Les syndicats recontrent Macron pour organiser l’attaque contre les retraites

Par Will Morrow
7 septembre 2019

L’Administration Macron vient de conclure deux jours de discussions avec les principales fédérations syndicales et le Medef vendredi, pour préparer des attaques majeures contre les retraites. Le gouvernement doit annoncer une nouvelle réforme des pensions au courant de l’automne.

Le premier ministre Edouard Philippe a présidé à la réunion. Les médias l’ont tous traitée de négociation entre adversaires, où les syndicats, surtout Force ouvrière (FO) et la Confédération générale du travail (CGT) prétendaient s’opposer à toute régression sociale pour leurs membres. En fait, les syndicats sont d’accord avec la proposition du gouvernement, et la réunion avait pour but de discuter comment étrangler l’opposition parmi les travailleurs à cette attaque historique.

La restructuration des retraites est au centre du programme d’austérité de Macron. En juillet, après 18 mois de consultations, le gouvernement a publié le rapport de Jean-Paul Delevoye, membre des Républicains nommé par Macron au poste de «haut commissaire à la réforme des retraites.» Mardi, on lui a accordé un siège permanent au Conseil des ministres, où il conservera le même titre.

Les détails de la réforme restent secrets, mais certaines grandes lignes sont fixées. D’abord, elle abolira d’un trait 42 régimes de retraite qui existent dans diverses branches pour les remplacer par un régime unique. Des droits acquis dans différents secteurs du service public au courant de luttes de classe au 20e siècle, dont les cheminots, les fonctionnaires ou les personnels de santé, passeront à la trappe. Ce changement, grotesquement présenté par le gouvernement comme améliorant l’égalité entre les retraités, est exigée surtout par les milieux financiers et patronaux.

Ensuite, les retraites ne fourniront plus une somme garantie par an. Les travailleurs vont plutôt accumuler des «points» le long de leurs vies professionnelles. En partant à la retraite, ils verront leurs points convertis par un mécanisme encore obscur en une somme monétaire. Ceci permettra aux gouvernements successifs de réduire sans relâche la valeur monétaire des points et ainsi forcer les travailleurs à travailler plus longtemps pour obtenir plus de points.

Le rapport de Delevoye inclut aussi la recommandation d’augmenter l’âge effectif du départ à la retraite à taux plein de 62 à 64 ans. Ceci est réalisé via le mécanisme d’un âge «pivot» qui sert à masquer cette mesure d’austérité: ceux qui partent à la retraite entre 62 et 64 ans perdront une partie de leurs retraites, ceux qui partent après 64 ans auront un bonus.

Interviewé sur France2 le 26 août, Macron a prétendu qu’il ne s’opposait pas à maintenir l’âge de départ à la retraite à 62 ans. Mais il a indiqué qu’il pourrait obtenir le même résultat par d’autres moyens, notamment en augmentant le nombre total d’années qui les travailleurs doivent cotiser.

La CFDT soutient ouvertement la politique de Macron. Son chef Laurent Berger a dit après les premières discussions jeudi que son syndicat prône une «réforme qualitative» des retraites. Il a appelé le gouvernement à augmenter la durée de cotisation plutôt que d’augmenter l’âge de départ à la retraite, ce qui démasque davantage le rôle des syndicats qui promeuvent cette loi et menace de provoquer une large opposition. Il a dit, «Si cet âge pivot concentre cette idée que c’est l’âge et le “travailler plus longtemps” qui seraient l’enjeu de cette réforme, on se plantera.»

Mesurant la colère des travailleurs, la CGT et FO tentent de se faire passer pour des opposants de la loi afin de tenter de mettre le grappin sur toute lutte contre la réforme. Ils ont appelé à une série de grèves et de mobilisations isolées d’un jour pour diviser les travailleurs et bloquer une lutte unifiée.

En septembre, les syndicats ont appelé une grève d’un jour des transports parisiens le 13 septembre, une grève dans le secteur public le 16, une journée d’action nationale FO le 23, et une autre journée d’action de la CGT ainsi qu’une grève nationale des cheminots le 24.

Les travailleurs ont tous vu cela d’innombrables fois. Après les barouds d’honneur habituels, les syndicats négocient et imposent des attaques avec Macron et ses prédécesseurs gaullistes ou PS depuis des décennies. Depuis l’inauguration de Macron, ils ont approuvé la destruction du Code du Travail, facilité les plans sociaux et saboté la grève des cheminots en 2017 pour préparer la privatisation de la SNCF.

Quand les «gilets jaunes» ont lancé leur mouvement en novembre dernier, un facteur majeur était les retraites de misère dont vivent de nombreux retraités. Les syndicats ont dénoncé les «gilets jaunes», que le chef de la CGT Philippe Martinez a diffamé politiquement en les traitant de fascistes. Ils fonctionnent objectivement en alliés vendus du patronat et de l’État, dont ils reçoivent plus de 90 pour cent de leur financement, chargés d’étrangler les travailleurs.

Interviewé par Libération le 4 août, Martinez a critiqué Macron pour n’avoir pas suffisamment intégré les syndicats dans l’organisation des attaques sociales depuis le début de son mandat: «On nous reproche de ne pas vouloir discuter, mais on n’est pas invités ! En tête-à-tête, Macron, je l’ai vu pour la dernière fois en juin 2017. On n’est plus le premier syndicat, certes, mais on est encore bien présents dans le paysage, notamment quand il y a des mouvements sociaux.»

Dans un éditorial publié hier, intitulé «Réforme des retraites, le choix du temps long», Le Monde a salué la décision de consulter les syndicats pour réformer les retraites. Le journal a déclaré avec une satisfaction évidente: «On a suffisamment reproché au chef de l’Etat d’ignorer, voire de mépriser, les acteurs sociaux pour ne pas se féliciter de ce virage.»

L’éditorial a conclu en pointant le danger d’une explosion sociale parmi les travailleurs: «La consultation ne peut pas s’engager dans le brouillard. La suppression des 42 régimes existants va se faire dans la douleur et provoquer inévitablement des tensions. Elle aura aussi un coût financier. M. Macron rêve sans doute de se représenter en 2022 en brandissant le trophée de celui qui a déjoué la malédiction de la réforme impossible. Mais son pari est loin d’être gagné.»

Macron intensifie à présent l’austérité sur fond d’une vaste accélération de l’austérité à travers l’Union européenne. La classe dirigeante insiste que les travailleurs doivent faire les frais de la crise capitaliste à travers une attaque sans fin sur leurs droits sociaux.

En Italie, le gouvernement de coalition Parti démocrate-Mouvement 5 Etoiles s’est vu installé jeudi, chargé d’intensifier les attaques contre les travailleurs. Il doit éliminer des dizaines de milliards d’euros de son budget à présenter le mois prochain. En Allemagne, la Seuddeutsche Zeitung et d’autres commentateurs pro-patronaux exigent que la Grande Coalition introduise un «Agenda 2040», continue les mesures d’austérité Hartz IV lancées par le gouvernement social-démocrate et Vert dans les années 2000.