Défendre les retraites contre Macron exige une stratégie internationale

Par Alexandre Lantier
13 septembre 2019

En septembre, de nombreuses sections de travailleurs se mobiliseront contre la réduction drastique des retraites et la politique d’État policier imposées par Emmanuel Macron. Dans les transports en commun, les hôpitaux, la fonction publique, Electricité de France, et parmi les cheminots, des grèves se préparent sur fond de colère généralisée parmi les travailleurs et les jeunes.

Dans la classe ouvrière, il existe une large volonté de lutter contre une réduction des retraites qui impacterait des millions de travailleurs. Selon un sondage récent, 62 pour cent des Français veulent un mouvement de masse contre Macron, le président des riches.

Mais en organisant les manifestations, les syndicats n‘ont pas l‘intention de mobiliser la vaste puissance de la classe ouvrière, mais d‘organiser des manifestations symboliques pour saboter la lutte. La plus grande crainte de l‘appareil syndical est le développement d‘une lutte unifiée de toutes les sections de la classe ouvrière pour défender leurs droits sociaux et démocratiques.

Presque un an après la première mobilisation des «gilets jaunes», qui a débordé les syndicats et ébranlé le gouvernement, des questions critiques se posent aux travailleurs et aux jeunes. Ce mouvement a libéré une vague de colère sans précédent contre les syndicats, leur financement par le patronat et l’État, leur faillite politique et leur impuissance. Les travailleurs suivent une trajectoire diamétralement opposée à celle des syndicats, qui négocient avec Macron des attaques sur les retraites, l’assurance-chômage, et d’autres programmes critiques.

Au long de mois de violente répression des «gilets jaunes», avec la plus grande vague d’arrestations en France métropolitaine depuis l’Occupation, Macron a démontré qu’il ne reculera pas. Contre les travailleurs, il a le soutien des marchés financiers internationaux et la classe dirigeante européenne.

La voie pour aller de l’avant en défense des retraites et la poussée vers un État policier est de se tourner vers la classe ouvrière internationale. Après des décennies suite à la restauration du capitalisme par le régime stalinien en URSS en 1991, où la lutte des classes a été étouffée ou bridée par des bureaucraties nationalistes, la classe ouvrière internationale entre en lutte.

Une large résurgence de la lutte des classses, poussée par la colère contre les inégalités sociales et le militarisme, est en marche. 2019 a vu une vague de grèves – des profs de lycée aux États-Unis, les premières grèves de masse aux USA depuis les années 1980, et la première grève nationale des profs polonais depuis la resturation capitaliste. Les «gilets jaunes» en France font partie d’une série de mobilisations de masse contre les dictatures militaires en Algérie et au Soudan, ou à Hong Kong contre le régime stalinien chinois.

Pour avancer, il faut mobiliser la vaste puissance industrielle de la classe ouvrière internationale contre la petite minorité possédante qui profite de la politique d’austérité et de répression militaro-policière. Mais ceci nécessite une rupture décisive, tant organisationnelle que politique, contre les appareils syndicaux nationaux, qui négocient l’austérité avec les capitalistes dans tous les pays.

Les travailleurs et les jeunes ont besoin de leurs propres comités d’action, directement contrôlés par eux et indépendants des syndicats, et organisés à l’échelle internationalle. Ces nouvelles organisations de base sur les lieux de travail et les quartiers populaires sont la seule façon de coordonner les luttes ouvrières et surmonter leur sabotage par les syndicats, qui isolent les travailleurs sur des lignes nationales puis les divisent branche par branche.

Construire et maintenir de telles organisations de lutte nécessite un tournant vers une perspective politique marxiste. La seule perspective viable pour des travailleurs organisés en comités d’action indépendants est la prise du pouvoir par la classe ouvrière à l’international, et l’expropriation de l’aristocratie financière sur un programme socialiste.

Ceci exige une rupture décisive avec des partis petit-bourgeois comme La France insoumise ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), des descendants du stalinisme et de divers renégats nationalistes du trotskysme, orientés vers les syndicats et leurs tractations avec Macron. Ils tentent de réchauffer des illusions qu’on peut forcer les vieux appareils syndicaux nationaaux, qui ont commencé par traiter les «gilets jaunes» de fascistes, à organiser une véritable lutte.

Olivier Besancenot a observé à l’école d’été du NPA que depuis 2003, quatre luttes pour défendre les retraites ont été perdues. Sur les mobilisations syndicales, il a dit, «on sait que ça ne marche pas». Il n’a pas pu proposer plus, toutefois, que d’appeler «toutes les équipes syndicales lutte de classe politique» à s’unifier avec les travailleurs, les jeunes et les «gilets jaunes» en un mouvement «à peu près au même niveau que les semaines les plus denses du point de vue de la lutte de classe qu’on a connu l’année dernière.»

Mais les manifestations l’année dernière n’ont pas suffi à stopper les attaques contre les travailleurs, non plus. Alors que les travailleurs et les jeunes entrent en lutte contre Macron, il est nécessaire de mesurer l’ampleur des défis politiques auxquels ils sont confrontés.

Une décennie après le krach de Wall Street qui a presque détruit le système financier mondial, le capitalisme va vers la guerre et le fascisme. Alors que Washington discute d’une guerre contre l’Iran et une suspension des élections présidentielles par Trump, le parlement britannique est prorogé alors que la bourgeoisie débat le Brexit. Des professeurs allemands extrémistes de droite soutenus par toute la classe politique légitiment Hitler qu’ils traitent de «pas cruel» pour justifier la remilitarisation allemande, alors que Macron traite le dictateur fasciste Pétain de «grand soldat».

Les appels à une lutte «apolitique» sous de pareilles conditions sont superficiels et dangereux. Une lutte politique est nécessaire. Les «gilets jaunes» luttent avec courage et détermination, mais ils ont aussi démontré les limites d’une lutte spontanée sans perspective politique. S’ils ont joui d’une vaste sympathie des travailleurs en France et à l’international, ils n’ont pu organiser un mouvement plus large, et international. Presque un an après leur premières luttes, Macron reste au pouvoir malgré sa profonde impopularité et continue l’offensive contre les travailleurs.

Le débat lancé par les syndicats et les partis officiels est en trompe-l‘oeil, car il accepte le mensonge qu‘il n‘y aurait pas d‘argent pour des retraites décentes, des soins médicaux, l‘éducation et d‘autres droits sociaux. En fait, cet argent existe. Mais ces sommes sont accaparées par une petite élite financière.

La solution est la réorganisation socialiste de la société: l‘expropration des fortunes mal acquises de l‘élite financière et patronale, et la transformation des grandes banques et sociétés industrielles en des sociétés publiques contrôlées démocratiquement par les travailleurs pour répondre aux besoins sociaux, plutôt que produire des profits privés.

L’alternative historique à la poussée de la bourgeoisie vers le fascisme, la guerre et l’immisération des travailleurs est le mouvement trotskyste, le Comité international de la IVe Internationale (CIQI). La tentative de Macron d’éliminer les acquis sociaux établis pendant la chute du fascisme européen après la 2e Guerre mondiale, alors que les partis staliniens bloquaient une prise du pouvoir par les travailleurs, donne raison à sa lutte pour la révolution socialiste mondiale. La voie révolutionnaire sera la seule qui garantira durablement la paix et la prospérité aux travailleurs.

La section française du CIQI, le Parti de l’égalité sociliste, a été fondé en 2016, presque un demi siècle après que son ancienne section, l’Organisation communiste internationaliste de Pierre Lambert, a rompu avec le trotskysme et le CIQI en 1971 et bâti «L’Union de la gauche» avec le PS bourgeois de François Mitterrand. A cette stratégie nationale et antitrotskyste de construire des partis capitalistes de gouvernement, il oppose la lutte pour construire parmi les travailleurs en France une avant garde marxiste qui lutte pour le programme de la révolution socialiste mondiale.

Nous appelons les travailleurs, les jeunes et les intellectuels sympathisant véritablement avec le socialisme qui veulent lutter contre le capitalisme et pour le socialisme à rejoindre le PES et à le construire en tant qu‘avant garde de la classe ouvrière.