Alors que Trump fait l’éloge de Modi, la violence communautaire secoue la capitale indienne

Par Keith Jones
26 février 2020

Le président américain Donald Trump a rencontré le premier ministre indien Narendra Modi lors d’une visite de deux jours en Inde, alors même que les viles conséquences de la politique fasciste et communautariste menée par Modi et son gouvernement du parti Bharatiya Janata (BJP) sont exposées de façon sanglante dans les rues de Delhi.

Quelques heures seulement avant l’arrivée de Trump dans la capitale indienne lundi, les dirigeants locaux du BJP ont initié des actes de violence contre les musulmans dans le nord-est de Delhi. Ces actes se poursuivent aujourd’hui, et au moment où nous écrivons ces lignes (20 heures, heure locale de Delhi), ils ont fait au moins 10 morts.

Delhi a été au centre des protestations de masse nationales contre la Citizenship Amendment Act (CAA), la loi sur la citoyenneté antimusulmane du gouvernement BJP et des projets d’intimidation et d’ostracisme des musulmans au nom de la répression des «immigrants illégaux». Depuis que la loi a été adoptée à la hâte par le Parlement en décembre dernier, des centaines de musulmanes ont organisé une manifestation assise permanente dans le quartier de Shaheen Bagh, dans le sud de Delhi, bloquant une artère importante, ne laissant passer que les véhicules d’urgence.

La CAA n’est que la dernière de toute une série de mesures antidémocratiques et communautaristes prises par le gouvernement Modi, et qui ne cesse de s’intensifier. En août, le gouvernement Modi a dépouillé le Jammu-et-Cachemire, le seul État indien à majorité musulmane, de son statut constitutionnel semi-autonome et a placé la région sous un verrouillage sécuritaire massif depuis lors.

Au cours de la campagne qui vient de s’achever pour les élections à l’assemblée du Territoire de la capitale nationale de Delhi, les dirigeants du BJP ont célébré la répression violente des manifestations anti-CAA en Uttar Pradesh et dans d’autres États dirigés par le BJP et ont conduit des foules à appeler au meurtre des «traîtres» et des «antinationaux». (Voir «Abattez-les» – Le gouvernement indien incite à la violence contre les opposants à sa loi sur la citoyenneté qui exclue les musulmans).

D’après tous les reportages, le leader du BJP à Delhi, Kapil Mishra, est à l’origine des violences qui secouent actuellement la capitale indienne. Dimanche, il a lancé une contre-manifestation pro-CAA, impliquant l’occupation d’une rue du nord-est de Delhi par des centaines de ses partisans communautaristes hindous et a lancé un «ultimatum» à la police de Delhi. Mishra a juré que ses partisans débarrasseraient les rues de Delhi des manifestants anti-CAA, si la police ne le faisait pas dans les «trois jours».

Des incidents de lançage de roches entre manifestants pro et anti-CAA ont rapidement suivi. Mais la violence s’est considérablement intensifiée lundi, lorsque, selon le journal hindou The Wire de Chennai, la foule a commencé à s’en prendre aux musulmans «qu’ils soient à pied ou en voiture» et à les tabasser.

Malgré ce que le gouvernement Modi (responsable du contrôle les forces de police sur le territoire de Delhi) qualifie de mobilisation policière massive, la violence a continué à s’intensifier lundi et aujourd’hui.

The Wire rapporte que des magasins musulmans ont été vandalisés et incendiés par des foules communautaristes criant «Jai Shri Ram» ou «Longue vie à Ram (dieu hindou)».

Le BJP, le RSS et leurs alliés hindous suprématistes ont une longue et sanglante histoire d’incitation et d’organisation d’horribles violences communautaires. Modi lui-même est devenu connu sur la scène nationale en raison de son rôle, en tant que ministre en chef du Gujarat ayant organisé le pogrom antimusulman du Gujarat de 2002, qui a fait jusqu’à 2000 morts.

Trump a commencé son voyage en Inde par un discours devant une foule de 100.000 partisans de Modi à Ahmedabad, la capitale de l’État du Gujarat. Il a salué le «partenariat stratégique mondial Inde-États-Unis» et a fait l’éloge de Modi, le qualifiant de «dirigeant exceptionnel, grand champion de l’Inde, qui travaille nuit et jour pour son pays, et que je suis fier d’appeler mon véritable ami».

Le Pentagone et l’establishment politique américain (tant démocrate que républicain) considèrent tous deux que l’Inde est cruciale pour l’offensive militaro-stratégique de l’impérialisme américain contre la Chine. Sous Modi, l’Inde s’est intégrée de plus en plus complètement dans cette offensive, transformant le pays en un véritable État de la ligne de front dans la campagne militaire de Washington contre Beijing.

L’éloge effusif de Trump pour Modi est également enraciné dans la profonde affinité politique entre le président américain milliardaire fasciste et anti-immigrant et le suprématiste hindou Modi.

Lors de leur conférence de presse commune à Delhi mardi en début de soirée, Trump a déclaré qu’il n’avait pas parlé avec Modi de la violence communautaire qui fait rage dans les rues de la capitale indienne, avant de rapidement se porter à la défense de son hôte. «Nous avons parlé de la liberté de religion, a déclaré Trump, qui a imposé des interdictions de voyager discriminatoires contre plus d’une demi-douzaine de pays à prédominance musulmane. Le premier ministre a dit qu’il voulait que les gens aient la liberté de religion. Ils y travaillent très dur.»

La violence communautaire mortelle qui secoue Delhi ces deux derniers jours souligne le caractère frauduleux et cynique des affirmations promues par Washington et New Delhi et reprises par les médias occidentaux selon lesquelles l’alliance stratégique antichinoise indo-américaine est basée sur des «valeurs communes» de démocratie et de tolérance.

En réalité, comme elle est bien personnifiée par Trump et Modi, l’alliance entre l’impérialisme américain et la bourgeoisie indienne est une alliance de réaction, d’autoritarisme et de guerre.

(Article paru en anglais le 25 février 2020)

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