«Tous les responsables syndicaux devraient être remis sur la chaîne de montage et travailler dix ans comme travailleur temporaire à temps partiel»

Les travailleurs de GM déterminés à se battre et ceux de Ford et de Chrysler font pression pour se joindre à la grève

Par Jerry White
18 septembre 2019

À leur première journée sur les lignes de piquetage, les travailleurs de General Motors expriment leur détermination à combattre le géant de l'automobile. Les travailleurs bénéficient d’un large soutien populaire dans leur défense des régimes d’assurance maladie et dans leur demande que soit mis fin aux mauvais traitements infligés aux jeunes travailleurs de deuxième niveau et aux travailleurs temporaires à temps partiel (TTP).

Tôt lundi matin, 46.000 travailleurs de GM dans 35 usines de fabrication et des douzaines de centres de distribution de pièces répartis à travers 10 États sont tombés en grève. La grève montre l'énorme pouvoir de la classe ouvrière. L'entreprise risque de perdre 100 millions de dollars par jour si la grève se poursuit, selon la banque Citigroup de Wall Street. Les actions de GM ont clôturé en baisse de plus de 4% lundi.

Piquetage des travailleurs de l'usine d’assemblage de Flint

Le syndicat United Auto Workers (UAW) a été forcé de déclencher la grève après que les dirigeants syndicaux aient conclu que tenter de faire adopter les demandes de concessions de GM provoquerait une rébellion des travailleurs déjà dégoûtés par l’UAW pour avoir accepté des pots-de-vin pour signer des contrats pro-entreprise en 2015 et auparavant.

GM, qui a réalisé des profits de 27,5 milliards de dollars au cours des quatre dernières années, exige de fortes augmentations des contributions des travailleurs pour les soins de santé, qui passeraient de 3% à 15%. L’entreprise souhaite également une augmentation des travailleurs temporaires et contractuels à bas salaires.

Un ouvrier qualifié de l'usine de Flint Engine a déclaré: «L'accord que l’UAW a obtenu de GM, il n'y avait aucune chance qu'ils aient pu le faire adopter. Nous ne sommes pas stupides. Ils ont offert une prime à la signature de 8000 $, ce qui représente environ un dollar de plus sur quatre ans. Mais nous perdrions 15% de notre salaire à cause de l'augmentation des coûts des soins de santé. Cela signifie que nous accepterions une réduction de salaire. Pas question venant d'une entreprise qui fait des milliards.»

Les travailleurs temporaires représentent 7% de la main-d'œuvre de GM. Cependant, un cadre supérieur a récemment déclaré que l'entreprise voulait que la moitié de ses employés d'usine soient des temporaires, qui reçoivent des salaires et des avantages sociaux inférieurs et qui peuvent être rapidement licenciés en cas de baisse des ventes.

Travailleurs à Flint Engine

«Nous essayons de lutter pour la sécurité d’emploi, de bons avantages sociaux et un bon salaire», a déclaré Roy, un jeune travailleur TTP qui travaille depuis six mois à l'usine de moteurs de GM. «Il est très difficile de trouver un emploi ici qui procure un salaire suffisant pour subvenir aux besoins de votre famille et amener vos enfants chez le médecin sans payer 1000 $ par mois.

«Mon père a été un travailleur GM pendant 30 ans, mais ma situation est pire que la sienne. Pour trois travailleurs qui prennent leur retraite, ils n'embauchent qu'un seul travailleur à temps plein. Certains TTP travaillent depuis huit ans et n'ont toujours pas été transférés à temps plein. Nous faisons la grève pour que vous puissiez être embauché après 90 jours et devenir permanent.»

Tout ce que les travailleurs de l'automobile combattent, l’UAW l’a imposé. Les travailleurs de l'automobile n'ont pas confiance dans les «négociateurs» de l’UAW parce qu'il a été prouvé qu'ils sont des pions corrompus des entreprises.

Comme pour renforcer ce point, on a appris lundi que Vance Pearson, qui fait face à des accusations criminelles pour avoir comploté pour voler l'argent des cotisations des travailleurs, participe aux «négociations» avec GM. Pearson est un proche associé du président de l’UAW, Gary Jones.

Jones n'a même pas pu se montrer à la conférence de presse où l’UAW a annoncé la grève. Il a été impliqué dans le détournement de plus d'un million de dollars de l'argent des travailleurs.

Soulignant la colère des travailleurs, le Wall Street Journal s'est plaint: «Même si GM et l’UAW peuvent régler leurs différends et parvenir rapidement à un accord de principe, il sera probablement plus difficile d'obtenir la ratification des membres que pour les contrats passés, selon des experts des relations de travail. Cela ne m'étonnerait pas que la base refuse simplement par principe le premier contrat qui lui est proposé,» a déclaré Art Schwartz, consultant et ancien responsable des relations sociales de GM.

Travailleurs de Spring Hill Manufacturing

Les grévistes de GM à Flint, au Michigan, ont exprimé leur détermination à se battre dans des commentaires faits aux journalistes du World Socialist Web Site Autoworker Newsletter. Flint est le lieu de naissance de l’UAW et de l'héroïque grève avec occupation des lieux de 1936-1937. C'est aussi l'un des centres du scandale de corruption de l’UAW, les dirigeants locaux Norwood Jewell et Michael Grimes ayant déjà été condamnés à la prison ou inculpés.

«Ils devraient faire en sorte que les responsables du syndicat UAW retournent sur la chaîne de montage et travaillent comme TTP pendant dix ans», a déclaré Laura, une employée expérimentée de GM qui travaille depuis 20 ans à l'usine d’assemblage de Flint. «Nous avons tant donné au cours des 20 dernières années, et il est temps de se tenir debout pour ce que nous voulons. Toute la corruption qui se produit par l'intermédiaire de GM et de l’UAW ajoute beaucoup à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Les gens sont prêts à se battre pour les avantages sociaux et les augmentations de salaire.»

L'éclatement de la grève – la première grève nationale majeure de l'automobile depuis 1976 – a également suscité des commentaires de la part du président Trump et des candidats démocrates à la présidence.

«Nous y revoilà avec General Motors et United Auto Workers. Réunissez-vous et passez un accord», a déclaré le président sur Twitter. La succession rapide de descentes par le FBI, d'arrestations et d'inculpations par le département de la Justice de Trump a été utilisée pour resserrer la vis de l’UAW, qui pourrait faire l'objet d'une mise sous séquestre par le gouvernement et de longues peines de prison pour ses cadres dirigeants s'ils n'imposent pas les diktats de la direction.

Le sénateur Bernie Sanders a envoyé un message sur Twitter à GM, demandant à l'entreprise de «mettre fin à la cupidité, de s'asseoir avec l’UAW et d'élaborer un accord qui traite vos travailleurs avec le respect et la dignité qu'ils méritent.» L'ancien vice-président Joseph Biden a tweeté: «Fier d'être aux côtés de @UAW pour exiger des salaires et des avantages sociaux équitables pour ses membres. Les travailleurs américains méritent mieux.»

Les démocrates se rallient à la bureaucratie de l’UAW, et non aux travailleurs de la base. En 2009, lors de la restructuration de GM et de Chrysler, Biden et le gouvernement Obama ont compté sur l’UAW pour imposer des reculs considérables aux travailleurs de l'automobile, notamment en réduisant de moitié le salaire de tous les nouveaux employés et en éliminant la journée de huit heures.

Les démocrates craignent que l’UAW ne soit pas en mesure de contenir la lutte et que celle-ci inspire des sections plus larges de la classe ouvrière à lancer une contre-offensive contre les décennies de baisse des salaires et d'austérité appliquées par les deux partis des grandes sociétés.

GM et l’UAW ont repris les «négociations» lundi. En réalité, GM et UAW conspirent pour trouver un moyen d'atténuer la résistance des travailleurs en combinant des indemnités de grève faméliques et la menace qu'une grève provoque une récession.

Il est «ridicule» que les travailleurs ne reçoivent que 250 dollars par semaine en indemnités de grève alors que l’UAW contrôle un fonds de grève d'une valeur de trois quarts de milliard de dollars, selon un travailleur de Flint Engine. Ils ont changé le nom du fonds de grève en «Fonds de grève et de défense», dit-il, «parce qu'ils veulent payer les frais juridiques pour défendre les responsables syndicaux corrompus, comme Jewell et Grimes».

L’UAW a prolongé les contrats de 110.000 travailleurs supplémentaires chez Ford et Fiat Chrysler, mais les travailleurs des deux constructeurs automobiles ont visité les lignes de piquetage des travailleurs de GM et font pression pour se joindre à la grève. «Ce que nous voulons vraiment faire, c'est tout fermer», a déclaré un employé de l'usine d'assemblage Fiat Chrysler de North Jefferson à Detroit. «Tout le monde devrait être dehors.» L’UAW «devrait avoir des autobus pour amener les gens de l'usine aux lignes de piquetage de GM, mais ils ne le feront pas», a-t-elle dit, faisant remarquer que les travailleurs discuteraient d'une action de grève conjointe entre les trois constructeurs automobiles.

Bien que les travailleurs de l'automobile font face à de puissants ennemis, les constructeurs automobiles peuvent être vaincus si toute la force des travailleurs est mobilisée, y compris tous les travailleurs de Ford et de Fiat Chrysler et des sections plus larges de la classe ouvrière

Cela signifie qu'il faut retirer la conduite de la lutte des mains de l’UAW en formant des comités de grève de la base. Ces comités doivent se méfier de toute tentative de la part de l’UAW d'annoncer soudainement un accord et d'essayer de le faire adopter rapidement.

Les travailleurs doivent exiger que les indemnités de grève soient triplées à 750 $ par semaine et la réduction immédiate des salaires de tous les fonctionnaires de l’UAW au même niveau. Les centres de formation conjoints doivent être liquidés et leurs actifs utilisés pour soutenir le type de lutte prolongée qui est nécessaire contre cette entreprise géante.

En même temps, les travailleurs américains doivent établir des liens de communication directs avec les travailleurs de l'automobile du monde entier, y compris les courageux travailleurs de GM à Silao, au Mexique, qui ont défié les menaces et la victimisation de la direction et ont refusé d'accéder aux demandes de GM pour augmenter la production pendant que leurs frères et sœurs étaient en grève.

En réponse à la solidarité des travailleurs mexicains, un travailleur expérimenté de Flint Engine a déclaré: «Je crois que ce sont les travailleurs du monde entier qui devront s'unir contre les entreprises et nous protéger. Ce ne sont pas seulement les travailleurs américains et canadiens, je crois que nous sommes tous dans le même combat.»

(Article paru en anglais le 17 septembre 2019)