Les États-Unis intensifient leurs préparatifs en vue d'une guerre nucléaire avec la Russie et la Chine

Par Andre Damon
24 août 2019

Après s'être retirés du traité historique sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), les États-Unis se préparent à mener une guerre nucléaire avec la Chine, la Russie ou les deux, en testant et en stockant de nouvelles armes dangereuses dans une course aux armements nucléaires.

Dans une interview accordée à Fox News, le ministre de la Défense, Mark Esper, a déclaré que l'armée américaine est en train de passer d'un «conflit de faible intensité», comme la guerre en Afghanistan, à des «conflits de forte intensité contre des concurrents comme la Russie et la Chine».

Les États-Unis testent un missile de croisière Tomahawk qui a été interdit en vertu du traité FNI

La clé pour empêcher de tels «conflits de haute intensité» est l'arsenal nucléaire des États-Unis, que M. Esper désigne de «forces stratégiques».

«Nos forces stratégiques sont un élément clé de dissuasion contre la guerre nucléaire. Je pense qu'une force de dissuasion forte, fiable, capable et prête à l'emploi est vraiment ce qui empêche la guerre nucléaire de se produire», a-t-il dit.

Dans le langage orwellien du ministère de la Défense, la préservation de la «paix» passe par l'expansion de la «dissuasion» américaine, c’est-à-dire les armes nucléaires infernales capables de tuer des milliards de personnes en l’espace d’une heure.

Esper n'a pas omis la cible de cette «dissuasion», insistant sur le fait que «la Chine est la priorité numéro un pour ce département». Il a prétendu que la Chine essayait de «chasser les États-Unis du théâtre indopacifique».

Des aviateurs de l'armée de l'air vérifient l'étanchéité de leurs masques à gaz pendant une formation en défense chimique, biologique et nucléaire [Source: US Air Force]

Le terme «théâtre» pour désigner une étendue géographique a été défini par le théoricien militaire Carl Clausewitz comme «une partie de l'espace sur lequel la guerre règne». Esper pense que la région indopacifique – qui abrite plus de la moitié de la population mondiale – est, à la surprise de ses habitants, un «théâtre» militaire revendiqué par les États-Unis, bien qu'ils soient situés à l'autre bout du monde.

Mais pour assurer ce prétendu droit divin de domination sur l'Asie, les États-Unis, seul pays à avoir utilisé l'arme nucléaire pendant la Seconde Guerre mondiale, se préparent activement à encercler toute la Chine continentale de missiles à capacité nucléaire.

Les missiles qui pouvaient atteindre la Chine continentale à partir d'endroits comme le Japon et la Corée du Sud ont été interdits en vertu du traité FNI, dont les États-Unis se sont retirés plus tôt cette année.

Les États-Unis, a dit M. Esper, doivent maintenant «pouvoir frapper à des distances intermédiaires» pour «décourager les mauvais comportements chinois», comme s'il s’agissait de discipliner un enfant et non d'anéantir un pays qui compte près de 1,4 milliard d’habitants.

Les États-Unis vont de l'avant à toute vitesse avec le déploiement de nouveaux missiles. Le Pentagone a déclaré lundi qu'il avait testé un missile Tomahawk lancé du sol, qui aurait été interdit en vertu du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.

Plus tôt ce mois-ci, M. Esper a déclaré qu'il aimerait commencer à déployer des missiles à moyenne portée près de la Chine d'ici quelques «mois». Une fois les missiles conventionnels déployés, ceux qui ont des ogives nucléaires suivront inévitablement.

Le traité FNI a été signé le 8 décembre 1987 entre le président Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, après de longues négociations sur la régulation des armements. Il interdisait le déploiement de missiles balistiques et de croisière terrestres d'une portée comprise entre 500 et 5500 kilomètres.

Le traité prévoyait l'élimination des missiles à portée intermédiaire pour les États-Unis, l'Union soviétique et les États qui lui ont succédé.

Donald Trump, souriant aux côtés de la leader démocrate Nancy Pelosi [Source: US Air Force]

Les États-Unis ont déclaré qu'ils se retiraient du FNI en réponse au développement par la Russie du missile Novator 9M729, qui est basé sur le missile de croisière SSC-X-4 lancé au sol qui, selon les États-Unis, a violé le traité. Bien que la Russie ait invité les États-Unis à inspecter leurs installations de production de missiles, les États-Unis n'ont pas été en mesure d'étayer sérieusement les accusations qui les ont amenés, formellement, à rejeter le traité.

Alors même que les États-Unis intensifient leurs plans de mise au point de nouvelles armes nucléaires, l'armée américaine stocke d’immenses quantités d'armes classiques.

«Le Pentagone a haussé les dépenses pour augmenter de manière significative la quantité d'achats d'armes haut de gamme qui seraient utilisées dans une guerre contre un pair concurrent», écrit Roman Schweizer, dans une note de recherche citée par Defense One.

Il a noté que le ministère de la Défense a ajouté 20 milliards de dollars de dépenses pour les «armes haut de gamme: 12,7 milliards pour Lockheed, 6,2 milliards pour Raytheon et 1,2 milliard pour Boeing».

Les dépenses généreuses du Pentagone ont été facilitées par les démocrates, qui ont voté massivement pour le budget militaire de 738 milliards de dollars revendiqué par l'administration Trump, le plus important budget du Pentagone de l'histoire des États-Unis.

En fait, la course à l’armement nucléaire de Trump a été préparée par l'administration Obama, qui a lancé un programme de «modernisation» nucléaire de plusieurs billions de dollars. Trump n'a fait qu'élargir ce programme, en le développant dans le cadre de la doctrine de la «concurrence stratégique» du Pentagone et en préconisant des armes nucléaires plus petites et plus «pratiques».

Le Washington Post et le New York Times, les journaux de l'opposition politique supposée de Trump, font la promotion du renforcement militaire américain.

Plus tôt ce mois-ci, le chroniqueur du Times, Bret Stephens, a écrit un éditorial intitulé «The U.S. Needs More Nukes» («Les États-Unis ont besoin de plus de bombes nucléaires»), qui a réussi à dénoncer Ronald Regan comme étant laxiste envers la Russie pour avoir adopté le traité FNI.

Par la suite, le Times a publié une lettre au rédacteur en chef dans laquelle Robert Dodge, un membre de Physicians for Social Responsibility Los Angeles, réprimandait les propos bellicistes de Stephens.

«Non, les États-Unis n'ont pas besoin de nouvelles armes nucléaires», a écrit Dodge. «De nouvelles études scientifiques ont démontré que l'ancien paradigme de la destruction mutuelle assurée, ou MAD, s'est transformé en SAD, une autodestruction assurée, considérant la famine mondiale due aux changements climatiques catastrophiques que provoquerait même une petite guerre nucléaire régionale. Même en l'absence de représailles, notre propre destin serait scellé. Il n'y aurait pas de gagnant.»

Les commentaires de M. Dodge surviennent alors que paraissait ce mois-ci une nouvelle étude selon laquelle une guerre nucléaire entre les États-Unis et une puissance nucléaire homologue, en l'occurrence la Russie, entraînerait un hiver nucléaire.

L'étude, publiée dans le Journal of Geophysical Research: Atmospheres conclut: «La planète refroidirait à cause de l'énorme quantité de fumée générée par les incendies que déclencheraient les explosions atomiques: la fumée couvrirait la planète entière pendant des années, bloquant le soleil.»

Les actions des États-Unis précipitent une course mondiale aux armements avec des conséquences imprévisibles. Le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine, qui ont déclaré l'année dernière que quiconque lancerait une attaque nucléaire contre la Russie irait en «enfer», répondent aux menaces américaines par un renforcement militaire de leurs propres forces.

Plus tôt ce mois-ci, sept personnes ont été tuées lorsqu'un missile de croisière russe à propulsion nucléaire a mal fonctionné et a explosé, lors de la deuxième catastrophe nucléaire russe en l'espace d'un mois.

(Article paru en anglais le 23 août 2019)