Le rapport Delevoye prépare le sabordage des retraites par Macron

Par Anthony Torres
18 juillet 2019

Après 18 mois de concertation, le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean Paul Delevoye rendra jeudi à Macron ses préconisations pour une attaque contre le retraites attendue en automne. Cette annonce aura une importance politique et sociale capitale. Malgré la vaste colère sociale et l’isolement total de l’élite dirigeante révélée par les manifestations des «gilets jaunes», l’État ne fait aucune concession. Il accélère sa campagne pour répudier les droits sociaux établis après la 2e Guerre mondiale et la chute du fascisme.

Jean Paul Delevoye recevra jeudi matin les syndicats et le patronat consultés depuis plus d’un an, en présence de la ministre des Solidarités Agnès Buzyn avant de remettre son rapport au Premier ministre Edouard Philippe. Le projet de loi réformant les retraites sera présenté à l’automne. Toutefois il ne sera débattu au Parlement en 2020 après les municipales, compte tenu de son impopularité manifeste, pour une entrée en vigueur en 2025.

Le nouveau «système universel» de retraites «par points» viendra remplacer les 42 régimes de retraites actuels, où les pensions sont calculées en fonction du nombre de trimestres cotisés. Les pensions ne seront plus calculées sur les 25 meilleures années pour les salariés du privé et des 6 derniers mois pour les fonctionnaires. Ceci laisse entrevoir de larges pertes de la valeur des retraites, surtout parce que les «points» attribués aux travailleurs qui cotisent n’ont aucune valeur fixe, l’État pouvant rabaisser à sa tête la valeur monétaire de la retraite correspondante.

Si l’âge de la retraite doit rester fixé à 62 ans, très techniquement, un «âge d’équilibre» de 64 ans doit être établi. Ceux qui partiraient avant l’âge d’équilibre verraient leurs retraites amputées, tout comme les travailleurs qui partent actuellemet avant l’âge de la retraite. Dans les faits, la réforme augmente donc de deux ans l’âge à laquelle on a droit à une retraite à taux plein.

Alors que l’aristocratie financière cultive les forces de l’ordre en tant qu’ersatz de base sociale à mobiliser contre les travailleurs, l’État ménage toutefois les métiers régaliens. La police qui répriment physiquement les travailleurs et les jeunes, les douaniers et les surveillants de prison garderont leurs spécificités de départ anticipé à 57 ans voire 52 ans.

En revanche les aides-soignantes des hôpitaux publics qui ont été en grève pour dénoncer le manque de moyens et leurs souffrances au travail se plieront aux mêmes règles que leurs collègues du privé avec l’accès au «compte pénibilité» pour partir au mieux à 60 ans.

Afin de ne pas mettre à mal la réforme des retraites, craignant un mouvement plus large des travailleurs qui échappe au contrôle des syndicats déjà fragilisés par le mouvement des «Gilets Jaunes», le gouvernement a renoncé àintroduire dans le prochain budget de la sécurité sociale une accélération du relèvement de la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein. Un durcissement de la décote en cas de cotisation insuffisante afin d’«équilibrer le système » dès 2025 a été repoussé soit après les élections municipales de 2020 ou dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2021.

Interrogé sur la présentation du rapport de Delevoye, les syndicats ont réagi hypocritement pour couvrir leur longue collaboration avec le gouvernement dans la négociation de la réforme. Frédéric Sève de la CFDT a dit que jeudi «on espère avoir une méthode de construction crédible tenant compte des réalités du travail et de la pénibilité de certains métiers pour éviter une uniformisation brutale».

La palme de l’hypocrisie revient à Martinez de la CGT. «Ceux qui vont être les principales victimes de cette réforme seront les précaires, les intérimaires, qui n’auront pas une carrière complète», a-t-il dit, ajoutant que sur le maintien de l’âge légal à 62 ans, «c’est vraiment nous prendre pour des imbéciles.» Ayant dit tout cela, Martinez a ajouté benoîtement «qu’il faut faire quelque chose» toutefois pour financer les retraites.

Tout comme pour les autres réformes de Macron et de ses prédécesseurs, les syndicats ont participé dans le cadre du dialogue social à toutes les réformes détruisant le Code du travail, privatisant la SNCF, ou préparent l’actuelle casse de l’assurance-chômage. Les critiques émises pour se donner faussement comme des opposants à la réforme des retraites sont discutées avec le gouvernement et le patronat depuis 18 mois. Les syndicats sont parfaitement au courant de ce qui est préconisé par le gouvernement, ce qu’ils cautionnent.

Il est désoire de prétendre que ces réformes sont nécessaires parce qu’il n’y a pas d’argent. Les milliardaires en France ont triplé leur patrimoine depuis le krach de 2008, alors que la richesse de Bernard Arnault a dépassé cette année le seuil des 100 milliards de dollars. La Banque centrale européenne a aspergé les banques de milliers de milliards d’euros en crédits publics. Mais les banques et les États cherchent à augmenter la rentabilité et la compétitivité mondiale, ainsi qu’à libérer de crédits pour les forces armées, au dépens des droits sociaux des travailleurs.

Cette classe dirigeante finance le dialogue social et le gros des budgets syndicaux, ce qui explique pourquoi ces appareils et leurs alliés n’ont mobilisé aucune lutte par solidarité avec les «gilets jaunes» ou pour réagir à leur mobilisation en attaquant la politique antisociale de Macron. Les syndicats et Martinez de la CGT en particulier ont plutôt calomnié les «gilets jaunes», qui étaient selon eux à la solde des patrons et d’extrême droite.

Alors que la colère monte à travers l’Europe contre l’austérité et la militarisation de la société, avec la grève nationale des enseignants en Pologne, et des grèves contre le gel européen du point d’indice au Portugal, en Belgique et en Allemagne, aucune concession sociale ne se dessine. Les banques continuent à appliquer une politique autoritaire, foulant aux pieds l’opinion de l’écrasante majorité de la population.

Face à l’opposition des travailleurs et des jeunes qui se radicalisent, Macron s’oriente vers des mesures policières accordées dans le sillage de l’état d’urgence du gouvernement PS pour accélérer ses réformes. Ces attaques contre la classe ouvrière ne peuvent se faire qu’en adoptant des mesures fascisantes préparant la mise en place d’un régime autoritaire. Ainsi Macron salue Pétain, dirigeant du régime collaborationniste de Vichy et qui fait arrêter des centaines de «gilets jaunes» ciblés le 14 juillet, les conduisant des entrepôts vides entourés de fils barbelés.

Les syndicats hostiles à un mouvement politique contre Macron ont présenté les revendications légitimes d’égalité sociale comme étant l’extrême droite, ce qui est un mensonge. On voit à travers cette réforme que ce sont bien les syndicats qui sont les bras droit du patronat et du gouvernement, pour instaurer l’austérité et couvrir les préparatifs de régime autoritaire en réponse à la colère des travailleurs.

La voie pour aller de l’avant est la préparation de mobilisations internationales de masse des travailleurs, indépendamment des organisations syndicales comme l’ont fait les «gilets jaunes», dans un mouvement visant à renverser le capitalisme et transférer le pouvoir aux travailleurs.