Manifestations de masse contre les manœuvres de Macron sur les retraites

Par Alexandre Lantier
17 janvier 2020

Hier plus d’un demi-million de grévistes et de jeunes ont manifesté lors du 43e jour de grève contre la réformes de retraites de Macron. Ils ont rejeté l’annonce par Édouard Philippe ce week-end d’un retrait «temporaire» de l’augmentation de deux ans de «l’âge pivot» de la retraite, de 62 à 64 ans. Philippe va discuter sa réforme avec les syndicats et éventuellement adopter d’autres mesures d’austérité avec les syndicats, s’il abandonne «l’âge pivot.»

Selon les syndicats, 556.000 personnes ont manifesté e France, dont 150.000 à Paris et des dizaines de milliers à Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. A Toulouse, les manifestants ont interrompu les vœux du maire de droite, Jean-Luc Moudenc, en déployant une affiche «Emmanuel Moudenc, maire des riches» et en chantant des chansons des «gilets jaunes.»

The protest in Paris

L’opposition ouvrière à Macron et la popularité de la grève montent toujours. Selon un sondage Odoxa pour France-Info et Le Figaro, 66 pour cent des Français considèrent toujours que la grève est «justifiée», alors même que 57 pour cent voudraient qu’elle s’arrête à cause des difficultés qu’elle crée. 67 pour cent ont confirmé à Odoxa que l’annonce de Philippe ce week-end est une «demi-mesure du gouvernement (qui) arrive trop tard.»

Les 4 mois de pourparlers proposés par Philippe avec les syndicats pour négocier l’austérité ne font que souligner que ces négociations n’offrent rien aux travailleurs. Il n’y a rien à négocier avec Macron. Il s’agit de s’organiser indépendamment des syndicats, en comités d’action pour mobiliser des couches plus larges de travailleurs en lutte pour faire chuter Macron.

Emma, une professeur qui manifestait à Paris, a dit au WSWS: «Nous, on demande le retrait. Son age pivot, il peut raconter toute la journée à qui veut l'entendre. On s'en fiche, on s'en contrefiche.» Elle a ajouté, «Ce qui est inédit dans cette grève, c'est que la grève appartient aux grévistes et les bases ont débordé les syndicats. Donc les directions syndicales, elles peuvent dire ce qu'elles veulent. Nous, on ne lâchera rien.»

This is not a pension reform...it is armed robbery

Elle a ajouté que sa pension pourrait chuter jusqu’à 1.036€ à cause de cette réforme: elle est prof et a trois enfants, et à part les attaques contre les régimes de retraites des enseignants, Macron attaque aussi les bonifications liées à la maternité. Elle a dit, «Les femmes vont être injustement touchées par cette réforme, alors qu’on nous balance sur tous les médias que les femmes, ça va être beaucoup plus juste pour elles, pour les carrières hachées.»

Sylvie, qui travaille à la RATP, a dit que la réforme «est mauvaise pour tout le monde. C'est une escroquerie. Ils ne sont même pas capables de chiffrer aujourd'hui combien ça va coûter au peuple français. … On l'a vu dans les autres pays. Abaisser notre pension de 20 à 30 pour cent, c'est quoi? Qui a envie de gagner moins? Beaucoup, beaucoup moins. Ceci va appauvrir le peuple.»

Sylvie

Elle a souligné qu’elle se méfie des syndicats qui négocient avec Philippe à sa conférence longue de quatre mois: «Ils négocient pour eux, pas pour le peuple. Voilà tout ce que je peux dire. Oui, ils négocient pour eux, mais pas pour les travailleurs de la RATP.»

Le discrédit qui pèse sur les appareils syndicaux et l’émergence d’un mouvement explosif dans la classe ouvrière fait partie d’une résurgence internationale explosive de la lutte des classes qui transforme la vie politique mondiale. On a vu en 2019 ou 2020 des grèves de dizaines de millions de travailleurs indiens, de travailleurs de l’automobile et d’enseignants aux USA, de profis polonais et des manifestations de masse dans des dizaines de pays – de la République tchèque jusqu’en Irak, au Liban et en Algérie au Moyent Orient et en Bolivie, au Chili et en Ecuador en Amérique latine.

Cette résurgence de la lutte des classes internationale se déroule sur fond de criminalisation et de militarisation de l’élite dirigeante symbolisées par le meurtre par drone du général iranian Qassem Soleimani le 3 janvier à Baghdad par Washington. Cet assassinat, qui foule aux pieds le droit international, a souligné le danger très réel de guerre entre les grandes puissances au Moyen Orient.

Alors que continue la grève en France contre le «président des riches», il devient plus clair que cette lutte soulève des questions très larges que les travailleurs ne peuvent résoudre finalement que via une action révolutionnaire internationale contre l’aristocratie financière et le capitalisme.

Jules

Jules, lycéen à Paris, a dit au WSWS: «il y a une énorme peur, en effet, chez les lycéens par rapport aux perspectives de guerre dans les années qui viennent. Quand un homme commence à bombarder des bases militaires iraniennes ... là, c’est même plus par guerre interposée. C’est directement les Américains et l’Iran qui risquent de faire la guerre, ou d’entrer dans un conflit armé assez violent. Et il y a une énorme inquiétude par rapport à la paix qu’on a en Europe depuis quelques décennies».

Jules a lié le danger de guerre à la répression intérieure et à l’austérité sociale contre les travailleurs: «Aussi, parce qu’après s’être attaqué aux retraites, il va s’attaquer à la Sécurité sociale, il va s’attaquer aux universités … S’il a décoré le patron de BlackRock, il a des liens extrêmement étroits avec BlackRock», une société qui gère 6.000 milliards $ d’actifs et qui a discuté la réforme des retraites avec Macron juste après son élection en 2017.

Le WSWS a aussi interviewé Adrien, travailleur à la raffinerie de Grandpuits, actuellement en grève. Les travailleurs discutent d’une éventuelle grève nationale des raffineries comme celle de 2010, qui a rapidement produit une pénurie d’essence et une confrontation directe avec l’État. Isolés par les syndicats, les raffineurs grévistes en 2010 ont dû reprendre le travail.

Adrien

En 2010, dit-il, «On arrivait sur un quart de matin, à 5 heures du matin. On a appris qu’on avait 17 cars de CRS ... devant notre lieu de travail. Ils venaient avec le préfet avec des lettres de réquisition nominatives pour nous menacer de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende si on ne prenait pas notre poste de travail. Après, l’Organisation internationale du travail, reliée à l’ONU, s’est prononcée contre cette position de la préfecture en disant que c’était un geste illégal, qu’on a pas à réquisitionner une entreprise privée, hormis l’alimentation des services publics d’urgence … C’était complètement illégal et c’était un déni de droit de grève, un déni de démocratie.»

Les travailleurs discutent de ce que Macron pourrait faire contre une grève des raffineries. Adrien a dit, «Ce gouvernement, comme les patrons qui l’entourent, ne rêve que d’une chose: d’interdire le droit de grève en France. Et ça leur pose pas de problème de poser des réquisitions, même si elles sont illégales. Ils vont essayer de réquisitionner, mais on fera valoir notre droit de grève.»

Cette expérience de lutte souligne la nécessité de construire des comités d’action, indépendants des syndicats, pour mobiliser plus largement les travailleur en défense des grévistes. Ceci nécessite une lutte politique contre le diktat des banques et de l’appareil d’État-policier qui soulève des questions critiques – notamment celles de la perspective et de la direction révolutionnaires.

When all the poor get involved in the struggle ...

Léa, une étudiante qui manifestait à Paris contre Macron et la précarité des étudiants, a dit qu’elle est «absolument» favorable à l’idée de faire chuter Macron: «Je n'ai jamais soutenu Macron ... et je soutiendrai jamais après.» Mais elle a ajouté, «Aujourd'hui, personne ne me convient non plus à mettre à la place. C'est comme toujours pareil depuis des années et des décennies: on a juste des personnes qui veulent le pouvoir et qui sont les serviteurs du capitalisme. On est régi par cette finance.»

L’émergence d’une lutte impulsée par des travailleurs voulant déborder les syndicats transforme profondément la situation politique. Si le taux de participation à la grève à la SNCF, la RATP et l’Éducation nationale chutent – car les travailleurs reprennent partiellement le travail, épuisés financièrement par des semaines de grève, ou font grève par rotation – la classe ouvrière continue à se radicaliser. Le gouffre de classe qui sépare les travailleurs de la bourgeoisie et de ses outils politiques est toujours plus béant.

Le Parti de l’égalité avance dans ce contexte la perspective d’une lutte internationale révolutionnaire des travailleurs pour prendre le pouvoir, exproprier l’aristocratie financière, et construire le socialisme en renversant le capitalisme en faillite.