Un tribunal du Michigan juge que le SEP doit recueillir des signatures malgré la pandémie

Par Joseph Kishore – candidat du SEP à la présidence des États-Unis
11 juillet 2020

Mercredi, un juge fédéral du district de l’Est du Michigan a rejeté la contestation par le Socialist Equality Party (SEP, Parti de l’égalité socialiste) d’une loi électorale de l’État exigeant la collecte physique de 12.000 signatures pour figurer sur le scrutin, et ce, en pleine pandémie de coronavirus.

Le juge, Sean F. Cox, un républicain, s’est rangé du côté du gouverneur démocrate Gretchen Whitmer. Il a statué que la pandémie de coronavirus n’avait pas sérieusement «pesé» sur nos droits constitutionnels ou sur les droits des habitants du Michigan qui veulent voter pour notre campagne.

Cox a rendu sa décision alors que la pandémie mortelle de coronavirus devient incontrôlable. Jeudi, le nombre officiel de décès dans le monde a dépassé 550.000 et le nombre d’infections a augmenté à plus de 12,3 millions.

Joseph Kishore, candidat à la présidence du Socialist Equality Party

Les États-Unis sont l’épicentre du virus, qui se propage maintenant sans retenue. Déjà, le COVID-19 a fait plus de 135.000 victimes aux États-Unis. Plus de 61.000 personnes ont été déclarées positives jeudi, un nouveau record, et le nombre de décès quotidiens approche les 1.000.

Les hôpitaux du Texas, de Floride et d’Arizona sont débordés, et les infirmières se trouvent à nouveau face à une grave pénurie d’équipements de protection individuelle et de respirateurs. Le nombre des cas augmente dans la plupart des États, y compris au Michigan, où ils atteignent des niveaux jamais vus depuis la fin mai.

Cette augmentation du nombre de cas et de décès est le résultat direct et prévisible des politiques criminelles de Trump et de l’ensemble de l’establishment politique, y compris l’administration Whitmer. Alors même que la pandémie fait des ravages, la Maison-Blanche exige que les écoles rouvrent à l’automne. Cela menace la vie de centaines de milliers d’enseignants et d’étudiants, dans le cadre de la campagne générale de retour au travail.

C’est dans ces conditions que le juge Cox a déclaré qu’il soutenait pleinement l’argument de l’État du Michigan selon lequel le SEP aurait dû recueillir des signatures et qu’il devrait encore le faire.

La décision du juge Cox n’est pas une décision juridique sérieuse fondée sur la jurisprudence ou une analyse raisonnée. C’est une décision politique qui vise à exclure les socialistes du scrutin, les arguments juridiques servant à justifier une conclusion déterminée à l’avance.

Cox affirme que ce n'est pas la pandémie de coronavirus ou les décrets de confinement à domicile du gouverneur qui ont empêché la collecte des signatures, mais le propre manque de «diligence» des candidats.

En fait, c’est la «diligence» du SEP qui a exigé qu’il ne tente pas de recueillir des signatures. Si nous avions fait cette tentative, nous aurions violé nos propres principes politiques et nos avertissements sur les conséquences dangereuses des politiques imprudentes de la classe dirigeante – avertissements qui sont maintenant complètement confirmés.

Si notre campagne ne voulait pas interagir face à face avec des centaines de milliers de personnes au milieu de la pire crise sanitaire de l'histoire de l'État, en échangeant des stylos, des blocs-notes et des papiers avec les électeurs, et en parlant avec eux pour leur expliquer notre programme, Cox a conclu, «c'est leur propre choix». C'est notre faute, écrit Cox, si nous n'avons pas prévu la crise du coronavirus et n'avons pas recueilli des signatures en janvier ni, comme l'ont fait valoir les avocats des démocrates, en 2019.

Cox a accepté sans réserve l’argument des démocrates selon lequel notre campagne aurait dû recueillir des signatures pendant la période où il existait des mesures de distanciation sociale appliquées par l’État, même si cela aurait violé les ordres de rester chez soi et aurait soumis nos volontaires à une arrestation.

En attendant, les candidats démocrates et républicains n’ont pas besoin de recueillir des signatures et sont automatiquement inscrits sur le bulletin de vote. La démocratie américaine est telle que Joe Biden peut faire campagne depuis la sécurité de son sous-sol. En outre, le Comité national démocrate peut désigner son candidat lors d’une convention virtuelle. Mais les socialistes doivent sacrifier leur vie et celle du grand public pour avoir accès au scrutin.

L'objectif du juge était de s'assurer que les électeurs ne puissent pas déposer des votes qui constituent une menace pour le système capitaliste. L'ancien avocat d'entreprise non élu, nommé à vie par le criminel de guerre George W. Bush, a décidé pour qui les 7,6 millions d'électeurs inscrits du Michigan peuvent et ne peuvent pas voter. Sa décision signifie que les électeurs doivent choisir entre les candidats officiels du duopole démocrate-républicain auquel il appartient lui-même.

Les États-Unis ont les lois électorales les plus restrictives de tous les grands pays capitalistes du monde. Ils ont une population de 328 millions d’habitants, mais ils ont un système politique qui se trouve dominé par les deux mêmes partis depuis 150 ans. De surcroît, des sommes massives dépensées par la classe dirigeante rendent l’ensemble du processus électoral truqué. Ces dépenses lui garantissent les meilleurs candidats que l’argent peut acheter.

Pour figurer sur le scrutin, les candidats indépendants et les tiers partis doivent recueillir des milliers, des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de signatures, selon les États. Ces exigences ont constitué un mécanisme principal pour exclure l'opposition de gauche et particulièrement socialiste aux partis capitalistes.

Aujourd'hui, la pandémie rend les pétitions impossibles si l'on ne veut pas risquer la vie des pétitionnaires et d'innombrables milliers de personnes.

Si on avait pris une telle décision dans un pays ciblé par la classe dirigeante américaine, l’État américain et les médias auraient pris la décision comme justification pour opérer un «changement de régime».

En fait, dans une déclaration du 9 janvier 2020 intitulée «Élections présidentielles et parlementaires libres et équitables au Venezuela», le Département d’État a exigé que «les élections soient ouvertes à tous les partis et candidats». Il a appelé le gouvernement vénézuélien à «supprimer toutes les restrictions imposées aux individus et aux partis politiques pour leur permettre de participer librement aux élections présidentielles et parlementaires».

Le 20 février 2020, le secrétaire d'État Mike Pompeo a publié un communiqué intitulé «Le peuple iranien mérite des élections libres et équitables». L'annonce explique: «En prévision des prochaines élections parlementaires iraniennes du 21 février, le Conseil des Gardiens a empêché plus de 7000 candidats de se présenter. Beaucoup d'entre eux étaient des Iraniens qui remettaient en question la politique du Guide suprême. Ce processus est une imposture. Il n'est ni libre ni équitable».

La décision du Michigan n’est qu’une confirmation supplémentaire que les élections américaines ne sont «ni libres ni équitables».

La décision de Cox exprime la crainte au sein de la classe dirigeante de la colère sociale croissante des masses d’ouvriers et de jeunes. Quarante millions de chômeurs et des dizaines de millions d’autres se retrouvent face à la pauvreté, la faim, la saisie, l’expulsion et la perte permanente d’emploi. Les deux partis ont fourni des billions (mille milliards) de dollars aux entreprises par le biais de la loi CARES. Entre-temps, les allocations de chômage et la protection contre l’expulsion expirent à la fin de ce mois.

Les travailleurs et les jeunes ont commencé à riposter. L’éruption de protestations massives, multiraciales et multiethniques contre les violences policières a été une première expression de la profonde colère populaire. Les travailleurs de l’automobile du Michigan ont organisé une série de débrayages à la fin du mois dernier. Influencés par les appels du SEP et du WSWS, ils ont formé des comités de sécurité de base pour organiser l’opposition.

Ce n’est que le début. La politique de la classe dirigeante va conduire à des explosions sociales massives aux États-Unis et dans le monde entier.

Notre campagne continuera à défendre agressivement nos droits et les droits des électeurs devant les tribunaux. Mais la décision de mercredi met encore plus en évidence le fait que le véritable changement n’aura pas lieu par le biais du système politique sclérosé et antidémocratique existant. Il doit avoir lieu et aura lieu grâce à la mobilisation de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme.

Le Parti de l’égalité socialiste et notre campagne électorale sont orientés vers la construction d’une direction socialiste révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. Nous appelons tous ceux qui soutiennent la lutte pour le socialisme à adhérer au SEP et à soutenir cette campagne.