Un chauffeur de bus français en état de mort cérébrale après avoir demandé aux passagers de porter des masques

Par Will Morrow
9 juillet 2020

Dimanche soir, un chauffeur de bus de Bayonne se trouvait en état de mort cérébrale du à une agression brutale après qu’il ait ordonné à un groupe de passagers de porter des masques ou de descendre du bus.

Selon les constats de la police, le chauffeur, Philippe Monguillot, 59 ans, a été agressé par un ou plusieurs passagers lors d'un arrêt. Il avait dit à un passager qui tentait de monter dans le bus qu'il ne serait pas autorisé à monter sans porter un masque anti-coronavirus, ce qui est requis par la loi dans les transports en commun. Au même arrêt, il aurait dit à trois autres passagers du bus qu'ils devraient descendre s'ils ne mettaient pas de masques.

Après l'agression, Monguillot a été transporté inconscient à l'hôpital et placé sous assistance respiratoire, mais a été déclaré en état de mort cérébrale. Il a une femme et trois filles adultes. Dimanche, un homme de 34 ans a été arrêté et reste en garde à vue. Quatre autres hommes ont été arrêtés lundi, dont l'un est mineur et a ensuite été libéré. Le procureur a annoncé mardi que deux hommes seraient mis en examen pour tentative d’homicide volontaire.

Lundi, les chauffeurs de bus de Chronoplus, où travaillait Monguillot, ont annoncé qu'ils seraient en grève jusqu' après les funérailles de Monguillot. Chronoplus dessert des lignes de bus à Bayonne, Anglet et Biarritz, la station balnéaire proche de Bayonne. Mardi, le service a été arrêtés dans les trois zones. Les conducteurs exigent une plus grande protection.

Les syndicats des chauffeurs ont rencontré la direction de Chronoplus lundi soir et cherchent à trouver un accord pour terminer la grève et reprendre le travail.

Mardi, le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, s'est rendu à Bayonne et s'est entretenu avec des chauffeurs, déclarant cyniquement le chagrin du gouvernement face à ce tragique incident.

Ces larmes de crocodile ne feront oublier à personne que la politique du gouvernement Macron est directement responsable de dizaines de milliers de morts durant la pandémie.

Au début de la pandémie, tout en mentant à la population et lui disant qu’il était peu probable que le virus atteigne la France, le gouvernement a refusé d'organiser des tests à grande échelle. Parce qu'il n'avait organisé aucune infrastructure permettant des tests, il a insisté pour dire que les tests n'étaient pas nécessaires. Ceux qui allaient voir leur médecin généraliste en présentant des symptômes étaient informés qu’ils avaient probablement contracté le virus, devaient rentrer chez eux et s’isoler.

Le gouvernement a déclaré que le port de masques n'était pas nécessaire, essayant de dissimuler le fait qu’on avait détruit le stock de masques au cours de la décennie précédente afin de réduire les coûts des soins de santé. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, déclarait avec mépris le 20 mars: «Vous savez quoi? Moi, je ne sais pas utiliser un masque ».

La fin du confinement le 11 mai, le redémarrage des transports en commun et la réouverture totale de l'économie ont été déterminés par les exigences économiques des capitalistes : il fallait reprendre les activités destinées à faire des profits.

Toutes les mesures de protection existant pour les travailleurs au début du confinement ont été arrêtées depuis. Le 24 juin, la ministre du Travail d’alors, Muriel Pénicaud, a publié un nouvel ensemble de consignes à l'intention des employeurs, n'exigeant plus une surface de quatre mètres carrés pour chaque poste de travail. Cela a été remplacé par une «consigne» non contraignante recommandant un mètre de séparation seulement, avec obligation de porter un masque si même cela ne pouvait être maintenu.

Parallèlement, les écoles, les restaurants et les bars ont tous été rouverts.

Les syndicats et le gouvernement ne tiennent pas de liste centrale du nombre de chauffeurs de bus ou de travailleurs des transports en commun qui ont été infectés ou sont décédés du coronavirus. Mais la régie des transports en commun de la région parisienne (RATP) avait confirmé quatre décès dans cette seule région en mars et avril. Le 12 mai, la responsable de la RATP, Catherine Gouillouard, avait admis que neuf employés de la RATP étaient décédés des suites du coronavirus. Les chauffeurs d'autobus avaient déclaré n'avoir reçu aucun masque et une seule paire de gants par équipe.

Entre le 30 juin et le 3 juillet, trois infections au coronavirus ont été détectées parmi les agents de maintenance de la RATP dans les ateliers de Javel, situés dans le 15e arrondissement de Paris. Le site emploie plus de 70 personnes.

La responsabilité de cette situation incombe avant tout à la Confédération générale du travail (CGT) et aux autres syndicats. Ils ont tous œuvré pour réprimer la colère des travailleurs face au manque d'équipements de protection et de conditions de sécurité pour les travailleurs des bus et des transports en commun.

(Article paru en anglais le 8 juillet 2020)