Washington accélère sa campagne de guerre contre la chine

Par Peter Symonds
9 juillet 2020

La présence de deux escadres d’attaque de porte-avions américains en Mer de Chine méridionale pour des jeux de guerre «haute intensité» à partir de samedi avec décollages d’avions 24 heures sur 24, est la démonstration la plus flagrante à ce jour que Washington accélère ses préparatifs d’une guerre contre la Chine. Le fait que les opérations des deux porte-avions aient été programmées pour coïncider avec des exercices navals chinois dans les mêmes eaux stratégiques les rend d’autant plus provocantes et dangereuses.

La pandémie de COVID-19 a considérablement exacerbé une crise du capitalisme mondial ayant son centre aux États-Unis, ainsi que toutes ses contradictions fondamentales, entraînant une nouvelle montée rapide des tensions géopolitiques. Face à une crise sociale et économique profonde à l’intérieur et à une opposition croissante de la classe ouvrière à sa campagne irresponsable de retour au travail, le gouvernement Trump cherche à dévier les tensions sociales vers un ennemi extérieur.

Trump, soutenu par les démocrates et les médias, cherche à créer un climat de fièvre guerrière par une campagne de propagande anti-Chine basée sur le mensonge et la désinformation. Sans la moindre preuve, les hauts responsables américains blâment régulièrement la Chine pour la pandémie et pour le nombre énorme de ses victimes; un bilan dont la Maison-Blanche est directement responsable du fait de sa négligence criminelle et son indifférence.

La frégate à missiles guidés HMAS Parramatta (FFH 154) de la Marine royale australienne, à gauche. Elle navigue avec le navire d’assaut amphibie USS America (LHA 6), le croiseur à missiles guidés de classe Ticonderoga USS Bunker Hill (CG 52) et le destroyer à missiles guidés de classe Arleigh-Burke USS Barry (DDG 52). (Photo du spécialiste en communication de masse de 3e classe, Nicholas Huynh).

La campagne anti-chinoise s’étend à tous les domaines. Les États-Unis ont intensifié leurs dénonciations de Pékin pour les violations des «droits de l’homme» à Hong Kong et de la minorité musulmane ouïghoure dans la province chinoise du Xinjiang.

Le gouvernement Trump a déjà imposé à ce propos des sanctions punitives. Le déploiement par Trump de l’armée et de la Garde nationale, en violation de la Constitution américaine, pour réprimer violemment les protestations contre les meurtres policiers aux États-Unis, ne fait que souligner son hypocrisie crasse. Une fois de plus, comme pour ses guerres criminelles au Moyen-Orient, Washington cherche à exploiter les «droits de l’homme» pour la guerre économique et pour un renforcement militaire massif contre la Chine.

La pandémie de COVID-19 n’est pas la cause première de la campagne de guerre des États-Unis, mais plutôt l’accélérateur de processus actifs depuis longtemps. Le gouvernement Obama avait annoncé en 2011 son «pivot vers l’Asie» dirigé contre la Chine. Il impliquait une offensive diplomatique agressive pour saper l’influence chinoise dans l’ensemble de la région indo-pacifique et dans le monde, l’isolement de la Chine par le biais du Partenariat TransPacifique (TPP) et le renforcement et la restructuration de la présence militaire américaine dans toute la région. Obama a de façon irresponsable enflammé de dangereuses poudrières régionales, notamment en Mer de Chine méridionale et dans la péninsule coréenne.

Le gouvernement Trump a intensifié cette campagne de guerre contre la Chine. S’il a abandonné le TPP, Trump a lancé contre la Chine une guerre économique à grande échelle. Il a imposé des tarifs douaniers punitifs, dont la plupart restent en place, sur pratiquement tous les produits chinois. Il a exigé non seulement une augmentation des exportations et des investissements américains en Chine, mais aussi la subordination de celle-ci aux États-Unis dans les industries de haute technologie. Le nationalisme économique de Trump et son insistance pour que les chaînes d’approvisionnement, en particulier celles cruciales pour l’armée, se trouvent aux États-Unis, n’est rien moins que la préparation économique à la guerre.

Sous prétexte de protéger la propriété intellectuelle américaine et d’empêcher l’espionnage chinois, Washington a pris pour cible le géant chinois des télécommunications Huawei. Il a fait pression sur des alliés comme la Grande-Bretagne pour qu’elle n’utilise pas les équipements de Huawei et a menacé de sanctions les entreprises fournissant à celui-ci des composants clés. Alors que les États-Unis font des allégations infondées d’espionnage et de piratage chinois, leurs propres agences de renseignement, comme la NSA, ainsi que l’a révélé le lanceur d’alerte Edward Snowden, espionnent la population mondiale y compris leurs propres citoyens, à échelle industrielle.

Le gouvernement Trump a également ciblé des étudiants et des chercheurs chinois aux États-Unis, imposant de sévères restrictions à l’entrée et menaçant maintenant d’expulser des milliers d’étudiants s’ils ne sont inscrits qu’à des cours universitaires en ligne en raison des mesures liées au COVID-19. La Maison-Blanche renforce ses restrictions sur les médias chinois opérant aux États-Unis ; le mois dernier, elle a désigné quatre organisations de plus comme des «missions étrangères».

Les préparatifs militaires pour la guerre progressent eux aussi rapidement. Obama avait fixé l’objectif de 2020 pour le redéploiement de 60 pour cent des navires et avions de guerre américains dans la région indo-pacifique. Sous Trump, le Pentagone a annoncé en 2018 que la compétition entre grandes puissances, et non la «guerre contre le terrorisme», était sa priorité absolue, la Russie et la Chine étant identifiées comme ses principaux rivaux. L’accent mis sur la Chine reflète l’opinion des cercles stratégiques américains que l’extraordinaire expansion économique de la Chine représente la principale menace pour la poursuite de la domination mondiale de l’impérialisme américain.

En prévision d’un conflit militaire, les États-Unis ont renforcé leurs alliances militaires et leurs partenariats stratégiques dans toute la région indo-pacifique, en particulier le «Quadrilatère» regroupant le Japon, l’Australie et l’Inde.

L’irresponsabilité de la campagne anti-Chine américaine n’est nulle part plus évidente que dans l’encouragement qu’elle a donné à l’Inde lors des récents affrontements militaires avec la Chine au sujet de frontières contestées. Dans ce dangereux affrontement entre puissances nucléaires, le chef d’état-major de Trump, Mark Meadows, s’est rangé sans équivoque du côté de l’Inde. «Nous n’allons pas rester les bras croisés et laisser la Chine ou quiconque prendre les rênes en tant que force dominante la plus puissante que ce soit dans cette région là ou ici», a-t-il déclaré lundi.

Tous les préparatifs d’une guerre américaine avec la Chine, qui se transformerait rapidement en conflit catastrophique impliquant le monde entier, sont très avancés. Un certain nombre de poudrières, en mer de Chine méridionale ou sur la frontière entre l’Inde et la Chine, pourraient conduire à un incident, accidentel ou délibéré, pouvant fournir un casus belli à un président américain assiégé chez lui.

La seule force sociale capable d’arrêter une ruée précipitée vers la guerre mondiale est la classe ouvrière internationale. En 2016, le Comité international de la Quatrième Internationale a publié une déclaration intitulée «Le socialisme et la lutte contre la guerre» qui appelait à la construction d’un mouvement anti-guerre unifié des travailleurs et des jeunes du monde entier. Les dangers identifiés dans cette déclaration n’ont fait que s’accentuer au cours des quatre dernières années, de même que l’urgence de construire un tel mouvement.

Cette déclaration exposait les principes fondamentaux qui doivent constituer la base politique de l’unification de la classe ouvrière contre la guerre:

* La lutte contre la guerre doit être basée sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire de la société, qui unira derrière elle tous les éléments progressistes de la population.

* Le nouveau mouvement anti-guerre doit être anticapitaliste et socialiste, car aucune lutte sérieuse contre la guerre ne peut avoir lieu sans une lutte pour mettre fin à la dictature du capital financier et au système économique qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.

* Le nouveau mouvement anti-guerre doit donc, par nécessité, être complètement et sans équivoque indépendant et hostile à tous les partis et organisations politiques de la classe capitaliste.

* Le nouveau mouvement anti-guerre doit, avant tout, être international, mobilisant la vaste puissance de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l’impérialisme.

C’est la tâche vers laquelle les travailleurs et les jeunes d’aujourd’hui doivent se tourner pour assurer l’avenir de l’humanité.

(Article paru d’abord en anglais 8 juillet 2020)