La gouverneure du Michigan soutient que les candidats du SEP auraient dû mener leur pétition pour figurer sur la liste électorale en plein pic de la pandémie

Par Kevin Reed
1 juillet 2020

En réponse lundi à la plainte déposée par la campagne présidentielle du Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party – SEP) aux États-Unis contre les lois antidémocratiques d’accès aux urnes dans le Michigan, les procureurs généraux adjoints de l’État représentant la gouverneure démocrate du Michigan, Gretchen Whitmer, ont fait valoir que le SEP aurait dû recueillir des signatures tout au long de la pandémie, ce qui aurait à la fois violé la loi et mis en danger la santé et la sécurité publiques.

«Depuis le 10 mars 2020, date à laquelle la gouverneure a déclaré l’urgence pour la première fois, et jusqu’à aujourd’hui, les plaignants auraient pu faire circuler des pétitions et recueillir des signatures», peut-on lire dans le dossier du gouvernement.

Joseph Kishore, candidat du SEP à la présidence des États-Unis, et Norissa Santa Cruz, candidate du SEP à la vice-présidence des États-Unis, ont déposé leur plainte le 18 juin contre la gouverneure du Parti démocrate Gretchen Whitmer, la secrétaire d’État Jocelyn Benson et le directeur du Bureau des élections du Michigan Jonathan Brater. Le procès fait valoir que l’obligation de l’État de recueillir 30.000 signatures pour l’accès aux urnes pendant une pandémie est inconstitutionnelle.

Dans la poursuite menée par les candidats du SEP, ceux-ci expliquent que l’application de ces règles pendant la période de la COVID-19 «laisse les électeurs socialistes comme les plaignants et leurs partisans, qui pour des raisons de principes politiques ne peuvent voter pour des candidats non socialistes, dans l’impossibilité de voter. Cette conduite subvertit le processus électoral, constitue une répression des électeurs et restreint arbitrairement les droits des socialistes à se présenter aux élections et à voter pour des candidats qui partagent leurs opinions.»

Dans leur réponse de 31 pages à la motion des candidats, les défendeurs de l’État du Michigan affirment que l’obligation d’accès au scrutin ne peut être levée parce que le SEP aurait dû recueillir des signatures sur les pétitions avant, pendant et après la déclaration initiale de l’état d’urgence du 10 mars par Whitmer, menaçant ainsi la vie des membres, des partisans et du public votant.

Lundi dernier, les candidats du SEP ont déposé une réplique à la réponse des défendeurs au procès. En réponse à l’affirmation du gouvernement selon laquelle le SEP aurait dû envoyer des volontaires en pleine pandémie pour recueillir des signatures, l’avocat de Kishore et Santa Cruz a fait valoir: «Les électeurs et les candidats du Michigan ne peuvent être obligés de risquer la mort pour exercer leurs droits démocratiques les plus fondamentaux. Les défendeurs suggèrent que les plaignants auraient dû envoyer leurs partisans se faire infecter et tuer afin de se conformer à une exigence administrative mineure, en soulignant le fait que les plaignants n’ont pas recueilli une seule signature à ce jour. Bien sûr qu’ils ne l’ont pas fait; tenter de le faire aurait mis la santé et la vie de tous en danger.»

L’argumentation juridique des défendeurs contient une contradiction flagrante qui expose à la fois leurs préjugés politiques en tentant de maintenir les candidats du SEP hors des urnes dans le Michigan et l’attitude réelle du Parti démocrate, malgré les déclarations publiques contraires, à l’égard de la distanciation physique et de la santé et de la sécurité de la classe ouvrière pendant la pandémie.

La gouverneure Whitmer a publié une série de cinq décrets, les 10, 13, 16, 17 et 23 mars, qui ont progressivement mis fin aux activités dans l’État face à la propagation rapide de la COVID-19.

Les avocats des démocrates affirment que les membres et les partisans du SEP auraient dû s’adresser aux électeurs du Michigan qui avaient reçu l’ordre de «rester dans leur lieu de résidence» sauf si tenus de remplir des fonctions essentielles à la vie – pour faire signer des pétitions pendant les semaines critiques où la COVID-19 atteignait un pic de plus de 1500 cas et 160 décès par jour dans le Michigan.

Quiconque a déjà participé à une collecte de signatures valides d’électeurs inscrits afin d’apparaitre sur les bulletins de vote sait que cette activité est incompatible avec les exigences de distanciation physique.

Exposant davantage leur mépris pour les droits de la classe ouvrière et de la jeunesse, la réponse des démocrates mentionne que si le SEP avait des membres ou des partisans préoccupés par leur santé en ce qui a trait à la collecte de signatures auprès des électeurs pendant la pandémie, alors le parti aurait dû «recruter des personnes autrement en bonne santé pour faire circuler les pétitions.»

Cette position contredit directement la déclaration publique du 23 mars de la gouverneure Whitmer, qui a alors déclaré: «Jeunes, je vous parle maintenant. Vous n’êtes pas à l’abri de cela. Vous pouvez contracter ce virus. Et en fait, 40 % des hospitalisations et des cas positifs concernent des personnes de 20 à 49 ans... Le fait est qu’aux États-Unis, nous constatons qu’il y a de graves conséquences aussi chez les jeunes, contrairement à ailleurs dans le monde.»

Les assistants du procureur général ont également affirmé que le SEP aurait dû recueillir des signatures en 2019 ou même avant pour obtenir le statut de candidat. Les démocrates du Michigan savent très bien que le SEP n’a annoncé qu’en janvier 2020 que Kishore et Santa Cruz seraient les candidats du parti aux élections, donc cet argument n’a aucun sens.

Par ailleurs, les lois du Michigan sur l’accès aux urnes imposent un délai de six mois pour la collecte des signatures, de sorte que même si la pétition avait commencé au quatrième trimestre de 2019, elle aurait quand même été confrontée à la pandémie au début de 2020.

Enfin, la réponse des défendeurs révèle que les lois d’accès au scrutin du Michigan ont été déclarées inconstitutionnelles en mai, et que le bureau de la secrétaire d’État n’a pas notifié le SEP le fait que l’exigence quant au nombre de signatures avait été réduite de 30.000 à 12.000 signatures.

En soulignant les questions démocratiques de base impliquées dans la lutte pour l’accès aux urnes dans le Michigan, le mémoire de réponse du SEP stipule «Ce ne sont pas les plaignants qui n’ont pas fait preuve de diligence nécessaire, mais bien les défendeurs. Ce sont en effet les défendeurs qui n’ont pas réussi, sur une longue période, à prendre des mesures efficaces pour garantir que les élections restent libres, ouvertes et équitables, malgré la pandémie. La conduite des élections est de leur responsabilité. Ce ne sont pas les plaignants qui demandent des signatures, mais bien les défendeurs. Les plaignants demandent simplement à être présents sur le bulletin de vote. Les plaignants doivent pouvoir exercer leurs droits démocratiques les plus fondamentaux sans s’exposer au danger d’infection et de mort en remplissant les exigences administratives établies et appliquées par les défendeurs.»

La réponse du SEP note que le WSWS a été le seul à avertir du danger représenté par le virus dès le mois de janvier. Le mémoire cite la perspective du 28 janvier 2020 publiée sur le World Socialist Web Site, lançant une mise en garde comme suit: «L’épidémie a révélé l’énorme vulnérabilité de la société contemporaine aux nouvelles souches de maladies infectieuses, un danger auquel aucun gouvernement capitaliste ne s’est suffisamment préparé.»

Le SEP et le WSWS vont continuer de mettre à nu les méthodes antidémocratiques utilisées par le duopole bipartite pour empêcher que des candidats socialistes indépendants puissent participer au scrutin.

(Article paru en anglais le 30 juin 2020)