Le coup d'État militaire avorté de Guaidó au Venezuela

Par Bill Van Auken
2 mai 2019

Une tentative de coup d’État lancée mardi matin au Venezuela, reconnaissable par la criminalité effrontée du gouvernement américain qui l'a soutenue et orchestrée, semblait avoir échoué lamentablement à la nuit tombée.

Cette tentative a commencé par l'affichage d'une vidéo de la marionnette droitière des États-Unis Juan Guaidó, entourée de quelques dizaines d'hommes en uniforme devant la base aérienne de La Carlota à Caracas, qui appelait l’armée à se soulever contre le gouvernement de Nicolás Maduro. Si l’opération a donné lieu à de violents affrontements de rue et à des manifestations rivales de partisans et d'opposants de Maduro, elle n'a pas provoqué de révolte militaire significative.

Plus de trois mois après que Guaidó se proclame « président par intérim », le 23 janvier, une action directement coordonnée avec et immédiatement soutenue par Washington, la tentative de coup d’État de mardi a eu lieu alors que l'opposition de droite, la base politique de l'opération américaine de changement de régime, voit son soutien populaire faiblir.

Mardi soir, aucune base militaire n'avait été prise par l'opposition et aucune personnalité importante des forces armées vénézuéliennes n'avait déclaré son soutien à Guaidó. Si le « président par intérim » avait choisi la base aérienne de La Carlota comme toile de fond pour sa vidéo, rien n'indiquait que des membres du personnel de la base étaient présents pour soutenir sa provocation. La base avait plutôt été choisie à cause de sa proximité avec les quartiers riches de l'est de Caracas, base traditionnelle de l'opposition de droite.

Le développement le plus significatif de ce que Guaidó avait intitulé « Opération Liberté » a été la présence à ses côtés de Leopoldo López, le chef du parti politique d'extrême droite Voluntad Popular, dont Guaidó est membre.

López, descendant d'une des familles les plus aristocratiques du Venezuela, est assigné à résidence depuis 2017 après avoir été reconnu coupable d'avoir organisé en 2014 une violente campagne connue sous le nom de « La Salida », ou la sortie, visant à renverser le gouvernement Maduro. En 2002, il avait été l'un des dirigeants de la tentative avortée de coup d'État soutenue par la CIA contre le président de l'époque, Hugo Chávez.

Le renversement de Maduro placerait en réalité, tout en mettant ostensiblement au gouvernement un Guaidó pratiquement inconnu au Venezuela avant son investiture comme « président intérimaire », les rênes du pouvoir entre les mains de López, un ultra-réactionnaire, agent de la CIA depuis longtemps.

Mardi en fin d'après-midi, López et sa famille avaient toutefois demandé l'asile à l'ambassade du Chili à Caracas. De même, quelque 25 militaires vénézuéliens qui avaient participé à la tentative de coup d'État de Guaidó se sont réfugiés à l'ambassade du Brésil.

Des dizaines d'autres soldats vénézuéliens ont déclaré aux médias du pays qu'on les avaient piégés pour qu’ils participent à la provocation à l'extérieur de La Carlota. On les avait réveillés à trois heures du matin et leur avait ordonné de prendre leurs fusils et de participer à un événement important où ils auraient une médaille.

La provocation de Guaidó a déclenché une tempête sur Twitter aux échelons supérieurs du gouvernement américain, signalant leur soutien au coup d'Etat.

« Je suis de très près la situation au Venezuela », a tweeté le président Trump. « Les États-Unis soutiennent le peuple vénézuélien et sa liberté ! »

Le secrétaire d'État Mike Pompeo a tweeté que les États-Unis « soutiennent pleinement » les manifestations. Le vice-président Mike Pence a tweeté un message à « tous les amoureux de la liberté du Venezuela qui descendent dans la rue aujourd'hui pour #operacionlibertad – Estamos con ustedes! Nous sommes avec vous ! L'Amérique vous soutiendra jusqu'à ce que la liberté et la démocratie soient restaurées. »

Les gouvernements de droite d'Amérique latine, notamment ceux de Jair Bolsonaro au Brésil, d'Iván Duque en Colombie et de Mauricio Macri en Argentine, ont également soutenu avec enthousiasme la tentative de coup d'État.

Mardi après-midi, cependant, le ministre brésilien de la sécurité institutionnelle, le général à la retraite Augusto Heleno, a fait une évaluation franche des actions de la journée, déclarant que, bien qu'il y ait eu « un certain soutien des forces armées... cela n'a pas atteint un niveau élevé ». Il a ajouté que le Brésil ne voyait pas de solution à la crise vénézuélienne « à court terme ».

Une rencontre, la veille à Washington, entre Pompeo et Ernesto Araújo, ministre brésilien des Affaires étrangères au gouvernement du président fasciste Bolsonaro, le plus puissant allié latino-américain de l'opération américaine de changement de régime au Venezuela, fut une claire indication de ce que Washington avait dirigé cette tentative avortée de coup d'État. Un communiqué du département d'État affirmait que les deux hommes avaient discuté de « la défense des droits de l'homme et de la démocratie au Venezuela ». Tôt mardi, Araújo avait publié une déclaration disant qu'il était « positif qu'il y ait un mouvement militaire reconnaissant la constitutionnalité du président Juan Guaidó ».

La réponse de Washington à la tentative de coup d'État défaillante a été donnée par John Bolton, conseiller de Trump pour la Sécurité nationale, lors d'une conférence de presse devant la Maison-Blanche mardi après-midi. Il qualifia la situation de « très délicate » et insista, malgré que tout indiquât le contraire, pour dire que ce qui se passait à Caracas n'était « manifestement pas un coup d'État ».

Curieusement, il a mentionné à trois reprises les noms de trois hauts responsables vénézuéliens qui, selon lui, s'étaient « engagés à réaliser le transfert pacifique du pouvoir » au pantin américain Guaidó, insistant sur le fait qu'ils devaient « agir cet après-midi ou ce soir pour amener d’autres forces militaires aux côtés du président intérimaire ».

L'un d'entre eux était Vladimir Padrino, ministre de la Défense du Venezuela. Mais au cours de la journée, Padrino avait dénoncé, devant une masse d’officiers, l'action de Guaidó comme « un acte terroriste lâche et une tentative de coup d'État à très petite échelle ». Il avait déclaré que « 80 pour cent des troupes qui ont répondu à cet appel ont été trompées », ajoutant, « nous tenons responsables les dirigeants fascistes et anti-patriotiques de toute effusion de sang».

Le deuxième responsable nommé par Bolton était le président de la Cour suprême du Venezuela (TSJ), Maikel Moreno. Au cours de la journée, le TSJ a publié une déclaration condamnant la « tentative de coup d'État contre la Constitution et les lois du Venezuela de la part d'un groupe de déserteurs militaires agissant de concert avec des éléments de la droite nationale ».

Le troisième était le commandant de la garde présidentielle, Iván Rafael Hernández Dala, qui se trouvait toujours au palais présidentiel de Miraflores, entouré de milliers de manifestants opposés à la tentative de coup d'État.

Bolton a adressé un tweet aux trois hommes, leur disant que c'était leur « dernière chance » d'être absous des sanctions américaines, sans quoi ils « couleraient avec le navire ». Il laissa entendre que Cuba et la Russie avaient empêché les trois fonctionnaires de tenir leur « engagement ».

« Nous pensons que les Cubains ont joué un rôle très important pour soutenir Maduro aujourd'hui, peut-être avec l'aide des Russes », a dit Bolton.

De même, le secrétaire d'État Mike Pompeo a affirmé, comme l'ont répété les médias capitalistes américains, que Maduro était sur le point de s'enfuir à La Havane mardi mais qu'il en avait été dissuadé par les Russes.

Bolton répéta la menace constante de l'administration Trump: « Je le répète, comme le président l'a dit dès le début, et Nicolás Maduro et ceux qui le soutiennent – en particulier ceux qui ne sont pas vénézuéliens – devraient le savoir, toutes les options sont sur la table ».

De son côté, Trump a intensifié les menaces américaines contre Cuba et menacé d'imposer à l'île un « embargo total ».

L'opération de changement de régime de Washington vise non seulement à affirmer l'exploitation sans restriction des réserves pétrolières du Venezuela, les plus importantes de la planète, par des conglomérats énergétiques basés aux États-Unis, mais aussi à réaffirmer l'hégémonie des États-Unis sur toute l'Amérique latine. Elle vise aussi à relever le défi croissant, venu notamment de la Chine, la principale source d'investissement du continent, mais également de la Russie.

La menace du « toutes les options sont sur la table » vise non seulement le gouvernement Maduro à Caracas, mais de plus en plus les rivaux nucléaires de l'impérialisme américain.

Quant aux plans américains au Venezuela, un signe d’escalade vient d’une information selon laquelle Erik Prince, chef milliardaire du sous-traitant militaire anciennement connu sous le nom de Blackwater et frère de Betsy DeVos, la ministre de l'Éducation de Trump, prévoyait d’y envoyer

5 000 mercenaires, recrutés parmi d’anciens soldats latino-américains, en soutien à la tentative de coup d'État de Guaidó.

Si la tentative initiale de coup d’État semble avoir échoué, les dangers auxquels est confrontée la classe ouvrière vénézuélienne restent intenses. Elle ne peut pas compter sur le gouvernement Maduro qui représente une faction de l'élite financière et patronale du Venezuela, dont le principal pilier est l'armée vénézuélienne et qui bénéficie du soutien de la soi-disant boliburguesía, une couche de fonctionnaires et de capitalistes corrompus qui ont engraissé grâce à la spéculation financière et aux contrats gouvernementaux.

Ces couches ne sont guère à l'abri de l'immense pression exercée sur Caracas par l'impérialisme américain.

Si la soi-disant « transition démocratique » promue par Washington s'avère un succès, elle aboutira à l'imposition d'un régime d'extrême droite fantoche des États-Unis qui mènera une campagne de répression impitoyable et sanglante contre la classe ouvrière dans l'intérêt des grandes sociétés pétrolières américaines et du capital financier international.

La classe ouvrière américaine doit s'opposer à l'intervention américaine et rejeter avec le mépris qu'elles méritent les prétentions « démocratiques » de gens comme Trump, Pence, Pompeo et Bolton. C'est à la classe ouvrière du Venezuela de régler ses comptes avec Maduro et les éléments capitalistes corrompus qu'il représente, et non à l'appareil militaire et de renseignement américain et ses marionnettes de droite.

(Article paru en anglais le 1er mai 2019)