Dans un contexte de crise intérieure croissante, l’impérialisme américain s’en prend à la Russie et à la Chine

Par Andre Damon
2 septembre 2020

Au milieu d’une crise politique intérieure de plus en plus profonde, rendue encore plus explosive par l’actuelle pandémie de COVID-19, les États-Unis ont intensifié simultanément la semaine dernière leurs conflits avec la Russie et la Chine.

Dans une série étourdissante de face-à-face, de gestes d’escalade et d’affrontements ouverts, les États-Unis ont enflammé presque quotidiennement des conflits impliquant les principales puissances nucléaires du monde, qui pourraient rapidement échapper à tout contrôle.

Dans l’affrontement le plus direct, un véhicule qui faisait partie d’un convoi russe en Syrie a percuté un véhicule blindé américain qui, selon l’armée russe, tentait de bloquer la patrouille russe, faisant des «blessés» parmi le personnel américain.

Cet affrontement a été le plus direct reconnu entre les forces militaires américaines et russes dans l’histoire de la guerre syrienne, qui dure depuis près de dix ans. (En 2018, des soldats américains avaient engagé une fusillade de quatre heures avec les forces gouvernementales syriennes dont des sous-traitants militaires russes privés, sans aucune troupe gouvernementale russe présente).

Cet affrontement a suscité des appels à riposter de la part de l’establishment politique américain, en particulier des opposants politiques ostensibles de Trump au Parti démocrate. Lundi, le candidat Démocrate à la présidence Joe Biden a déclaré que le président américain devait faire savoir clairement qu’«il y aurait un lourd tribut à payer s’ils osaient toucher un soldat américain».

Il a ajouté: «on a rapporté que les forces russes viennent d’attaquer les troupes américaines en Syrie, blessant les membres de notre service. Avez-vous entendu le président dire un seul mot? A-t-il fait quoi que ce soit? Jamais auparavant un président américain n’a joué un rôle aussi servile face à un dirigeant russe.»

Lundi, l’armée américaine a annoncé que dans les 10 prochains jours, elle mènerait des exercices de tir à balles réelles à seulement 70 miles de la frontière russe.

Vendredi, l’armée de l’air américaine a fait voler six bombardiers B-52 à capacité nucléaire au-dessus de 30 pays de l’OTAN dans une grande démonstration de force. Deux des bombardiers ont effectué un survol des États-Unis et du Canada, tandis que quatre autres ont survolé les États européens de l’OTAN.

Alors que deux des bombardiers survolaient la mer Noire, deux avions de chasse russes les ont interceptés. Ces derniers sont passés à moins de 30 mètres du nez de l’un des bombardiers, ce qui aurait perturbé sa capacité à maintenir son cap.

La veille, le sous-marin russe à missiles guidés Omsk avait fait surface au large des côtes de l’Alaska. L’Omsk était l’un des 50 vaisseaux russes participant à des exercices de tir réel dans la mer de Béring. Le 27 août, l’armée russe a publié une vidéo du sous-marin qui tirait un de ses missiles.

Jeudi également, le NORAD a envoyé deux F-22 pour intercepter trois groupes d’avions militaires russes de patrouille maritime au large des côtes de l’Alaska.

Alors même qu’il augmente les tensions avec la Russie, Washington intensifie son conflit avec la Chine. Le 24 août, le Wall Street Journal a publié un article du secrétaire à la Défense Mark Esper déclarant que «le Pentagone est prêt pour la Chine». Dans cet article, il dénonçait l’armée chinoise comme l’instrument du parti communiste chinois.

Esper a ensuite participé aux exercices militaires «Rim of the Pacific 2020», qui comprenaient «plus de 16.000 cartouches de munitions pour armes légères, plus de 1.000 tirs d’armes de gros calibre, 13 missiles dépensés», selon le Pentagone.

Mercredi, alors que les exercices étaient en cours, la Chine a lancé une série de missiles dits «tueurs de porte-avion» dans la mer de Chine méridionale. Ces missiles, réputés capables de couler des porte-avions américains, pourraient potentiellement envoyer des milliards de dollars de matériel militaire et des milliers de marins et d’aviateurs américains au fond de l’océan.

Les lancements de missiles ont été accompagnés d’un éditorial belligérant dans le Global Times, déclarant: «Nous pouvons dire à l’armée américaine que l’APL ne tirera pas le premier coup, mais le DF-21D ou le DF-26B pourrait être le second».

Le lendemain, Esper a tweeté, puis supprimé, sans explication, une vidéo de lui-même qui regardait le lancement d’un missile en mer. En réponse aux lancements de missiles chinois, les États-Unis ont mené une nouvelle «opération de liberté de navigation» dans les eaux revendiquées par Pékin. Ces événements font suite à l’affirmation du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, le 14 juillet, que toutes les revendications de la Chine dans la mer de Chine méridionale sont «illégales».

Cette dernière série de manœuvres militaires vise directement la Russie et la Chine. C’est la plus agressive de mémoire récente et fait suite au retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) l’année dernière. Ce retrait a provoqué une nouvelle course aux armements nucléaires avec la Russie et la Chine. Le gouvernement Trump a poursuivi et intensifié le réarmement nucléaire d’Obama, de plusieurs billions de dollars, et souligné la nécessité de construire des armes nucléaires de petite taille, «utilisables».

L’escalade systématique des tensions avec la Russie et la Chine est conforme à la doctrine de Washington sur le «conflit entre grandes puissances», énoncée dans la Stratégie de défense nationale de 2018. Ce document déclare que «la concurrence stratégique entre États, et non le terrorisme, est désormais la principale préoccupation de la sécurité nationale des États-Unis».

Alors qu’il se prépare à mener une «guerre chaude» avec la Russie et la Chine depuis des années, la crise déclenchée par la pandémie COVID-19 a considérablement accéléré ces conflits.

La classe dirigeante américaine, confrontée à un désastre social chez elle avec 180.000 morts et des dizaines de millions de chômeurs, lance des attaques désespérées en tous sens. Des millions de personnes ont participé à des manifestations contre la violence policière, un sentiment se développe en faveur d’une lutte militante dans la classe ouvrière. Un danger très réel existe que le gouvernement Trump, parlant au nom de la classe dirigeante dans son ensemble, voie dans la guerre le moyen de détourner les tensions sociales internes vers l’extérieur.

Les travailleurs de tout le pays entrent en lutte contre la campagne de la classe dirigeante pour les forcer à reprendre le travail dans des conditions dangereuses. Les travailleurs doivent lutter pour des revendications politiques. L’une des plus cruciales est la lutte contre la guerre par la mobilisation de la classe ouvrière mondiale dans une lutte commune contre le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 1er septembre 2020)