Arrêtez le transfert extrajudiciaire de Julian Assange!

Par Eric London
16 avril 2019

La tentative des gouvernements britannique, équatorien et américain de forcer le renvoi du journaliste et fondateur de WikiLeaks Julian Assange aux États-Unis est une conspiration antidémocratique et une violation effrontée du droit international.

Alors que le gouvernement américain présente le processus contre Assange comme une extradition, est en train de disparaître la différence entre une extradition et une restitution extraordinaire, où un État procède à un enlèvement extrajudiciaire aux fins de détention arbitraire, de torture et de punition sommaire.

Le gouvernement américain applique en effet à Assange une méthode similaire à celle qu'il a utilisée contre ceux qu'il a soumis à des transferts extrajudiciaires (extraordinary renditions) pendant la «guerre contre le terrorisme». Depuis 2001, la CIA a enlevé des centaines de personnes, les a ligotées, les a transportées à travers le monde dans des cachots secrets de la CIA, les a soumises à de durs interrogatoires et les a torturées. Une fois que le gouvernement aura mis la main sur Assange, on peut se demander si jamais on le reverra.

Ce processus s'est accompagné d'une campagne de diffamation médiatique qui semble sans aucune retenue. Son but est de faire d'Assange un monstre pour que ses droits soient bafoués.
Ce que les médias ignorent sans cesse, c'est qu'Assange a dénoncé les crimes impérialistes dans les guerres qui ont tué des millions de civils et des milliers de soldats américains. Il a mis au jour des crimes horribles qu'une conspiration du gouvernement et des médias capitalistes ont tout fait pour garder secrets.

En regardant les personnalités des médias calomnier le journaliste persécuté et les émissions de fin de soirée le soumettre à des moqueries dégradantes et scatologiques, on a envie mettre un pain de savon dans la bouche de chacune d'elles.
Les gouvernements américain, britannique et équatorien prétendent que l'extradition d'Assange est justifiée parce que les États-Unis n'accusent le dénonciateur que d'une seule infraction, celle de sa tentative d'aider Chelsea Manning à contourner un mot de passe. Mais au lendemain de l'arrestation d'Assange, la presse capitaliste et les politiciens ont contredit l'explication officielle, laissant échapper la vraie raison pour laquelle les États-Unis veulent détenir Assange.

Le comité de rédaction du Washington Post a écrit: «Le transfert de M. Assange sous la garde des États-Unis, suivi éventuellement d'autres accusations liées à la Russie ou de sa conversion en témoin coopérant, pourrait être la clé pour en apprendre davantage sur les efforts des services de renseignement russes pour saper la démocratie en Occident. Il est temps depuis longtemps qu'il soit tenu de rendre des comptes.»

Le New York Times a dit: «Une fois aux États-Unis, en outre, il pourrait devenir une source utile sur la façon dont la Russie a orchestré ses attaques contre la campagne Clinton.»

Après que la police britannique eut traîné Assange hors de l'ambassade équatorienne, le leader de la minorité démocrate du Sénat américain Charles Schumer a tweeté: «Maintenant que Julian Assange est arrêté, j'espère qu'il sera bientôt tenu responsable de son ingérence dans nos élections au nom de Poutine et du gouvernement russe.» Le président démocrate de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Eliot Engel, a tweeté qu'Assange «a compromis à maintes reprises la sécurité nationale des États-Unis et de nos alliés en publiant des documents gouvernementaux classifiés et confidentiels relatifs à notre élection présidentielle de 2016.»

Ces déclarations montrent que la procédure d'extradition est menée sous un faux prétexte. La charge publique unique est une couverture. Le gouvernement prévoit d'interroger M. Assange, de l'obliger à témoigner et de le poursuivre en justice pour avoir dénoncé des crimes de guerre américains. Comme l'a dit le sénateur démocrate Joe Manchin: «Il nous appartient et nous pouvons en extraire les faits et la vérité.»

Assange n'a aucune obligation de fournir un témoignage au gouvernement parce qu'il a le droit, en vertu du cinquième amendement, de ne pas témoigner contre lui-même. Les déclarations des médias et des politiciens soulèvent la question: comment le gouvernement compte-t-il «obtenir les faits» de lui ? Quelles mesures brutales pratiquées dans les prisons d'Abu Gharaib et à la base aérienne de Bagram, seront appliquées?

Les procédures dans les jours qui ont suivi l'arrestation d'Assange montrent le type de traitement qu'il recevra dans toute procédure judiciaire.

Le gouvernement britannique, à l'invitation du président équatorien et du laquais impérialiste Lenin Moreno, a ouvertement violé le principe du sanctuaire consulaire en arrachant Assange de l'ambassade équatorienne à Londres. Les déclarations des gouvernements américain et britannique qui ont réprimandé le gouvernement saoudien pour l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à l'ambassade saoudienne d'Istanbul, en Turquie, l'an dernier, sont ainsi révélées être tout à fait hypocrites.

Jeudi, le juge de district britannique qui a entendu la demande de libération sous caution d'Assange s'est moqué de lui et a ri lorsque les avocats d'Assange ont demandé une audience équitable. «Son affirmation selon laquelle il n'a pas eu une audience équitable est risible», a déclaré le juge Michael Snow. «Et son comportement est celui d'un narcissique qui ne peut aller au-delà de ses propres intérêts égoïstes.» Assange a été envoyé à Belmarsh, une prison de haute sécurité pour terroristes et autres détenus à haut risque, où la moitié des détenus ne peuvent quitter leur cellule que deux heures par semaine.

Il ne fait aucun doute qu'Assange se verra refuser le droit à un procès équitable aux États-Unis, où l'ensemble de l'establishment politique et médiatique a déclaré qu'il était coupable. Quel que soit le «procès» qui aura lieu, les avocats d'Assange se verront régulièrement refuser le droit d'examiner les preuves contre leur client au motif qu'elles sont «confidentielles» à des fins de «sécurité nationale».

Le complot contre Assange confirme l'absence de tout soutien pour la défense des droits démocratiques dans la classe dirigeante.

Pour les dirigeants des révolutions démocratiques du XVIIIe siècle, les pratiques aujourd'hui appelées restitutions extraordinaires rappelaient les cachots sombres et bondés de Charles II et Louis XIV, remplis de prisonniers politiques. Les révolutions bourgeoises en France et aux États-Unis ont aboli la détention arbitraire et la torture comme méthode détestée de la réaction politique, défendant le droit à une procédure régulière, l'habeas corpus et l'absence de peines cruelles et inhabituelles. En vertu du droit international actuel, les restitutions extraordinaires constituent un crime contre l'humanité selon les principes de Nuremberg

Puisque la classe dirigeante est capable de mener cette opération contre Assange sans aucune opposition de la part de l'establishment politique ou des médias, alors tout crime est possible. Pendant ce temps, des personnages «de gauche» comme Jeremy Corbyn acceptent le mensonge, se déchargeant de toute responsabilité.

Quant au gouvernement britannique, sa gestion brutale d'Assange contraste avec sa réponse au dictateur chilien Augusto Pinochet: ce gouvernement s'est opposé à une demande d'extradition après que le juge espagnol Baltasar Garzón eut tenté de poursuivre Pinochet en Espagne pour assassinats de masse. En 2000, le gouvernement travailliste du premier ministre de l'époque, Tony Blair, a refusé d'extrader Pinochet et a ordonné sa libération de son assignation à domicile dans son manoir de Surrey.

«La tentative de procès d'un accusé dans l'état diagnostiqué pour le sénateur Pinochet sur les accusations qui ont été portées contre lui dans cette affaire, ne pouvait être un procès équitable dans aucun pays et violerait l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme», avait écrit le Home Office (ministère de l'Intérieur) à cette occasion.

Alors que le dictateur Pinochet a assassiné et torturé des milliers de travailleurs et de socialistes après avoir pris le pouvoir lors du coup d’État du 11 septembre 1973, Julian Assange, par contre, a publié des preuves de crimes de guerre américains. Il est détesté par la classe dirigeante internationale parce qu'il a causé d'importants dommages aux intérêts de l'impérialisme.

Les sept années qui se sont écoulées depuis qu'Assange fut contraint de se réfugier à l'ambassade d'Equateur ont vu la résurgence de la lutte des classes à l'échelle internationale. C'est cette puissante force sociale - la classe ouvrière - qui doit être mobilisée pour défendre les droits démocratiques et assurer la libération des prisonniers de la guerre de classes comme Chelsea Manning, Edward Snowden et Julian Assange.

(Article paru en anglais le 15 avril 2019)