Terry Renshaw, des «24 de Shrewsbury»: «Seul le pouvoir de la classe ouvrière, pas les tribunaux officiels, peut rendre possible la libération de Julian Assange.»

21 juin 2019

Terry Renshaw s'est adressé aux journalistes du WSWS lors de la manifestation de samedi pour marquer le 35e anniversaire de la bataille d'Orgreave qui a eu lieu pendant la grève des mineurs de 1984-85. L'Orgreave Truth and Justice Campaign (Campagne pour la vérité et la justice d'Orgreave) exige une enquête publique sur les brutalités policières commises contre les mineurs.

Terry Renshaw

Terry qualifie le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange de prisonnier de la guerre des classes, et parle de ses propres expériences en tant que jeune piqueteur pendant la grève des ouvriers du bâtiment de 1972 et à la grève des dockers de Londres en 1972.

Terry était un peintre et décorateur de 24 ans, membre du syndicat UCATT et un «piqueteur volant». Les piquets de grève se déplaçaient d'un site à l'autre pour encourager les travailleurs à se joindre à la grève pour un salaire minimum de £30 par semaine, une semaine de 35 heures et l'abolition du «lump» (travail occasionnel non documenté), qui institutionnalisait le travail journalier occasionnel payé en espèces sans droits de travail.

Cinq mois après la fin de la grève, 24 piqueteurs ont été arrêtés lors de descentes de police et accusés de plus de 200 infractions, dont rassemblement illégal, intimidation et provocation d'une rixe.

L'accusation s'est concentrée sur le piquetage dans la région de Shrewsbury et Telford. En octobre 1973, trois piqueteurs ont été reconnus coupables de complot d'intimidation, de rassemblement illégal et de rixe. Des Warren a été emprisonné pendant trois ans, Ricky Tomlinson pendant deux ans et John McKinsie Jones pendant neuf mois. Dans un deuxième procès, trois autres piqueteurs ont été condamnés. Les travailleurs ont été inculpés en vertu des lois du 19e siècle sur les complots – la première fois qu'elles étaient utilisées dans un conflit de travail. Les grévistes ont été mis sur liste noire par les employeurs et n'ont pas pu travailler à nouveau dans l'industrie du bâtiment.

Terry parle de l'expérience des Cinq de Pentonville, des délégués syndicaux des docks emprisonnés en juillet 1972 par la Cour nationale des relations industrielles pour avoir refusé d'obéir à une ordonnance du tribunal d'arrêter le piquetage d'un dépôt de conteneurs dans l'est de Londres. Leur emprisonnement provoqua la paralysie de tous les grands ports, 170.000 dockers ayant déclenché une grève. Les imprimeurs de Fleet Street ont débrayé, arrêtant pratiquement la parution de tous les quotidiens nationaux, et d'autres sections de travailleurs ont déclenché des grèves tournantes. Un blocus de la prison par des dizaines de milliers d'ouvriers a conduit à l'intervention du Notaire officiel, poste jusqu'alors peu connu, qui a ordonné la libération des cinq détenus en utilisant de vieux pouvoirs.

Renshaw a dit: «La persécution d'Assange est horrible, il a perdu tous ses droits démocratiques. Il se réfugiait à l'ambassade. Tout ce qu'il avait fait, c'était de dire la vérité sur ce qui se passe dans le monde, surtout avec le gouvernement américain. Ils continueront à le persécuter jusqu'à ce que le grand public – le monde entier – s'éveille à la situation que les gouvernements du monde entier sont là pour s'occuper des financiers et des banquiers, certainement pas des travailleurs.

«Nous n'avons pas de droits démocratiques. Nous n’avons que ce qu’ils veulent bien que nous ayons. Ils ont supprimé nos droits démocratiques il y a longtemps. Je fais campagne au sujet des piqueteurs de grève de Shrewsbury depuis 46 ans, depuis longtemps, et nous obtenons enfin justice et commençons à gagner devant les tribunaux. Mais cela nous a coûté beaucoup d'argent, financé par le mouvement syndical et le public, pour poursuivre le gouvernement en justice.

«La guerre a toujours été une chose qui n'a pas été provoquée par les gens de la classe ouvrière. Une personne de la classe ouvrière n'est jamais, jamais allée à la guerre parce qu'elle le voulait. Les classes dirigeantes créent les guerres parce que chaque fois qu'un missile de croisière est tiré, une caisse enregistreuse sonne quelque part. Les gens gagnent des millions avec la guerre, mais pas les gens qui se battent, qui sont là-bas au diktat de la classe dirigeante.

«Pour défendre les prisonniers de la guerre des classes comme Julian Assange, il faut lutter pour sensibiliser et mobiliser les masses. Cela ne peut en être autrement. Marx a dit que si les masses agissent ensemble, elles gagneront. Malheureusement, les masses ne sont pas unifiées aujourd'hui.

«Le rassemblement d'Orgreave est le plus grand depuis des années. Sa pertinence historique revient. Les mineurs d'Orgreave se sont vu refuser l'examen public de leur cas par les conservateurs.

«Toutes ces questions sont politiques. Il y a eu neuf ans d'austérité et les riches s'enrichissent tandis que les pauvres s'appauvrissent. Les gens commencent à se rendre compte qu'ils ont besoin d’être solidaires.

«Lorsque les cinq dockers de Pentonville furent enfermés, l'action syndicale a fait que la Grande-Bretagne s'arrêta. Dès que cela s'est produit, le gouvernement a fait venir cette personne, appelée le «Notaire officiel», qui les a autorisés à sortir parce qu'ils se sont rendu compte de la situation dangereuse causée par la solidarité de masse. Il faut faire revivre ces temps-là.

«Seul le pouvoir de la classe ouvrière, et non les tribunaux officiels, peut rendre possible la libération de Julian Assange. Avec un peu de chance, je serai là pour la révolution.»

(Article paru en anglais le 18 juin 2019)