Une vidéo présentée lors d’une conférence de Trump incite à la violence contre ses opposants

Par Patrick Martin
16 octobre 2019

Lors d’une conférence de partisans ultra-droitistes du président organisée au Trump National Doral Resort de Miami, avec comme conférencier vedette Don Jr., le fils même de Trump, une vidéo sanglante montrant Trump tuant ses critiques des médias, du parti démocrate (et républicain) avec toute une panoplie d’armes, a été projetée.

La vidéo a été créée en 2018, à partir d’une scène du film Kingsman: Services secrets de 2014, un film d’une violence extrême dirigé par Matthew Vaughn et basé sur une série de bandes dessinées britanniques et mettant en vedette Colin Firth et Samuel L. Jackson. Dans celle-ci, le visage de Trump est superposé grossièrement au personnage de Firth alors que celui-ci marche entre les bancs d’une église, identifiée «Church of Fake News», attaquant et tuant des gens.

Parmi les personnes tuées, poignardées, éventrées, étranglées, brulées, jetées par la fenêtre ou éliminées d’autres manières dans cette vidéo de près de trois minutes figurent Barack Obama, Hillary Clinton, Bernie Sanders, John McCain, Mitt Romney et Maxine Waters, une députée noire qui est souvent la cible de Trump sur Twitter. Une autre victime est simplement nommée «Black Lives Matter».

D’autres personnages abattus sont identifiés avec les logos de divers médias superposés sur les visages. Il s’agit notamment de CNN, MSNBC, PBS, la National Public Radio, la BBC, le Washington Post, Vice News, Huffington Post et BuzzFeed. À la fin du massacre, le personnage de Trump sourit avec joie après son œuvre.

Le créateur du site qui a publié la première vidéo en 2018, connu sous le nom de Carpe Donktum, a rencontré Trump en juillet dernier dans le Bureau ovale. Le président avait alors qualifié son invité de «génie» après qu’il ait déjà mis en ligne une vidéo de «western spaghetti» modifiée montrant Trump en train de frapper et tuer le journaliste de CNN Jim Acosta.

Le même mois, Trump a organisé un «sommet sur les médias sociaux» à la Maison-Blanche avec des personnalités d’extrême droite de l’Internet, dont Donktum et James O’Keefe, le fondateur de Project Veritas, qui publie des vidéos enregistrées en secret et truquées dans le but de piéger des politiciens et des médias libéraux, ainsi que des groupes d’activistes ciblés par Trump. Un autre invité était Ben Garrison, qui publie des caricatures dénoncées par l’Anti-Defamation League et le Southern Poverty Law Center pour leurs propos et images antisémites et racistes.

C’est un participant à la conférence du week-end dernier à Miami qui a vu la vidéo de Trump et l’a enregistrée sur son téléphone portable, avant de la divulguer au New York Times. Le quotidien a par la suite publié un reportage dimanche soir sur son site Web.

La conférence American Priority 2019 a débuté jeudi, le jour même où Trump a prononcé un discours fasciste lors d’un rassemblement à Minneapolis, dans lequel il a attaqué les démocrates «d’extrême gauche» et «socialistes» comme des gens qui «détestent notre pays», poursuivi ses attaques contre les immigrants et lancé une attaque raciste contre les réfugiés somaliens vivant au Minnesota. Dans son discours, il a condamné l’«alliance impie des politiciens démocrates corrompus, des bureaucrates du "Deep State" et des médias d’information propagateurs de fausses nouvelles».

Pendant que Trump massacrait ses ennemis en paroles au Target Center de Minneapolis, ses partisans les plus ardents pouvaient voir ses désirs les plus intimes illustrés dans cette vidéo explicite faisant partie d’une exposition de «mèmes» Internet et qui a été diffusée dans une salle distincte sept heures par jour pendant les trois jours de conférence.

Outre Donald Trump Jr., d’autres grands noms du camp Trump ont pris la parole à la conférence, dont l’ancienne porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Huckabee Sanders, le gouverneur de la Floride Ron DeSantis, le député de la Floride Matt Gaetz, l’ancien membre du Congrès Jason Chaffetz, maintenant devenu commentateur de Fox News, le provocateur de droite James O’Keefe de Project Veritas, l’ancien directeur de la campagne Trump Corey Lewandowski, ainsi que l’ancien conseiller de la campagne Trump et parjure condamné George Papadopoulos.

American Priority a commencé à tenir des conférences comme une alternative plus ouvertement fasciste à la Conférence d’action politique conservatrice qui se tient au début de chaque année à Washington DC. L’activité de la semaine dernière était la deuxième du groupe, auquel ont assisté des centaines d’activistes d’extrême droite et qui s’est tenue dans le centre de villégiature qui est la propriété de Trump adjacente à son terrain de golf Doral.

L’organisateur du groupe, Alex Phillips, a affirmé que la vidéo avait été soumise par un «tiers fournisseur» et qu’American Priority n’était pas responsable de son contenu et ne préconisait pas la violence contre les critiques politiques ou des médias de Trump. «American Priority rejette toute violence politique et vise à promouvoir un dialogue sain sur la préservation de la liberté d’expression», a déclaré Phillips dans un communiqué.

Cependant, selon un rapport de Right Wing Watch, un rejeton du groupe libéral People for the American Way, American Priority contrôle soigneusement les participants, en particulier ceux des médias, qui ne pouvaient être présents «que sur invitation». Un représentant de Right Wing Watch qui s’est fait rembourser son droit d’entrée de 250 $ par la poste, a été escorté à l’extérieur du Trump Doral lorsqu’il a tenté d’assister quand même à l’activité.

Jonathan Karl, correspondant d’ABC News et président de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, la White House Correspondents Association, a publié une déclaration condamnant la vidéo. «La WHCA est horrifiée par une vidéo qui aurait été projetée ce week-end lors d’une conférence politique organisée par les partisans du président, a déclaré Karl. Tous les Américains doivent condamner cette représentation de violence envers les journalistes et les opposants politiques du président.»

La Maison-Blanche, bien sûr, a nié toute responsabilité pour la vidéo et a fait semblant d’être choquée qu’on puisse même accuser le président d’inciter à la violence contre ses opposants.

Cette vidéo est une démonstration sanglante de l’essence fasciste du message politique que Trump envoie. Comme le WSWS mettait en garde dans une déclaration de perspective publiée hier, «Trump incite à la violence contre ses opposants politiques et encourage politiquement les individus fascisants qui ont commis des meurtres de masse dirigés contre des immigrés et des juifs» (voir: Non au fascisme américain! Développer un mouvement de masse pour faire tomber Trump!).

Comme plusieurs articles de presse l’ont noté, le style visuel de la vidéo est très similaire à une vidéo partagée par le président lui-même sur Twitter en 2017, dans laquelle Trump lutte et frappe un personnage dont la tête a été remplacée par le logo de CNN.

L’an dernier, un partisan de Trump dans la région de Miami, Cesar A. Sayoc Jr. a été arrêté après avoir envoyé des colis piégés à plusieurs critiques démocrates et des médias de Trump. Sayoc a plaidé coupable à 65 chefs d’accusation et purge actuellement une peine de 20 ans de prison.

Robert Bowers, qui a assassiné 11 personnes à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh en 2018, et Brenton Tarrant, qui a assassiné 50 personnes dans deux mosquées musulmanes en Nouvelle-Zélande plus tôt cette année, ont tous deux mentionné l’élection de Trump en 2016 comme une inspiration et un pas en avant pour leurs opinions suprématistes blanches et néonazies.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2019)