Le secrétaire d’État américain plaide pour un conflit avec la Chine

Par Peter Symonds
27 juillet 2020

Jeudi, dans un discours plein de mensonges, d’hypocrisie et de démagogie anticommuniste, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est officiellement revenu sur des décennies de politique américaine envers la Chine. Cela ouvre la voie à une nouvelle escalade de l'épreuve de force entre Washington et Pékin.

Le choix du lieu lui-même — la maison et la bibliothèque du président Richard Nixon — a souligné le message de Pompeo. C’est Nixon, ainsi que son conseiller à la sécurité nationale de l’époque, Henry Kissinger, qui a conçu un rapprochement avec la Chine. Nixon s’est envolé pour Pékin en 1972 et a rencontré le chef du Parti communiste chinois (PCC), Mao Zedong, lors d’une visite qui a ouvert la voie à des relations diplomatiques complètes en 1979.

Pompeo a déclaré que «si nous voulons avoir un 21e siècle libre, et non le siècle chinois dont rêve Xi Jinping: le vieux paradigme de l’engagement aveugle avec la Chine», on doit remplacer notre stratégie. La nouvelle stratégie doit se fonder sur une perspective que «le monde libre doit triompher de cette nouvelle tyrannie». Il a poursuivi: «Nous devons amener la Chine à changer de manière plus créative et plus affirmée, car les actions de Pékin menacent notre peuple et notre prospérité.»

Navires de guerre américains [Crédit: Flickr.com/U.S. Navy]

Ensuite, Pompeo a invoqué le croque-mitaine de la «Chine communiste» de la guerre froide, il a déclaré qu’un «régime marxiste-léniniste» dirige la Chine et que «le secrétaire général Xi Jinping est un vrai croyant en une idéologie totalitaire en faillite.»

Une telle grandiloquence n’a aucun rapport avec la réalité — le rapprochement de 1972 a ouvert la voie à la restauration capitaliste à grande échelle en Chine et à sa transformation en la plus grande plate-forme de main-d’œuvre bon marché du monde. La crainte à Washington n’est pas celle du communisme chinois, mais celle d’un capitalisme chinois, en plein essor, qui menace les ambitions et les intérêts mondiaux de l’impérialisme américain.

La propagande de la guerre froide du «monde libre» contre le communisme a toujours été un déguisement de l’intervention et de l’agression antidémocratique des États-Unis, y compris la guerre néocoloniale au Vietnam. Mais Pompeo et le président Donald Trump ont porté l’hypocrisie à un tout autre niveau. Ils ont attaqué Pékin au sujet des «droits de l’homme» à Hong Kong et du traitement des Ouïghours musulmans dans la province du Xinjiang. En même temps aux États-Unis, ils envoient des troupes d’assaut fédérales dans des villes américaines, comme Portland, pour gazer les manifestants pacifiques et arrêter et kidnapper arbitrairement des manifestants.

La litanie des condamnations de Pékin par Pompeo parle bien plus du déclin historique du capitalisme américain et de l’immense crise du gouvernement Trump que de la prétendue malveillance chinoise.

Trump affirme que la Chine aurait couvert les dangers de COVID-19. Mais, en réalité, ce mensonge vise à détourner l’attention du caractère désastreux et criminel de la réponse de son gouvernement à la pandémie. Ce dernier engendre une opposition généralisée dans aux États-Unis.

Les allégations infondées d’espionnage chinois et de «vol de propriété intellectuelle» ignorent l’espionnage mondial de l’Agence de sécurité nationale américaine à échelle industrielle. Au même temps, cela souligne le déclin de la prédominance américaine dans le domaine de la haute technologie. Le géant chinois des télécommunications Huawei n’est pas tant une «menace pour la sécurité nationale» qu’un danger pour ses concurrents américains.

De même, l’externalisation des industries américaines n’était pas un complot chinois, mais était motivée par la baisse de la rentabilité des entreprises américaines. Les mesures protectionnistes de guerre commerciale de Trump ne visent pas à protéger les emplois américains, mais font partie des préparatifs de guerre de grande envergure des États-Unis.

Si l’intensification de la campagne antichinoise est en partie dirigée contre le candidat Démocrate présumé à la présidence, Joseph Biden, sous réserve d’une diminution du soutien à Trump, elle a une signification objective beaucoup plus large.

Pompeo a déclaré qu’il n’y aurait pas de retour à la politique d’«endiguement» de la guerre froide parce que la Chine posait «un nouveau défi complexe auquel nous n’avons jamais fait face auparavant». Alors que «l’URSS était fermée au monde libre», il a déclaré que «la Chine communiste est déjà à l’intérieur de nos frontières» — une référence à l’enchevêtrement économique complexe de la Chine et des États-Unis.

La remarque de Pompeo rappelle le débat dans les cercles dirigeants américains au début des années 1950, qui a atteint son paroxysme pendant la guerre de Corée. L’alternative à l’endiguement était le «démantèlement». C’est-à-dire, une stratégie qui consistait à renverser les régimes staliniens en Union soviétique, en Europe de l’Est et en Chine par tous les moyens disponibles, y compris la guerre.

Le président américain de l’époque, Harry Truman, a infirmé et a fini par renvoyer son commandant en Corée, le général Douglas MacArthur, qui avait exigé l’utilisation d’armes nucléaires contre la Chine — une mesure qui menaçait de déclencher une guerre mondiale totale.

En excluant un retour à l’endiguement, Pompeo déclare implicitement non pas le début d’une nouvelle guerre froide prolongée, mais une politique qui vise un changement de régime à Pékin. «Nous ne pouvons pas relever ce défi seuls», a-t-il déclaré. «Les Nations unies, l’OTAN, les pays du G7, le G20, notre puissance économique, diplomatique et militaire combinée est certainement suffisante pour relever ce défi si nous le dirigeons clairement et avec beaucoup de courage».

Pompeo a indiqué que les États-Unis ne toléreraient aucun écart par rapport à la ligne de Washington de la part de leurs partenaires stratégiques. Il a fait une critique à peine voilée de l’Allemagne pour ne pas s’être levée «en ce qui concerne Hong Kong parce qu’ils craignent que Pékin ne restreigne l’accès au marché chinois». Il a poursuivi: «C’est le genre de timidité qui conduira à un échec historique, et nous ne pouvons pas le répéter.»

Alors que la visite de Nixon à Pékin a conduit à des relations diplomatiques avec la Chine, le gouvernement Trump est en train de détruire ces liens. Pompeo s’est vanté que les États-Unis venaient de fermer le consulat chinois à Houston, en prétendant sans preuves qu’il était «une plaque tournante de l’espionnage et du vol de propriété intellectuelle». Cela a été applaudi par son public de droite, qui comprenait des dissidents chinois triés sur le volet.

Les autorités américaines ont arrêté un scientifique chinois qui se serait caché dans le consulat de Pékin à San Francisco. À la suite de l’arrestation, le ministère de la justice accuse la Chine d’utiliser ses postes diplomatiques pour gérer «un réseau d’espionnage» afin de voler la propriété intellectuelle des entreprises américaines.

Juste avant son investiture, Trump a remis en question la base des relations diplomatiques avec la Chine — la politique dite «Une seule Chine» qui reconnaît Pékin comme le gouvernement légitime de toute la Chine, y compris de Taïwan. L’abandon de cette politique mettrait fin aux relations diplomatiques avec la Chine, une menace que Trump n’a jamais retirée et vers laquelle il se dirige maintenant par d’autres moyens. La rupture des relations diplomatiques est une étape avancée sur la voie de la guerre.

Avant le discours de Pompeo, le Pentagone a organisé des manœuvres provocatrices à grande échelle dans la mer de Chine méridionale, aux portes de la Chine continentale et des bases navales chinoises sensibles sur l’île de Hainan. Deux porte-avions américains et leurs groupes d’attaque ont effectué des répétitions de guerre «haut de gamme», suivies d’autres exercices militaires en mer des Philippines voisine, avec des navires de guerre australiens et japonais.

L’accusation du gouvernement Trump et de ses hommes de main selon laquelle Biden, et par conséquent le président Barack Obama, a fait preuve de laxisme envers Pékin est démentie par le «pivot vers l'Asie» du gouvernement Obama contre la Chine. Obama a non seulement affronté la Chine sur le plan diplomatique et économique dans toute l’Asie, mais il a également initié un renforcement massif de l’armée américaine. En clair, il s'était engagé à ce qu'il y ait 60 pour cent des navires et avions de l'armée américaine dans la région pour 2020.

L’ensemble de l’establishment politique de Washington — Démocrates et Républicains — est engagé dans cette dangereuse campagne de guerre. Un élément clé de la stratégie électorale de Biden est d’attaquer Trump depuis la droite pour n’avoir pas pris une position assez ferme contre Pékin.

Pompeo ne parlait pas seulement en son nom. Il a fait référence à une série coordonnée de discours anti-Chine similaires prononcés récemment par le conseiller à la sécurité nationale, Robert O’Brien, le directeur du FBI, Chris Wray, et le procureur général, William Barr. Sur Fox News cette semaine, l’ancien conseiller fasciste de Trump, Steve Bannon, les a décrits comme «les quatre cavaliers de l’Apocalypse» — le «conseil de guerre» de Trump. Sa mission était «d’affronter d’abord et ensuite de faire tomber le Parti communiste chinois». Bannon ne faisait que résumer plus crûment ce que Pompeo avait exposé dans son discours.

Le degré d’insouciance de la classe dirigeante américaine rappelle la phrase: «Ceux que les dieux veulent détruire, ils les rendent d’abord fous». Face à l’accélération de la crise économique, sociale et politique déclenchée par la pandémie COVID-19, le gouvernement Trump s’en prend à la Chine dans une tentative désespérée de détourner vers l’extérieur d’immenses tensions sociales contre un ennemi extérieur et de «faire tomber» un rival potentiel.

Les travailleurs et les jeunes des États-Unis et du monde entier ne peuvent pas permettre que la population mondiale soit plongée dans une guerre catastrophique. Il est nécessaire de construire un mouvement anti-guerre international unifié de la classe ouvrière. Ce mouvement doit se baser sur une perspective socialiste pour mettre fin au capitalisme mondial et à son système en faillite d’États-nations rivaux, qui sont la cause première de la guerre. Telle est la perspective du Comité international de la Quatrième Internationale et des Partis de l’égalité socialiste dans le monde.

(Article paru d’abord en anglais 25 juillet 2020)