L’attaque contre l’ambassade vénézuélienne à Washington

Par Bill Van Auken
20 mai 2019

Les événements qui se sont déroulés jeudi à l’ambassade du Venezuela dans le quartier chic de Georgetown, à Washington, ont exprimé dans un microcosme la criminalité et le mépris du droit international qui caractérisent les opérations impérialistes américaines dans le monde entier.

Des agents des services secrets américains, la police métropolitaine de Washington et des agents du service de sécurité diplomatique du département d’État, des centaines d’hommes armés, ont pris d’assaut le bâtiment. Leur but était d’expulser quatre militants pacifiques contre la guerre, qui faisaient partie d’un contingent plus important. Le staff diplomatique étant évacué il y a longtemps, le groupe était resté à l’ambassade pendant le mois dernier à l’invitation du gouvernement vénézuélien suite au coup d’État avorté de Guaidó.

Parmi les unités déployées se trouvaient des agents en tenue de combat et en casques et transportant des béliers pour forcer leur entrée dans l’ambassade. Beaucoup de ceux qui étaient envoyés afin de pénétrer par effraction portaient des gilets pare-balles.

Ce déploiement d’une force militarisée écrasante n’était guère nécessaire étant donné le petit nombre de militants présents dans le bâtiment. De surcroît, les militants avaient donné des assurances préalables aux autorités américaines: qu’ils ne résisteraient pas à ce qu’ils considèrent comme une arrestation illégale. Il s’agissait d’une démonstration du pouvoir de l’État américain. C’était un acte d’intimidation contre quiconque s’opposait à ses machinations, tant nationales qu’internationales, et d’une déclaration explicite que la force donne le droit et au diable avec la loi.

Le gouvernement vénézuélien a dénoncé l’invasion de son ambassade comme une violation flagrante de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques signée par les États-Unis en 1963 et observée par pratiquement tous les pays du monde. Elle affirme que les ambassades et autres installations diplomatiques sont «inviolables» et les agents du gouvernement hôte ne peuvent les pénétrer sans l’autorisation expresse du chef de la mission diplomatique. Elle exige également que le gouvernement hôte protège les locaux diplomatiques «contre toute intrusion ou tout dommage et empêche toute atteinte à la paix de la mission ou à sa dignité».

Washington a fait peu de cas de ces dispositions en ce qui concerne l’ambassade du Venezuela sur tous les points. Avant d’entrer de force dans le bâtiment, il avait permis à une foule de voyous fascistes et de l’extrême droite de se mobiliser à l’extérieur de l’ambassade. La police les a laissé érigeant des tentes sur ses terrains et attaquant physiquement ceux qui soutenaient les militants à l’intérieur ou essayaient de leur apporter à manger. Ces éléments ont tenté à plusieurs reprises d’entrer par effraction dans l’ambassade, endommageant ses installations et menaçant les personnes à l’intérieur de commettre des meurtres et des viols. Lorsque la police est intervenue pour mettre fin aux actes illégaux les plus flagrants, elle a immédiatement relâché les coupables, facilitant et enflammant l’atmosphère d’une foule de lyncheurs.

Pendant des décennies, Washington a traité l’Iran — qu’il menace aujourd’hui de guerre — comme un prétendu «État voyou» pour les événements de novembre 1979. En pleine révolution, des étudiants militants ont pris d’assaut l’ambassade des États-Unis à Téhéran, prenant en otage le personnel américain. Washington s’est adressé à l’ONU et à la Cour internationale de justice, accusant le gouvernement iranien d’avoir violé la Convention de Vienne pour n’avoir pas mis fin à cette attaque.

Le gouvernement iranien n’a pas participé à ces procédures. Au lieu de cela, il a insisté sur le fait que l’action devait être traitée dans le contexte du dernier quart de siècle de crimes impérialistes américains en Iran. Cela depuis le coup d’État orchestré par la CIA en 1953 qui a renversé le gouvernement nationaliste de Mohammad Mossadeq. Cette période de crimes a duré jusqu’à la chute du Shah. L’appui apporté par Washington à la dictature du Shah et aux meurtres et actes de torture commis par sa police secrète, le détesté Savak, était clair. Le gouvernement iranien a insisté que la question de l’ambassade pourrait être résolue seulement par l’extradition du Shah par les États-Unis vers l’Iran et le retour de toutes les richesses qu’il a emmenées avec lui.

Six ans après s'être rendu au tribunal de La Haye au sujet de l'ambassade des États-Unis en Iran, Washington a renoncé à la compétence du tribunal afin d'éviter des poursuites pour sa guerre terroriste des «contras» qui attaquaient le Nicaragua.

En ce qui concerne les «États voyous», il n'existe pas de gouvernement sur la planète qui puisse rivaliser avec celui des États-Unis d'Amérique.

En prenant d'assaut l'ambassade du Venezuela, l’État Américain prétend agir au nom du «gouvernement» de Juan Guaidó, l'agent politique d'extrême droite soutenue par la CIA qui s'est proclamé «président intérimaire» du Venezuela en janvier dernier, avec l'appui de Washington. Près de quatre mois plus tard, cette tentative de renversement de régime lancée avec la prestation de serment de Guaidó s'est estompée. Une tentative, le 30 avril, de consommer le coup d'État par un appel à un renversement militaire total du gouvernement Maduro a échoué lamentablement, ne suscitant ni révolte militaire ni soutien notable de la population.

La prise de l'ambassade s'inscrit dans le cadre d'un appel de plus en plus ouvert en faveur d'une intervention militaire directe des États-Unis pour provoquer le changement de régime souhaité.

The embassy is now to be occupied by Carlos Vecchio, a fellow member of Guaidó’s far-right, US-funded Voluntad Popular (Popular Will) party. Vecchio went into exile after being charged with fomenting violence in Venezuela. While proclaimed by Guaidó as Venezuela’s “ambassador,” he, like the “interim president” himself, represents neither the Venezuelan people nor any real government. His “embassy” cannot issue passports or visas or conduct any other business common to diplomatic missions.

Carlos Vecchio, membre du parti d’extrême droite de Guaidó, Voluntad Popular (Volonté populaire), financé par les États-Unis qui doit occuper l’ambassade maintenant. Au Venezuela, Vecchio s’est fait accuser d’avoir fomenté la violence, par conséquent il s’est exilé. Bien que Guaidó l’a proclamé «ambassadeur» du Venezuela, il ne représente, comme le «président intérimaire» lui-même, ni le peuple vénézuélien ni aucun véritable gouvernement. Son «ambassade» ne peut pas délivrer de passeports ou de visas ni mener d’autres affaires communes aux missions diplomatiques.

Rather, both he and Guaidó are paid agents of Washington. They are pawns in the US drive to establish unfettered control by the US energy conglomerates over Venezuela’s oil reserves, the largest on the planet, and to roll back the growing influence of both China and Russia in Venezuela and Latin America more broadly, which US imperialism has long regarded as its “own backyard.”

Au contraire, lui et Guaidó sont tous les deux des agents rémunérés de Washington. Ce sont des pions dans la volonté des États-Unis d’établir un contrôle sans entrave des conglomérats énergétiques américains sur les réserves pétrolières du Venezuela, les plus importants de la planète. Du même coup ils veulent réduire l’influence croissante de la Chine et de la Russie au Venezuela et plus largement en Amérique latine. Depuis la doctrine Monroe du XIXe, l’impérialisme américain a considéré l’Amérique Latine comme sa «propre arrière-cour».

L’une des premières actions de Vecchio en tant qu’«ambassadeur» nouvellement installé par les services secrets américains, sera de rencontrer lundi les chefs du Commandement sud du Pentagone (SOUTHCOM). SOUTHCOM supervise toutes les opérations militaires américaines en Amérique latine et dans les Caraïbes. Dans une lettre au SOUTHCOM, le camp de Guaidó a déclaré que son objectif était de mener «une planification stratégique et opérationnelle pour que nous puissions… rétablir notre démocratie.»

Cette «démocratie» va se construire par une guerre pour renverser le régime actuel par l’armée américaine afin d’installer les représentants les plus à droite de l’oligarchie dirigeante du Venezuela. Ils se sont déjà engagés à remettre les richesses pétrolières du pays à Exxon Mobil, Chevron, et aux autres entreprises pétrolières américaines. Un tel régime ne peut être imposé que par une guerre sanglante et la répression la plus impitoyable de la classe ouvrière vénézuélienne.

Avec son invasion de l’ambassade du Venezuela, Washington cimente un précédent. Elle revendique le droit de renverser tout gouvernement dans le monde, de choisir sa propre marionnette pour diriger celui qui le replace. Au préalable, Washington veut installer sa sous-marionnette à l’ambassade du pays à Washington pour aider à coordonner et légitimer l’intervention militaire américaine.

Les médias bourgeois américains ont passé sous silence cette action criminelle et l’ont justifiée dans les quelques rapports qui ont paru. Il convient de souligner la couverture médiatique du New York Times, qui affirmait que: «la dissonance d’une enceinte diplomatique vénézuélienne occupée par un groupe de militants anti-interventionnistes américains à majorité blanche avait été une source de ressentiment parmi les manifestants à majorité vénézuélienne qui avaient entouré l’ambassade.»

C’est une description insensée! Le «ressentiment» des voyous fascistes qui ont assiégé l’ambassade ne portait pas sur l’identité raciale ou nationale de ceux qui s’opposaient au renversement de régime vénézuélien par Washington. C’était plutôt leur opposition à ces exilés d’extrême droite et ces oligarques qui revenaient au pouvoir sur le dos des militaires américains. Comme il en a l’habitude, le Times utilise la politique identitaire de droite pour justifier la criminalité impérialiste.

L’opposition de la part des prétendus opposants politiques ostentatoires de l’Administration Trump au sein du Parti démocrate s’est fait remarquer par son absence totale. De Biden à Sanders, tous se sont rangés derrière le renversement de régime au Venezuela.

Le siège de l’ambassade vénézuélienne, avec sa mobilisation d’un pouvoir policier massif aux côtés des gangs de droite pour atteindre des objectifs illégaux. Il y a unanimité parmi les politiciens bourgeois parce que cela serve les intérêts de l’élite dirigeante américaine. Cette opération constitue un avertissement pour la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde entier.

Face à la résurgence de la lutte de classe et aux contradictions insolubles du système capitaliste mondial, les élites dirigeantes capitalistes aux États-Unis et dans tous les pays se défont même de la prétention des principes et processus démocratiques et se tournent de plus en plus ouvertement vers un régime autoritaire et la promotion des forces fascistes et de droite.

La prise d’assaut de l’ambassade du Venezuela à Washington fait suite à l’ouverture des portes de l’ambassade de l’Équateur à Londres à une brigade d’enlèvement de la police britannique agissant au nom des procureurs américains cherchant à punir Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, pour avoir dénoncé des crimes de guerre américaine et déposé contre lui des accusations qui pourraient mener à son exécution.

La défense des droits démocratiques, ainsi que la lutte contre la menace de guerre au Venezuela, relève de la classe ouvrière internationale. Ses intérêts sont diamétralement opposés à ceux des bellicistes de la classe dirigeante américaine et de leurs laquais du Parti démocratique et des médias.

(Article paru d’abord en anglais le 18 mai 2019)