Trump donne le coup d'envoi de la campagne présidentielle 2020 avec un rassemblement fascisant

Et Biden s'engage à protéger les milliardaires

Par Patrick Martin
21 juin 2019

Le rassemblement de campagne organisé par le président Trump mardi soir à Orlando, en Floride, a marqué le début semi-officiel de la campagne électorale de 2020, une compétition de dix-huit mois entre les deux partis de droite qui exercent un monopole politique aux États-Unis.

Le rassemblement de Trump a été marqué par des appels fascisants au nationalisme et au chauvinisme anti-immigrés qui caractérisent son activité politique depuis qu'il a lancé sa première campagne pour l'investiture du parti républicain à la présidence il y a quatre ans.

Trump addresses the rally [Credit: C-Span]

Mais aujourd'hui, contrairement à 2015, Trump est apparu au rassemblement d'Orlando en tant que chef incontesté du Parti républicain. Entouré des symboles de la présidence, diabolisant à la fois les médias et ses opposants du Parti démocrate, Trump semblait se porter candidat au rôle de Führer plutôt que de chercher à obtenir une majorité des voix dans une élection démocratique.

Dans une présentation typiquement décousue et incohérente, truffée de mensonges, d'exagérations et de calomnies brutales, Trump a vilipendé les immigrants et attaqué les médias (dont il a dénoncé à plusieurs reprises les journalistes lors du rassemblement, provoquant des cris et des menaces de la part de ses partisans), et a dénoncé le Parti démocrate, qu'il a qualifié de «radical», «antiaméricain», «socialiste», «extrême», «dépravé» et coupable de «la plus grande trahison de la classe moyenne américaine et, disons-le, de la vie américaine.»

Quand il a dit, à un moment donné, «Nos opposants démocrates radicaux sont mus par la haine, les préjugés et la rage», il faisait manifestement de la projection. Il a passé une grande partie de son discours à refaire sa campagne des élections de 2016, en rappelant ses attaques d'il y a trois ans contre Hillary Clinton et en encourageant la foule à scander «enfermez-la».

Quiconque prend la politique au sérieux conclurait de ce discours que Trump traitera la victoire en 2020 comme un mandat pour éliminer toute opposition, même provenant de la perspective de droite, conservatrice et procapitaliste du Parti démocrate. C'est l'implication sinistre de sa déclaration finale, «Nous sommes un seul mouvement, un seul peuple, une famille et une nation glorieuse sous Dieu».

La tendance à l'autoritarisme s'exprime le plus effrontément dans les appels constants de Trump à la police et à l'armée, lesquels ont commencé dès son investiture, lorsque des soldats en uniforme se sont soudainement alignés derrière lui pour former une toile de fond militaire alors qu'il prononçait son discours.

À Orlando, M. Trump a invité ses partisans à assister à la célébration du 4 juillet à Washington, qui, pour la première fois dans l'histoire moderne, a été réquisitionnée par la Maison-Blanche pour servir de plate-forme politique pour le président. Trump doit prononcer une allocution télévisée devant les feux d'artifice, en utilisant le Washington Monument, le Lincoln Memorial et le National Mall comme accessoires dans la mise en scène de son dernier effort d'autoglorification.

Fait significatif, M. Trump n'a rien dit du tout au sujet des élections de 2018, qui ont connu une participation record aux élections de mi-mandat et qui ont entraîné une défaite retentissante du Parti républicain, qui a perdu le contrôle de la Chambre des représentants pour la première fois en huit ans. Trump a dans les faits refusé de reconnaître le résultat du vote de 2018, défiant l'autorité du Congrès maintenant entre les mains des démocrates, et ordonnant à ses assistants d'ignorer les assignations, de refuser de témoigner et de refuser de fournir des documents à la Chambre des représentants.

Trump a catégoriquement nié qu'il soit à la traîne dans les sondages d'opinion projetant le vote en 2020, et la semaine dernière, il a congédié trois de ses propres bureaux de sondage républicains lorsqu'ils ont produit des résultats qui ont confirmé la profonde impopularité du gouvernement actuel. Son discours d'Orlando est une démonstration de plus qu'il pourrait bien refuser de reconnaître le résultat du vote de 2020 s'il va à son encontre. Deux jours seulement avant le rassemblement, il a déclaré sur Twitter que ses partisans pourraient bien exiger qu'il reste à la Maison-Blanche après 2024, au mépris de la limite de deux mandats fixée par le 22e amendement à la Constitution américaine.

Contrairement à 2016, lorsqu'il a fait au moins un appel limité à la colère sociale découlant de la désindustrialisation, du déclin économique et de la misère sociale généralisée – en particulier dans les États industriels comme le Wisconsin, le Michigan, l'Ohio, la Pennsylvanie et la Virginie occidentale – Trump se lance dans la campagne électorale 2020 proclamant que les conditions de vie des masses populaires n'auront jamais été aussi bonnes.

À Orlando, son enthousiasme débridé pour l'économie avait un caractère délirant. «Notre pays est maintenant prospère, prospère et en plein essor», a-t-il dit. «Et franchement, il atteint des sommets incroyables. Notre économie fait l'envie du monde, peut-être la plus grande économie que nous ayons eue dans l'histoire de notre pays... Notre avenir n'a jamais été aussi prometteur.»

Ceci dans une situation où les conditions de vie de dizaines de millions de travailleurs n'ont guère changé depuis quatre ans et, dans de nombreux cas, elles se sont encore détériorées, en particulier chez les jeunes et les jeunes travailleurs, la première génération de l'histoire américaine à vivre dans des conditions bien pires que celles de leurs parents.

Plus dangereux encore pour Trump, l'année écoulée a vu le début d'un mouvement d'en bas, d'abord parmi les enseignants et autres travailleurs des services publics, mais qui menace maintenant de s'étendre à des masses de travailleurs industriels avec l'expiration des contrats pour 155.000 travailleurs de l'automobile en septembre. Toute offensive importante des travailleurs contre les entreprises américaines détruira rapidement les prétentions populistes de Trump et le révélera comme un voyou milliardaire et ennemi de la classe ouvrière.

Trump a un avantage politique: le fait que sa supposée opposition soit le Parti démocrate, tout aussi engagé dans la défense des grandes entreprises que les républicains. Les démocrates du Congrès ont cherché à détourner toute l'opposition populaire à Trump dans une direction droitière par le biais de leur campagne sur la prétendue «ingérence russe» lors des élections de 2016.

La seule note authentique qui a retenti dans le discours de Trump est quand il a accusé les démocrates de passer les deux dernières années et demie à chercher à renverser les résultats du vote de 2016.

Les démocrates l'ont fait en alliance avec une section de l'appareil de renseignement militaire qui s'oppose à Trump sur les questions de politique étrangère, en particulier le fait qu’il se soit détourné de la ligne dure envers la Russie adoptée au cours du second mandat de l'administration Obama.

Les insultes et les calomnies échangées entre républicains et démocrates, souvent menées à une intensité stupéfiante, servent à déguiser leur accord sur les principes fondamentaux: soutien aux grandes entreprises et au système capitaliste; défense des intérêts mondiaux de l'impérialisme américain; soumission à l'appareil policier/militaire qui est le garant ultime de la richesse et des biens de la classe dominante américaine.

La campagne pour l'investiture du Parti démocrate à la présidence est en cours depuis plusieurs mois, mais le premier événement officiel, un débat télévisé de deux soirées, a lieu les 26 et 27 juin à Miami, en Floride.

Le démocrate en tête des sondages, l'ancien vice-président Joe Biden, a préparé le terrain pour le débat avec une série de commentaires de la droite dure: déclarant que la seule alternative à la collaboration avec les républicains était la «révolution physique»; se remémorant affectueusement ses jours au Sénat en côtoyant des ségrégationnistes comme James Eastland et Herman Talmadge, qui le traitaient avec respect (tout en soutenant les lynchages et autres violences); et disant à un public de financiers de Manhattan que le gouvernement Biden allait protéger les riches d'une colère populaire nourrie par les inégalités économiques croissantes.

Les propos de Biden à Manhattan, où il a organisé trois collectes de fonds en une seule soirée, méritent qu'on s'y attarde, car ils démontrent la base de classe du Parti démocrate et montrent comment Trump est capable d'utiliser la prostration des démocrates devant Wall Street dans le cadre de ses faux appels populistes.

«Vous savez que ce que j'ai découvert, c'est que les riches sont aussi patriotes que les pauvres», a dit M. Biden. «Ce n'est pas une blague. Je veux dire, nous ne devrions peut-être pas diaboliser quelqu'un qui a fait de l'argent.» Il a toutefois ajouté que «lorsque les inégalités des revenus sont aussi grandes qu'aux États-Unis aujourd'hui, elles engendrent et alimentent la discorde politique et la révolution».

Deux fois en autant de jours, le favori démocrate des sondages a publiquement évoqué la possibilité d'une révolution en Amérique. Et chaque jour, le président républicain déclare qu'il est le rempart contre la propagation du socialisme en Amérique.

De toute évidence, ce que les deux partis craignent le plus, c'est que le mouvement de masse naissant parmi les travailleurs prenne une direction politique socialiste claire et remette en question le système capitaliste, la richesse et le pouvoir de l'élite dirigeante que servent tant les démocrates que les républicains.

(Article paru en anglais le 20 juin 2019)