Macron fait signe à la droite en s’affichant avec Sarkozy en Haute Savoie

Par Anthony Torres
2 avril 2019

En commémorant ensemble le 75e anniversaire des combats de la Résistance en Haute Savoie, Macron et l’ancien chef de l’État, Nicolas Sarkozy ont affiché publiquement leur étroite relation. Ce choix d’un évènement mettant l’accent sur la lutte contre le fascisme au 20e siècle était hautement cynique. En se rapprochant de l’ancien président qui a donné une ouverture à l’extrême droite durant son quinquennat, Macron envoie un signal sur la politique fascisante qu’il compte mener face aux «gilets jaunes» et à la montée des luttes ouvrières au Maghreb.

L’ancien chef de l’Etat avait fait du plateau de Haute Savoie un lieu de pèlerinage où il est venu chaque année de son quinquennat. Les deux présidents ont voyagé ensemble pour se rendre dans les Alpes, ce que l’Elysée justifie en faisant remarquer que Sarkozy «a contribué à ancrer les commémorations dans la mémoire collective».

La presse a plusieurs fois commenté les bonnes relations entre Macron et Sarkozy depuis la prise de fonction de Macron. Plusieurs dîners secrets se sont déroulés à l’Elysée entre les deux hommes, même si l’Élysée ne les a jamais reconnus officiellement.

Cette rencontre intervient après quatre mois de mobilisation des «gilets jaunes» et sur fond de la large sympathie en France pour le mouvement contre les inégalités sociales au Maghreb et en particulier en Algérie. La classe dirigeante est terrifiée que ces mobilisations pourraient déclencher un mouvement bien plus large de la classe ouvrière. Les mouvements au Maghreb menacent les intérêts de l’impérialisme français à l’extérieur, client de l’Algérie pour son gaz et son pétrole.

L’ancien ministre sarkozyste Frédéric Lefebvre, désormais soutien de Macron, théorise le parallèle entre des présidents ayant tous deux mené une politique d’ouverture sur leur droite: «Il y a un intérêt mutuel sincère entre eux: ceux qui ont un charisme atypique, aussi hors-norme, se reconnaissent, comme deux stars de cinéma dans un restaurant. Ils ont la rupture en partage: tous deux ont franchi des Rubicon dans leurs propres camps. Et puis ils appartiennent au club restreint des présidents qui ne se sont jamais affrontés.»

Le journal Huffington Post rappelle qu’«Emmanuel Macron ne cache pas que dans la crise des ‘gilets jaunes’, son prédécesseur a été une source d’inspiration. Il l’a ainsi reçu à l’Élysée, en décembre, à la veille du quatrième samedi de mobilisation et à quelques jours de son allocution télévisée. ». Le Président actuel a notamment consulté M.Sarkozy lorsqu'il s'apprêtait à publier, début mars, sa tribune sur la «renaissance européenne».

Sarkozy qui fut aussi ministre de l’intérieur avait aussi rendu visite au ministre de l’intérieur Bruno Castaner mi-décembre.

La nature des relations entre Sarkozy et Macron s’inscrit dans une tentative de mettre fin à la crise politique que traverse la France dans le contexte de la montée des luttes internationales de la classe ouvrière par l’instauration d’un régime autoritaire.

Sarkozy est l’inspirateur de l’orientation politique que Macron compte mener face à l’émergence d’un mouvement à caractère révolutionnaire qui sous-tend les crises au Maghreb et en Europe.

Sarkozy a été l’initiateur de l’ouverture aux forces néofascistes durant son quinquennat. Outre le fait que l’un des plus proches conseiller de Sarkozy, Buisson est un maurrassien, Sarkozy a ravivé la politique et les méthodes que la population n’avait plus vu depuis les années 30 et 40, prônant un débat sur l’identité nationale et renforçant les vastes pouvoirs de la police. Il prit des mesures pour interdire la burqa, menaçant d’emprisonner les parents de jeunes délinquants ou encore de déchoir de leur nationalité des citoyens ayant eu des démêlés avec la police.

Sept ans après la fin du quinquennat de Sarkozy, la classe dirigeante est allée plus à droite encore face à la crise du capitalisme français provoquée par l’opposition de la classe ouvrière aux politiques d’austérité et de guerre.

Le fait de saluer le dictateur collaborationniste Pétain lors des célébrations du 11 novembre n’était pas, comme Macron l’avait dit, afin d'honorer «un grand soldat». Il voulait réhabiliter Pétain, le symbole du fascisme français et de Vichy, le régime le plus sanglant et le plus réactionnaire que la France ait connu. Pétain est responsable de la déportation de 75.000 Juifs de France dans les camps de la mort et a approuvé le recrutement des milices qui combattaient la résistance à l’occupation.

Vichy a réprimé la gauche avec la dissolution des partis se réclamant du communisme ainsi que des syndicats, et la criminalisation de la lutte des classes.

Le rapprochement entre Macron et Sarkozy, après que Macron ait autorisé les soldats de l’Opération Sentinelle à tirer sur les «gilets jaunes», doit servir d’avertissement. Face à une vaste contestation de sa politique, l’aristocratie financière française et ses représentants veulent construire un État policier fascisant. Alors que le parti franquiste Vox propose d’interdire le marxisme en Espagne, et que des professeurs extrémistes de droite en Allemagne légitiment les politiques hitlériennes, la classe dirigeante dans son ensemble va vers l’extrême droite.

Dans une interview pour Le Parisien, le prédécesseur de Macron, François Hollande a déclaré: «Je l’affirme, un jour elle (l’extrême droite) arrivera au pouvoir en France. En 2022 ou plus tard… puisqu’elle prétendra que c’est la seule qui n’a pas été essayée!»

Ceci constitue un avertissant pour la classe ouvrière. Les alternatives posées devant la classe ouvrière ne sont pas la réforme ou la révolution, mais la révolution ou la contre-révolution. La bourgeoisie cherche à résoudre la crise du capitalisme par une politique fascisante dont le but serait d’étouffer violemment l’opposition des travailleurs.