La politique suédoise «d'immunité collective» produit l'un des taux de mortalité les plus élevés au monde

Par Jordan Shilton
29 mai 2020

Les conséquences catastrophiques de la réponse de la Suède à la pandémie de coronavirus ont été révélées lundi alors que le nombre officiel de décès dépassait les 4000. Le pays, avec une population de 10,3 millions d'habitants, a enregistré l'un des taux de mortalité par habitant les plus élevés du monde au cours des dernières semaines, qui est le produit direct du refus du gouvernement social-démocrate/vert de mettre en œuvre des mesures de confinement, de mener des campagnes de tests de masse et protéger les foyers de soins pour personnes âgées.

La semaine dernière, la Suède avait le taux de mortalité par habitant le plus élevé au monde, sur la base d'une moyenne sur sept jours se terminant le 20 mai. Le site Web Our World in Data a rapporté que la Suède a enregistré 6,08 décès par million d'habitants au cours de cette période, par rapport à la Grande-Bretagne (5,57), la Belgique (4,28) et les États-Unis (4,11). Au cours de la pandémie, les taux de mortalité en Belgique, en Italie et en Espagne restent plus élevés qu'en Suède à ce stade.

Le gouvernement social-démocrate/vert, dirigé par le premier ministre Stefan Löfven, a refusé d'appliquer des restrictions à la vie économique et sociale pour freiner la propagation de la pandémie. Les écoles pour les élèves de moins de 16 ans, les restaurants, les magasins de détail et les bars sont restés ouverts dans l'ensemble; les résidents ont simplement été avisés de limiter les contacts sociaux. Des rassemblements publics allant jusqu'à 50 personnes sont également autorisés depuis mars.

L'approche de la Suède a reçu des éloges chaleureux des forces politiques réactionnaires et des médias de la grande entreprise à l'échelle internationale pour soutenir leurs campagnes criminelles de retour au travail. L'épidémiologiste d'État Anders Tegnell est devenu une figure culte, avec des interviews et des profils largement flatteurs du Daily Show et d'USA Today aux États-Unis, de Der Spiegel en Allemagne et du Financial Times britannique, entre autres.

Pourtant, même Tegnell, confronté à l'augmentation rapide du nombre de décès, a été contraint de dire à la radio suédoise ce week-end que le pays était confronté à une «situation terrible».

Annika Linde, sa prédécesseure, est même allée plus loin, affirmant qu'elle n'était pas d'accord avec le fait que le gouvernement n'ait pas ordonné le confinement. Soulignant les taux de mortalité beaucoup plus faibles au Danemark, en Finlande et en Norvège voisins, qui ont enregistré respectivement quatre, sept et neuf fois moins de décès par habitant, Linde a déclaré à l'Observer britannique: «Je pense que nous avions besoin de plus de temps pour nous préparer. Si nous avions fermé très tôt ... nous aurions pu, pendant ce temps, nous assurer que nous avions ce qu'il fallait pour protéger les personnes vulnérables.»

Alors que Tegnell et les dirigeants politiques ont nié que la Suède mène une politique «d'immunité collective», c'est en pratique ce qui se passe. Les couches les plus faibles et les plus vulnérables de la société doivent se débrouiller seules ou mourir, tandis que le gouvernement se concentre sur le renflouement des grandes entreprises et des banques. Alors que des centaines de milliards de couronnes ont été mises à disposition sous forme de prêts et de subventions pour soutenir les marchés financiers et les grandes entreprises, seulement 5 milliards de couronnes (environ 470 millions d'euros) de fonds supplémentaires ont été réservées aux hôpitaux et aux soins de santé.

En date du 26 mai, 4125 décès avaient été officiellement enregistrés. Il s'agit probablement d'une sous-estimation, étant donné que les décès ne sont comptés qu'après un test confirmé en laboratoire sur un patient. Fin avril, les chiffres du Conseil national de la santé et du bien-être social indiquaient que le nombre officiel de décès sous-estimait les décès réels d'environ 10% (voir: la Suède forcée d'admettre un sous-dénombrement important des décès par coronavirus).

Environ 90 pour cent des décès totaux sont des personnes de plus de 70 ans. Les trois quarts de tous les décès étaient des personnes vivant dans des maisons de soins ou recevant des soins à domicile.

La propagation du COVID-19 dans le système de soins aux personnes âgées de la Suède a été facilitée par des décennies de politiques d'austérité menées par l'ensemble de l'establishment politique. De nombreux travailleurs sociaux sont employés par des agences plutôt que dans des foyers spécifiques, ce qui signifie qu'ils travaillent souvent à plusieurs endroits et n'ont pas de protection d'emploi s'ils prennent un congé pour cause de maladie. En plus de cela, les autorités suédoises n'ont pas tenu compte de la menace posée par les porteurs asymptomatiques de la maladie en disant aux soignants de ne rester à la maison que lorsqu'ils remarquaient des symptômes de coronavirus. Les cas asymptomatiques n'ont pas été détectés car la Suède a l'un des taux de dépistage les plus bas d'Europe.

Une autre raison des taux de mortalité élevés chez les personnes âgées est qu'elles se voient systématiquement refuser des soins. Une enquête du diffuseur public allemand NDR a révélé que moins de 1% des patients âgés de 80 ans et plus étaient traités dans des unités de soins intensifs, contre 10% des patients âgés de 70 à 79 ans et 16% des patients âgés de 60 à 69 ans.

Les enfants et les adultes en âge de travailler sont traités avec autant de mépris. Les conseils officiels indiquent aux travailleurs et aux écoliers de ne rester à la maison que deux jours après la disparition des symptômes, ce qui contribue sans aucun doute aux infections. Le virus a une période d'incubation de 14 jours.

Andreia Rodrigues, une institutrice préscolaire de la région de Stockholm, a déclaré à Insider qu'on lui avait toujours dit de se présenter pour enseigner à une classe de 22 élèves après avoir signalé que son fiancé présentait des symptômes de coronavirus. «Je me demande toujours combien de personnes mourront à cause de moi», a-t-elle ajouté, expliquant qu'elle ne porte pas de masque de peur d'être licenciée.

Les communautés d'immigrants ont également été touchées de manière disproportionnée par le virus. Selon les chiffres des agences de santé publique publiés en avril, les résidents d'origine somalienne représentaient 5% du total des cas de coronavirus dans la région de Stockholm, même s'ils représentent moins de 1% de la population totale. L'Association médicale suédoise de Somalie a révélé que six des 15 premières personnes à mourir à Stockholm étaient d'origine somalienne.

La raison de cette disparité n'est pas difficile à trouver. Les grandes villes suédoises sont extrêmement ségréguées entre les quartiers riches et les banlieues pauvres, où de grandes populations d'immigrants vivent dans des logements exigus et occupent des emplois précaires qui ne peuvent pas être effectués depuis leur domicile. La pauvreté et le chômage sévissent dans ces communautés.

Par exemple, le quartier principalement immigré de Rosengad à Malmö, la troisième plus grande ville de Suède, a un revenu moyen de seulement 50% de la moyenne de la ville. Les autorités suédoises ont répondu à ces problèmes sociaux en qualifiant les quartiers pauvres de zones de criminalité nécessitant une présence policière renforcée. La police suédoise publie un rapport annuel avec une liste des soi-disant «zones vulnérables». La dernière édition en 2019 comprenait 60 quartiers à travers le pays.

Le fournisseur de téléphonie Telia a démontré, sur la base de l'analyse de données de téléphones portables anonymisées, comment les résidents des quartiers riches ont pu se retirer pour travailler depuis leur domicile confortable, tandis que les travailleurs à bas salaire, en grande partie immigrés de la banlieue, ont été contraints de continuer à se présenter sur le lieu de travail et s'exposer au risque d'infection. «Nous voyons certaines zones qui sont peut-être plus riches avec un plus grand nombre de personnes travaillant à domicile», a déclaré Christopher Agren, responsable de l'analyse des données pour Telia, à l'Associated Press.

Sans surprise, les chiffres publiés par les autorités de la ville de Stockholm le mois dernier ont révélé que dans certains quartiers à faible revenu, le taux d'infections était trois fois plus élevé que dans les quartiers plus riches.

Qu’on laisse les pauvres et les personnes âgées être infectés et mourir: telle est la réalité brutale de la réponse de la Suède à la pandémie de coronavirus. Mais ce n'est pas simplement un phénomène suédois. Avec la campagne imprudente et criminelle de retour au travail imposée par les gouvernements à travers l'Europe et l'Amérique du Nord, les élites dirigeantes de chaque pays adoptent la «voie suédoise».

Cela a été souligné par la publication dans l'édition actuelle de Foreign Affairs, la revue de politique étrangère la plus influente des États-Unis, d'un article intitulé «La stratégie suédoise contre les coronavirus sera bientôt celle du monde». Les auteurs Nils Karlson, Charlotta Stern et Daniel Klein ont déclaré sans ambages: «L'immunité collective est la seule option réaliste: la question est de savoir comment s'y rendre en toute sécurité.» Ils se sont élevés contre les confinements, qu'ils ont décrits comme inadmissibles car ils réduisent la croissance du PIB de 2% chaque mois.

Outre le fait que les trois auteurs n'ont aucune formation médicale, ils sont tous associés à l'Institut de droite Ratio, qui, selon ses propres termes, se concentre sur «les conditions de l'entreprise, de l'entrepreneuriat et de l'économie de marché». Ratio est financé par la Confédération des entreprises suédoises et reçoit un soutien régulier pour des projets spécifiques de la Fondation Wallenberg, qui est financé par l'immense richesse de la famille Wallenberg. Bien que les entreprises contrôlées par les Wallenberg ne représentent plus 40% des emplois industriels en Suède comme dans les années 1970, les membres de la famille jouent un rôle dans un grand nombre de grandes entreprises suédoises.

Le fait que les délires de Karlson, Stern et Klein soient financés par des bailleurs de fonds aussi puissants alors que la Suède apparaît comme l'un des chefs de file mondiaux des décès par coronavirus souligne à quel point leur mépris insensé pour la vie humaine et leur obsession de protéger les bénéfices des entreprises sont des convictions partagées par les classes dirigeantes suédoise et internationales.

(Article paru en anglais le 27 mai 2020)