Trump projette d’envoyer la police paramilitaire partout aux États-Unis: la classe dirigeante prépare la guerre civile

Par Patrick Martin
23 juillet 2020

Le projet du gouvernement Trump de déployer des forces de police paramilitaires fédérales dans les grandes villes des États-Unis représente une escalade majeure dans l’attaque des droits démocratiques et l’instauration d’un État policier.

À Portland, la mobilisation de ces forces a déjà conduit à des scènes rappelant les escadrons de la mort d’Amérique latine. Des bandes portant un camouflage générique sans insigne d’unité ou de nom s’emparent des manifestants, les entassent dans des fourgons et des voitures banalisées et les embarquent pour interrogatoire, ou pire encore.

Lundi, Trump a menacé de prendre des mesures similaires à New York, Chicago, Philadelphie, Detroit, Baltimore, Oakland et dans d’autres villes. Parlant de ceux qui protestent contre la violence policière, Trump a déclaré: «Ces gens sont des anarchistes, des gens qui détestent notre pays, et nous n’allons pas les laisser continuer».

Aucune base légale ou constitutionnelle n’existe pour l’invasion des villes américaines par ces policiers fédéraux. Le Congrès n’a pas autorisé leur déploiement et ils ne répondent à aucune véritable urgence. En dépit de toutes les affirmations de Trump sur la violence et l’anarchie, l’essentiel de cette violence a été commise par ses propres nervis.

À Portland, l’attaque fédérale a été menée par des agents lourdement armés du CBP (Service des douanes et de la protection des frontières), des membres de son équipe SWAT interne [l’équivalent du GIGN ou du RAID en France], connue sous le nom de BORTAC, utilisée pour lutter contre les narcotrafiquants aux frontière et réprimer les troubles dans les camps de détention pour immigrants. Mais Portland est à 640 kilomètres de la frontière la plus proche, et BORTAC ne vise ni les trafiquants de drogue ni les migrants, mais des manifestants anti-violence policière.

Des groupes d’hommes armés provenant d’autres agences ont rejoint les agents du CBP, notamment l’Immigration et contrôle douanier (ICE) et l’Administration de la sécurité des transports (TSA). Tout comme le CBP, ce sont des composantes du département de la sécurité intérieure (DHS) et elles se déploient sous la direction de ses principaux responsables – les laquais de Trump, Chad Wolf et Ken Cuccinelli. Le DHS aurait placé un total de 2.000 agents en attente de déploiement dans tout le pays.

Trump cherche essentiellement à développer une force paramilitaire composée d’équipes SWAT anti-immigrées fascisantes et de forces de police locales opérant sous son autorité personnelle.

Il existe des parallèles historiques inquiétants. En Allemagne, après sa défaite dans la Première Guerre mondiale, la classe dirigeante a parrainé la création des ‘Freikorps’. Ces groupes lourdement armés de soldats démobilisés qui agissaient comme troupes de choc contre la classe ouvrière, ont assassiné les dirigeants révolutionnaires Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Les Freikorps furent les premiers enrôlés dans les troupes d’assaut d’Hitler.

En Argentine, au Chili, au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine, les régimes militaires soutenus par la CIA dans les années 1970 ont utilisé des organisations paramilitaires fascistes comme l’Alliance anticommuniste argentine (Triple A) pour éliminer les militants dans les usines. La marque du Triple A était d’embarquer leurs victimes dans des Ford Falcon banalisées qui patrouillaient dans Buenos Aires et d’autres villes. Après les avoir longuement torturés, ils jetaient fréquemment les corps dans l’océan Atlantique à partir d’hélicoptères ou d’avions.

Les policiers de Trump à Portland ont kidnappé des gens, mais ils ont fini par les relâcher pour raconter leur histoire – jusqu’à présent. Seuls sept personnes ont été arrêtées par des policiers fédéraux, la plupart pour délits mineurs de vandalisme. Ils n’ont fait usage que de gaz lacrymogènes et de projectiles «non létaux» – et non de balles réelles. Mais on est en train de créer des précédents. Les gens doivent s’habituer au déploiement de forces paramilitaires, avec l’armée à l’arrière-plan pour intervenir ou servir d’arbitre.

La principale cible des efforts autoritaires de Trump est la classe ouvrière. Les actions de son gouvernement ont lieu alors que la classe dirigeante s’attend à une croissance énorme des conflits sociaux et de la résistance.

Après s’être octroyé des milliers de milliards de dollars, les grandes entreprises et les banques mettent en place une campagne de retour au travail meurtrière qui a déjà produit une explosion des cas de coronavirus et des décès. Les saisies sont sur le point de recommencer après un moratoire temporaire, et l’allocation fédérale supplémentaire de chômage de 600 dollars par semaine doit expirer à la fin de cette semaine.

La colère monte rapidement sur les lieux de travail et dans les usines ; les travailleurs commencent à résister à l’idée d’être contraints de travailler et de mettre leur vie et celle de leurs proches en danger. L’opposition à la réouverture des écoles publiques dans quelques semaines seulement est particulièrement intense, dû à la menace qui en découle pour la vie des enfants, de leurs familles, des enseignants et de tout le personnel scolaire.

Si les actions de Trump constituent une escalade majeure, elles sont le produit d’une crise prolongée de la démocratie américaine. Le gouvernement Trump utilise tout l’appareil de la «guerre contre le terrorisme» contre l’opposition intérieure. C’était là en effet son objectif, comme en a averti le WSWS dès le début.

Le parti démocrate est complice de tout cela. Il a contribué à créer, au lendemain des attentats du 11 septembre, l'appareil de l'État policier: le PATRIOT Act, le Ministère de la sécurité intérieure, l'espionnage intérieur et le Centre de commandement Nord pour contrôler les opérations militaires américaines sur le territoire américain.

En 2013, c’est le gouvernement Obama qui a organisé le siège militaire de Boston contre sa population, utilisant comme prétexte l’attentat du marathon de Boston. Comme l’écrivait le WSWS à l’époque, les perquisitions maison par maison de la police militaire ayant lieu en violation des droits constitutionnels fondamentaux, «la classe dirigeante américaine a franchi un Rubicon historique, juridique et politique. Les jeux sont faits et on assiste au crépuscule des formes de gouvernement démocratiques qui existent aux États-Unis depuis deux siècles».

Ce que l’histoire retiendra comme le plus important des événements de Boston ne sera ni l’attentat à la bombe près de la ligne d’arrivée du marathon, ni ses auteurs ni leurs motifs. Ce dont on se souviendra au contraire, c’est du verrouillage militaire sans précédent de toute une grande ville américaine, avec des véhicules militaires dans les rues et des soldats lourdement armés passant de maison en maison, fouillant les salles à manger, les chambres et les cuisines, pointant leurs fusils d’assaut sur des familles terrifiées, pieds nus dans leurs pyjamas.

La réponse du Parti démocrate aux tentatives de coup d’État de Trump est hypocrite et malhonnête. Dans l’Oregon, les Démocrates des villes et de l’État ont cherché à écarter les actions de Trump, les qualifiant de «théâtre politique». La gouverneure Kate Brown a déclaré: «Trump cherche une confrontation en Oregon dans l’espoir de gagner des points politiques en Ohio ou en Iowa». La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a publié une déclaration dénonçant «les jeux politiques du président Trump».

Elle a en même temps accepté d’examiner la semaine prochaine le nouveau budget du ministère de la Sécurité intérieure. Ce budget prévoit le financement intégral du CBP, de l’ICE et d’autres agences dont les unités paramilitaires s’en prennent à la fois aux migrants et à la population américaine dans son ensemble.

Aucun Démocrate n’a demandé la destitution de Trump pour ses projets d’invasion des villes contrôlées par le Parti démocrate.

Les actions de Trump surviennent moins de deux mois après qu’il ait déclaré à la télévision nationale son intention d’invoquer l’Acte d’Insurrection de 1807 et de déployer la force militaire pour réprimer les manifestations de masse ayant éclaté après le meurtre de George Floyd par la police.

Les démocrates avaient alors cédé toute opposition à la tentative de coup d'État de Trump aux militaires et aux généraux en retraite qui se sont opposés à son action de peur que, n'étant pas politiquement préparée, elle ne se retourne contre eux. Ils ont considéré qu'un pas aussi important n'était pas encore nécessaire. Trump fit temporairement retraite et n'invoqua pas la Loi sur l'insurrection.

Comme en a averti le Parti de l’égalité socialiste le 8 juin, «Les dangers sont très réels. Les conspirateurs de la Maison Blanche n’ont pas abandonné leur complot. L’armée attend son heure et examine ses options. La police reste armée jusqu’aux dents».

Ces avertissements sont maintenant confirmés. Les prochaines élections se dérouleront dans des conditions explosives de troubles sociaux et de crise politique. Trump a déjà anoncé qu’il pourrait bien ne pas accepter le résultat des élections s’il était battu. Les Démocrates comptent sur l’intervention des militaires pour le forcer à partir. Toutes les fractions de la classe dirigeante se préparent à une guerre civile contre la classe ouvrière.

C’est le pouvoir social de la classe ouvrière qui doit être mobilisé contre les attaques de Trump contre les droits démocratiques et sa volonté d’instaurer une dictature présidentielle.

(Article paru d’abord en anglais 22 juillet 2020)

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