A la veille de l'expiration de la convention collective

Vance Pearson, premier lieutenant du président de l’UAW Gary Jones, arrêté pour détournement de fonds

Par Tom Hall
14 septembre 2019

Le FBI a arrêté Vance Pearson, directeur de l’UAW (Travailleurs unis de l’automobile) de la région 5 et membre du conseil exécutif international de l’UAW, jeudi après-midi pour avoir détourné des centaines de milliers de dollars des fonds du syndicat.

L’arrestation a lieu deux jours avant l’expiration des conventions collectives de 158.000 travailleurs de General Motors, Ford et Fiat Chrysler, qui font face à une lutte contre les demandes de concessions et de suppressions d’emplois formulées par les constructeurs automobiles. Le discrédit accru de l’UAW a rendu plus difficile pour le syndicat de jouer son rôle traditionnel de répression de l’opposition et d’imposition des diktats de la direction.

Pearson, la dixième personne inculpée dans le cadre de l’enquête fédérale sur la corruption en expansion, est un allié clé de l’actuel président de l’UAW Gary Jones. Il était le premier lieutenant de Jones lorsque ce dernier était directeur de la Région 5, et il a pris ses fonctions lorsqu’on a nommé Jones président.

Pearson a également siégé au conseil d’administration de l’organisme de bienfaisance personnel de Jones.

L’arrestation augmente considérablement la possibilité d’accusations criminelles contre Jones. Les accusations énumérées dans la plainte pénale du FBI chevauchent le mandat de Jones en tant que directeur de la région 5.

Vance Pearson used union funds to buy more than $100,000 worth of golf equipment [Credit: UAW / UAW Black Lake Golf Club Facebook page]

Pearson était l’une des personnes dont les maisons ont été perquisitionnées par le FBI il y a deux semaines, avec Jones lui-même, l’ancien chef de l’UAW Dennis Williams et son ancienne assistante Amy Loasching. Selon des témoins oculaires, des agents du FBI inspectaient les clubs de golf de Jones et comptaient les liasses de billets sur le sol de son garage.

L'«officiel A de l’UAW» qui n'est pas nommé et qui figure dans la plainte contre Pearson est presque certainement Jones. Si Pearson coopère avec les procureurs fédéraux comme l’ont fait d’autres responsables de l’UAW inculpés, il est fort possible que Jones soit le prochain à faire face à une mise en accusation.

L’Administration Trump fait peser la menace d’une éventuelle mise sous séquestre et d’une peine d’emprisonnement prolongée sur les dirigeants de l’UAW. Elle veut s’assurer qu’ils ne reculent en rien devant les attentes des travailleurs de l’automobile tout en imposant les concessions énormes exigées par les constructeurs automobiles.

Les accusations fédérales sont centrées sur des rapports de dépenses falsifiés autour de la conférence annuelle sur le leadership de la Région 5 à Palm Springs, en Californie. Cette fausse «formation au leadership» est en réalité des vacances de luxe pour les officiels de l’UAW, avec des rondes de golf sans fin et des repas et des boissons alcoolisées dispendieux. La formation a déjà fait l’objet de nombreuses autres mises en accusation contre des officiels de l’UAW. Cela a compris celle de l’ancien vice-président de l’UAW-FCA Norwood Jewell, récemment condamné à une peine de 15 mois de prison.

Selon la plainte, Pearson et les fonctionnaires A, B, C et D de l’UAW ont falsifié des formulaires de remboursement pour payer des dépenses de luxe non liées à la conférence. Ce montant comprenait 400.000 dollars en loyer et frais de nettoyage pour des villas coûteuses avec piscines privées et condominiums dans des quartiers clôturés.

Pearson et d’autres représentants syndicaux qui ne sont pas nommés passaient régulièrement dans ces villas pendant des mois après les conférences de cinq jours, les classant faussement comme dépenses liées à la conférence.

L’UAW a également dépensé 60.000 dollars en repas somptueux dans les restaurants de la région de Palm Springs entre 2016 et 2018. L’un de ces repas comprenait l’achat pour 1.760 dollars d’un champagne de première qualité qui avait été à l’origine produit, selon ses créateurs, «pour satisfaire les goûts exigeants du tsar Alexandre II [de la Russie]».

Bon nombre de ces dépenses auraient été facturées au groupe de «[l’officiel A de l’UAW]», qui a également signé bon nombre des factures. L’un des témoins coopérants du gouvernement allègue que Pearson et les représentants officiels A et C de l’UAW ont tenté de dissimuler ces dépenses en regroupant les postes sous des noms génériques tels que «activités extérieures» et en gonflant les coûts des chambres d’hôtel.

Le témoin coopérant «croyait que le but de l’entreprise était de cacher la véritable nature des dépenses du syndicat à ses membres», selon la plainte.

L’UAW a monté une défense pathétique dans une déclaration sur leur site Web, qui se lit comme suit: «Bien que ces allégations soient très préoccupantes, nous croyons fermement que le gouvernement a mal interprété un certain nombre de faits et soulignons qu’il s’agit simplement d’allégations et non de preuves d’actes répréhensibles. Cela continue: «nous ne laisserons pas cela nous distraire des négociations critiques en cours avec GM pour obtenir de meilleurs salaires et avantages sociaux pour les 400.000 membres de notre syndicat.»

L’arrestation de Pearson confirme ce que les travailleurs de l’automobile savent déjà: que le syndicat de l’UAW est un syndicat criminel hostile aux intérêts des travailleurs de l’automobile qu’il prétend faussement représenter. Dans la bataille à venir entre les travailleurs de l’automobile et les constructeurs d’automobiles, l’UAW est du côté de la direction.

Cet argent gaspillé était de l’argent des travailleurs. Il était payé avec leurs cotisations. Pourtant, l’UAW n’a épargné aucune dépense en se goinfrant de fonds volés dans les poches des travailleurs. Tandis que, le syndicat menace de condamner les travailleurs à la misère financière dans l’éventualité d’une grève. Selon une brochure d’information distribuée par le syndicat, les travailleurs et travailleuses de l’automobile recevront une maigre indemnité de grève de 250 dollars par semaine. Cela commence seulement après la première semaine de grève. En outre, il y a une liste des conditions et des restrictions.

La seule ronde de champagne que les représentants de l’UAW ont pu déguster au cours d’un repas dans un restaurant exclusif équivalait à une semaine d’indemnités de grève pour sept travailleurs de l’automobile. Le total dépensé en villas et en condominiums servirait à financer une semaine d’indemnités de grève pour 1600 travailleurs de l’automobile.

Cela démontre l’hostilité organique de la bureaucratie syndicale à une lutte pour la défense des emplois et des niveaux de vie. Chaque dollar dépensé à l’appui d’une grève, comprennent-ils, est une réclamation contre leur propre niveau de vie extravagant, qui est beaucoup plus élevé que celui des travailleurs de l’automobile de la base.

Il y a longtemps que l’UAW a converti la caisse de grève en une caisse noire pour financer leurs propres salaires gonflés. Entre 2001 et 2014, la valeur du fonds s’est effondrée, passant de 1 milliard de dollars à 600 millions de dollars, avant de remonter partiellement à 760 millions de dollars aujourd’hui, ce qui s’explique en partie par une augmentation des cotisations prétendument destinées à préparer une grève en 2015.

L’arrestation de Pearson, qui a lieu seulement deux jours avant l’expiration du contrat actuel de l’UAW, aggrave considérablement une situation déjà explosive. Il ne fait aucun doute que les représentants de l’UAW participent à des négociations parallèles avec General Motors et le FBI. Les poursuites et les peines d’emprisonnement futures dépendront de leur capacité à faire des concessions aux entreprises.

Cependant, du point de vue de nombreux analystes de l’industrie, qui voient les actes d’accusation avec un malaise croissant, le gouvernement fédéral joue un jeu dangereux. L’exposition même des crimes de l’UAW menace de provoquer une explosion sociale parmi les travailleurs de l’automobile.

Les travailleurs de l’automobile doivent agir maintenant pour que la conduite de ce combat ne soit plus entre les mains de l’UAW. Les travailleurs doivent prendre l’initiative de former des comités de base pour organiser une lutte indépendamment du syndicat. Ils doivent formuler leurs propres revendications et nouer des liens avec leurs frères et sœurs de classe aux États-Unis et dans d’autres pays.

Ils doivent aussi exiger que l’argent de leurs cotisations, qui est versé dans les poches des bureaucrates de l’UAW, soit mis à la disposition des travailleurs de l’automobile, notamment par le triplement des indemnités de grève. L’argent pour payer cela doit provenir de l’élimination des salaires gonflés des fonctionnaires de l’UAW et de la fermeture et de la vente des centres de formation corrompus des entreprises de l’UAW.

(Article paru d’abord en anglais le 13 septembre 2019)