droite «Patriot Prayer», Danielson, 39 ans, a été tué par balle samedi dernier lors d’une provocation d’extrême droite. Au cours de cette provocation, des partisans de Trump ont conduit des pickups dans le centre-ville de Portland tout en tirant des balles de peinture et en se battant aux poings avec des manifestants contre la violence policière.

Jeudi, suite au meutre de Reinoehl, père de deux enfants, le procureur général William Barr a publié une déclaration macabre qui applaudissait ce qui semble être une exécution sommaire. Des US Marshals, des agents du FBI et des policiers d’État et locaux l’ont effectué. Dans sa déclaration, Barr a fait référence à deux reprises à Reinoehl en tant que membre de l’Antifa, alors qu’en fait, le défunt avait explicitement nié son appartenance à cette organisation aux contours difficiles à cerner, voire inexistante.

Officials work at the area late Thursday, Sept. 3, 2020, in Lacey Wash., where Michael Forest Reinoehl was gunned down by a fugitive task force. (AP Photo/Ted Warren)

Barr a qualifié le meurtre de Reinoehl d’«accomplissement significatif dans l’effort continu pour restaurer la loi et l’ordre à Portland et dans d’autres villes». Il a poursuivi en disant «Les rues de nos villes sont plus sûres grâce à l’élimination de cet agitateur violent, et les actions qui ont conduit à sa localisation sont une démonstration sans équivoque que c’est la loi qui gouverne les États-Unis et non des foules violentes.»

Cette déclaration faisait suite à un entretien dans lequel Barr défendait la fusillade qui a touché Jacob Blake, le 23 août dernier à Kenosha, dans le Wisconsin. Il a déclaré que la police cherchait à exécuter un mandat d’arrêt et que la victime — désormais paralysée à partir de la taille — était armée. Les témoins oculaires de la fusillade de Blake affirment qu’il n’était pas armé lorsqu’un officier de police vétéran de Kenosha lui a tiré sept balles dans le dos.

Barr n'a pas condamné le «vigilantiste» pro-Trump, Kyle Rittenhouse, qui a assassiné deux manifestants à Kenosha le mois dernier, et Trump a ouvertement défendu ce tueur.

Reinoehl avait régulièrement participé à des manifestations contre la violence policière à Portland. Il a assumé la responsabilité de la mort de Danielson. Il a dit au journaliste indépendant, Donovan Farley, dans une interview publiée jeudi par VICE News, qu’il avait tiré sur Danielson en légitime défense, craignant que lui et un ami ne soient sur le point d’être poignardés. «Je n’avais pas le choix», a-t-il déclaré. «Je veux dire, j’avais le choix. J’aurais pu rester assis là et les regarder tuer un de mes amis de couleur. Mais je n’allais pas faire ça.»

«J’étais confiant de ne pas avoir frappé d’innocent et je suis parti», a ajouté Reinoehl.

Il a expliqué qu’il ne s’était pas encore rendu à la Police, car il pensait qu’ils collaboraient avec des groupes de droite qui le «chassaient», et qu’il ne serait pas en sécurité en garde à vue. «Ils me chassent», a-t-il dit à Farley. «Il y a des postes sur les médias sociaux de chasse nocturnes et de l’endroit où ils vont chasser. Ils ont fait un post qui disait que les cerfs vont se sentir chanceux cette année parce que la chasse a Michael [Reinoehl] est ouverte en ce moment.»

La force de police qui a traqué et tué Reinoehl à Lacey (Washington), le Groupe chargé des délinquants violents du Nord-Ouest du Pacifique, comprenait des agents des US Marshals et du FBI ainsi que des agents du département de police de Lakewood, du département du shérif du comté de Pierce et du département des services correctionnels de l'État de Washington.

Des témoins ont déclaré avoir entendu des dizaines de coups de feu pendant l'assaut. Selon les US Marshals, ils avaient approché Reinoehl dans son vehicule. Selon eux, Reinoehl a «produit une arme à feu». Il les a incités à ouvrir le feu. «Les membres de la force d’intervention ont répondu à la menace et ont frappé le suspect. On l’a déclaré mort sur place» ont terminé les Marshals. Une vidéo des suites de l’incident montre des officiers lourdement armés se tenaient autour du corps de Reinhoel alors qu’ils sécurisent la zone.

Le lieutenant Ray Brady du bureau du shérif du comté de Thurston, le service qui supervisait l’enquête locale sur la fusillade. Il a déclaré aux médias que quatre officiers avaient tirés avec leurs armes, mais il n’a pas pu confirmer si Reinoehl avait ouvert le feu.

Portland a été le théâtre de manifestations nocturnes contre la violence policière et le racisme depuis plus de trois mois, dans le cadre de la vague de protestations multiraciales nationales et internationales qui ony éclatées à la suite du meurtre de George Floyd par quatre policiers de Minneapolis à la fin du mois de mai.

La situation s’est dramatiquement aggravée en juillet lorsque le président Trump a déployé des agents fédéraux. Cela comprenait la force paramilitaire BORTAC (de type RAID) de la US Border Patrol — sous le prétexte de protéger le palais de justice fédéral de Portland. La police fédérale en tenue antiémeute a tiré des gaz lacrymogènes et des balles «moins mortelles» sur les manifestants, fracturant dans un cas le crâne d’un manifestant. Le plus effrayant, c’est que les agents fédéraux ont commencé à enlever des manifestants et à les jeter dans des fourgons banalisés, dans le cadre d’opérations d'interpellations qui rappellent les dictatures latino-américaines.

Fin juillet, les forces fédérales se sont retirées face aux protestations croissantes, avec l’accord de la gouverneure démocrate, Kate Brown, pour déployer la police de l’État contre les manifestants. Aujourd’hui, Trump et le directeur par intérim du Département de la Sécurité intérieure, Chad Wolf, sont en train de discuter, une fois de plus, le déploiement des agents fédéraux contre les manifestations de Portland.

«Nous sommes prêts, désireux et capables d’envoyer, vous savez, un groupe massif de personnes qui sont vraiment très bien entraînées», a déclaré Trump mardi lors d’une visite avec des représentants des forces de l’ordre à Kenosha. «Nous pourrions résoudre ce problème en moins d’une heure à Portland», a-t-il déclaré.

Il a ensuite fait un signe de tête au procureur général Barr et a ajouté: «À un moment donné, Bill, nous devrons le faire nous-mêmes.» Dans un premier temps, les US Marshals ont assermenté les policiers de l’État pour qu’ils puissent agir en tant qu’agents fédéraux, ce qui permet aux manifestants qu’ils détiennent d’être inculpés devant des tribunaux fédéraux plutôt que devant des tribunaux d’État.

Trump a utilisé les protestations contre la violence policière — et plus récemment les manifestations contre la fusillade de Blake à Kenosha — pour mener une campagne de maintien de l’ordre. En même temps cela permettait de donner un coup de fouet à sa base fasciste à l’approche de l’élection présidentielle du 3 novembre.

Lors d’un discours de campagne à Latrobe, en Pennsylvanie, jeudi après-midi, Trump a promis de «traduire en justice» les «émeutiers, les pillards, les extrémistes violents, les anarchistes». Il s’est vanté que «nous en avons plus de 400 en ce moment en état d’arrestation».

Il a déclaré que son adversaire démocrate, l’ancien vice-président Joe Biden, était une «marionnette des extrémistes socialistes, marxistes et détestant les flics». Il a ensuite déclaré que si Biden allait «apaiser les terroristes nationaux», son plan était «de les arrêter et de les poursuivre.»

Pour sa part, Biden a répondu par sa propre campagne publicitaire sur l’ordre public, dénonçant les manifestants anti-police qui se livrent à des actes de vandalisme ou de pillage et faisant porter à Trump la responsabilité des affrontements violents entre la police et les manifestants, même si dans la plupart des cas, les villes qui ont connu d’importantes manifestations et une répression policière qui se trouvent dirigées par des gouvernements des Démocrates.

(Article paru d’abord en anglais le 5 septembre 2020)

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