Alors que le soutien s’élargit pour la campagne de défense du PES

Le commandant de l’armée sri-lankaise déclare que les allégations de harcèlement militaire des candidats aux élections du Nord sont «fausses»

Par nos journalistes
17 juillet 2020

Après que les candidats de la région nord du Sri Lanka aux élections générales du mois prochain se sont plaints de harcèlement militaire, le commandant de l’armée sri-lankaise Shavendra Silva a réagi en insistant sur le fait que les allégations étaient «fausses», mais n’a pas présenté l’ombre d’une preuve pour étayer son affirmation.

Le site web en tamoul Lanka Sudar a publié la déclaration de Silva le 8 juillet. Les principaux quotidiens en tamoul basés à Jaffna ont cité cette information par la suite. Silva a déclaré que les politiciens et les candidats tamouls «ont fait de fausses allégations contre les soldats sans aucune preuve».

Les commentaires du commandant de l’armée ont fait suite à des plaintes du Parti de l’égalité socialiste (PES, en anglais: Socialist Equality Party – SEP) – dont les membres Rasenthiram Sutharsan, Paramuthirugnana Sampanthar et Rajaratnam Rajavel – que des officiers des services de renseignement de l’armée s’étaient rendus à leurs domiciles à Jaffna pour les interroger. Sampanthar est en tête de la liste du PES pour le district de Jaffna lors des prochaines élections générales.

Des agents du renseignement se sont ensuite rendus au domicile de deux autres membres du PES.

Le PES et les dirigeants des groupes indépendants qui contestent les élections générales se sont plaints de harcèlement militaire lors d’une réunion tenue au bureau de la commission électorale régionale à Jaffna le 6 juillet.

Tandis que Silva publiait sa déclaration non fondée, le secrétaire à la Défense du Sri Lanka, le général de division à la retraite Kamal Gunaratne, a ignoré une lettre envoyée le 20 juin par le secrétaire général du PES, Wije Dias. Dans la lettre, Dias a interpolé Gunaratne concernant le harcèlement des candidats du PES par les services de renseignement militaires.

La lettre de Dias donnait des informations détaillées sur les actions des officiers du renseignement militaire, y compris les dates, les heures et certains des noms donnés par les officiers du renseignement militaire qui ont rendu visite aux candidats du PES.

Dans sa déclaration aux médias, le commandant de l’armée Silva a également déclaré avec cynisme que «les politiciens tamouls doivent agir de manière responsable. Les allégations doivent être justifiées». Le refus de Silva de reconnaître les preuves détaillées fournies par le PES et sa demande que les politiciens tamouls «doivent agir de manière responsable» est une menace voilée contre tous les candidats aux élections dans le Nord.

Le régime de Rajapakse, qui fait face à une crise économique de plus en plus profonde, exacerbée par la pandémie de COVID-19, et à un sentiment antigouvernemental qui grandit parmi les travailleurs et les pauvres, tente de consolider son pouvoir par le biais d’une dictature présidentielle. En prétendant contrer la réémergence du terrorisme dans le Nord et l’Est, le gouvernement s’attaque aux droits démocratiques élémentaires des partis dans ces régions.

Les militaires ont ciblé le PES en raison de sa lutte sans compromis contre l'occupation militaire en cours dans le Nord et l'Est ainsi que la lutte de principe de notre parti qui vise à unir les travailleurs de toutes les ethnies dans la lutte pour une République socialiste du Sri Lanka et l'Eelam dans le cadre de la lutte pour le socialisme international.

Nous appelons les travailleurs, les jeunes, les étudiants et tous ceux qui défendent les droits démocratiques à soutenir la campagne du PES contre le harcèlement militaire, cela dans le cadre de la lutte plus large pour défendre les droits démocratiques de tous les travailleurs.

Vos lettres de protestation doivent être envoyées au secrétaire du ministère de la Défense, avec copie au président de la commission électorale et au Parti de l’égalité socialiste.

Le secrétaire du ministère de la Défense

Courriel: secdefence@defence.lk

Fax: +94 11 2541529

Le président de la Commission électorale

Courriel: chairman@elections.gov.lk

Fax: +94 11 2868426

Parti de l'égalité socialiste (Sri Lanka)

Courriel: wswscmb@sltnet.lk

Fax: +94 11 2869239

Nous publions ci-dessous les lettres de protestation adressées au secrétaire du ministère de la Défense:

SP, travailleur à la retraite d’Australie

Je suis un travailleur australien à la retraite qui soutient depuis plus de 30 ans le combat de principe du PES au Sri Lanka pour l’unification des travailleurs tamouls, cinghalais et musulmans en vue d’un véritable socialisme.

Je vous demande de mettre fin aux intimidations et aux harcèlements des membres du PES, qui est un parti électoral légalement enregistré, par des membres de votre personnel militaire et de répondre immédiatement aux questions de camarade Dias dans sa première correspondance avec vous. L’armée n’a pas à s’immiscer dans les prétendues élections démocratiques.

Cette campagne est largement défendue dans le monde entier. Bas les pattes!

LM, États-Unis

J’envoie ce courriel pour protester contre le harcèlement et l’intimidation exercés par les services de renseignement militaires sri-lankais envers les candidats du Parti de l’égalité socialiste, M. Rasenthiram Sutharsan, M. Paramuthirugnana Sampanthar et M. Rajaratnam Rajavel, ainsi que d’autres membres du PES et leurs familles.

Le PES a légalement le droit démocratique de participer aux élections sri-lankaises et de plaider en faveur du socialisme international auprès de la classe ouvrière cinghalaise et tamoule et des pauvres du Sri Lanka.

La violation flagrante des droits démocratiques du PES par l’armée est une attaque contre la liberté d’expression et les droits démocratiques fondamentaux. Je dénonce ce harcèlement des candidats du PES et je me joins à d’autres personnes au Sri Lanka et dans le monde pour exiger qu’il cesse.

RP, Sri Lanka

Récemment, le personnel militaire de la section des renseignements de l’armée a interrogé sans aucune raison valable trois candidats du Parti de l’égalité socialiste qui se présentent aux élections générales dans la province du Nord. C’est un acte odieux contre la liberté des citoyens et une violation des droits de l’homme que les gens devraient avoir pour leur protection.

Le PES est en première ligne des combats pour les prochaines élections générales dans trois districts, à savoir Colombo, Kandy et la province du Nord.

Tout au long de l’histoire politique du Sri Lanka, nous avons connu ce genre de harcèlement antidémocratique et provocateur et d’autres entraves. L’État le fait pour réprimer les mouvements populaires qui ont éclatent contre l’injustice sociale créée par les régimes en place…

Bien que l'intimidation des citoyens par ces méthodes ait des conséquences néfastes, nous pensons que c'est cela que le gouvernement veut faire pour réaliser sa stratégie: diviser pour mieux régner sur la classe ouvrière. La classe dirigeante, qui ouvre la voie à une junte militaire, nous menace afin de nous faire taire. La classe ouvrière de ce pays devrait y prêter l'attention nécessaire et comprendre qu'elle fait face à un danger mortel.

MM, Royaume-Uni

Je vous écris du Royaume-Uni pour protester contre le harcèlement des membres du Parti de l’égalité socialiste à savoir: Rasenthiram Sudarshan, Paramuthirugnana Sambanthar et Rajaratnam Rajavel, qui se présentent aux prochaines élections dans le district de Jaffna supérieur.

Les visites d’agents des services de renseignement et les tentatives d’interrogation et de photographie de ces personnes sont en violation de leurs droits démocratiques. C’est également d’une tentative d’intimidation et de réduction au silence de ces personnes et de leurs partisans. Ce parti a une longue histoire de lutte intransigeante pour unir les travailleurs tamouls, cinghalais et musulmans contre la politique raciste/communautariste.

Le Parti de l’égalité socialiste est un parti très respecté au Sri Lanka et dans le monde entier pour son rôle dans la lutte internationale pour le socialisme mondial. Par conséquent, la classe ouvrière britannique suit de près les événements au Sri Lanka.

Je ne parle donc pas seulement pour moi lorsque je dis que la sécurité de Sudarshan, Paramuthirugnana Sambanthar et Rajavel, me préoccupe en particulier après la disparition de deux membres du Parti de l’égalité socialiste en 2007: un crime présumé qu’on n’a jamais résolu. Les candidats du Parti de l’égalité socialiste n’ont jamais fait l’objet d’une ingérence de l’armée auparavant? Pourquoi maintenant?

Ce harcèlement doit cesser immédiatement.

KK, Comité directeur des travailleurs de Glenugie Estate, Up Cot, Sri Lanka

Les domiciles des candidats du Parti de l’égalité socialiste dans le district de Jaffna – Paramuthirugnana Sampanthar, Rasenthiram Sutharsan, Rajaratnam Rajavel – aux prochaines élections générales ont reçu la visite de deux officiers des services de renseignement de l’armée qui leur ont demandé des informations personnelles et familiales. Il s’agit d’activités illégales et antidémocratiques. Nous condamnons fermement ces agissements et vous demandons de mettre fin immédiatement à ce harcèlement.

Le PES fait partie du parti mondial basé sur un programme socialiste qui se bat constamment pour l’unité des travailleurs cinghalais, tamouls et musulmans au-delà des divisions raciales et de religion. Nous considérons qu’une attaque contre le PES est une attaque contre l’ensemble de la classe ouvrière, y compris les travailleurs des plantations.

FJ, scientifique au Royaume-Uni

Je tiens à exprimer mon indignation face à la tentative d’intimidation des candidats du Parti de l’égalité socialiste lors de vos prochaines élections par des officiers du renseignement militaire sri-lankais. Je suis un scientifique en Grande-Bretagne. Je peux vous dire que le travail de ces estimés camarades pour unir les travailleurs du Sri Lanka contre la division ethnique et religieuse, ainsi que leurs collègues internationaux, leur vaut le respect et le soutien du monde entier.

Dans une démocratie, l’armée n’a pas le droit d’interroger les candidats aux élections pour quelque raison que ce soit, et encore moins d’exiger des informations personnelles et de proférer des menaces à peine voilées. Le harcèlement subi par les camarades du PES montre que les militaires et les intérêts de classe qu’ils servent se trouvent terrifiés par le pouvoir qu’une classe ouvrière unie et indépendante exercerait.

L’intervention de l’armée dans les élections doit cesser immédiatement. Les travailleurs et les paysans sri-lankais doivent être autorisés à exercer librement leur droit de vote et à se présenter pour le seul parti qui représente leurs intérêts.

SK, travailleur sri-lankais immigré en Arabie Saoudite

J'ai appris par le biais du World Socialist Web Site qu'au cours des dernières semaines, des officiers des services de renseignements de l'armée ont soumis à un interrogatoire trois membres importants du Parti de l'égalité socialiste (PES) qui se présentent dans le district de Jaffna lors des prochaines élections parlementaires.

Les trois membres du PES qui ont été interrogés sont MM. Sampanthar, Sutharsan et Rajavel. Nous savons que ces camarades ont lutté contre la division raciste de la population en sections cinghalaise, tamoule et musulmane et qu’ils se battent pour l’unité internationale de la classe ouvrière sur les perspectives du PES. Nous considérons les actions des militaires comme une menace pour la vie des camarades du PES vivant dans le Nord et une violation des droits fondamentaux du parti politique légitime, le PES.

Je condamne fermement le harcèlement lancé contre le PES par les militaires et exige que ce harcèlement cesse.

(Article paru en anglais le 16 juillet 2020)