Trump menace de fermer la frontière américano-mexicaine et réduit l’aide à l’Amérique centrale

Par Patrick Martin
2 avril 2019

Le président Donald Trump a intensifié sa persécution des immigrants et des réfugiés, ordonnant la suspension de toute l’aide américaine aux pays d’Amérique centrale que sont le Honduras, le Guatemala et El Salvador. Trump punit les régimes de droite sont soutenus par les États-Unis dans les trois pays (qui forment ce qu’on appelle le triangle nord de l’Amérique centrale). Son motif était que ces régimes se sont montrés incapables de bloquer le flux des réfugiés désespérés qui se dirige vers les États-Unis.

«J’ai mis fin aux paiements au Guatemala, au Honduras et au Salvador. Il n’y a plus d’argent qui va là-bas», a déclaré Trump aux journalistes de son domaine de Mar-a-Lago, en Floride, vendredi soir. S’exprimant comme le gangster politique qu’il est, le président américain a déclaré: «Nous leur donnions 500 millions de dollars. Nous leur payions d’énormes sommes d’argent, et nous ne les payons plus parce qu’ils n’ont rien fait pour nous.»

Trump a également menacé de fermer la frontière américano-mexicaine cette semaine si le Mexique n’utilise pas la force pour empêcher les immigrants d’Amérique centrale de traverser le pays. Les immigrés tentent de se rendre sur le sol américain, où ils cherchent à déposer une demande d’asile. Une telle mesure aurait des conséquences incalculables, non seulement pour le Mexique, mais aussi pour les États-Unis, le Canada et l’ensemble de l’économie mondiale. La fermeture de la frontière stopperait net les échanges transfrontaliers entre les États-Unis et le Mexique qui dépassent maintenant 550 milliards de dollars. Les principales industries américaines, comme celle de l’automobile, fermeraient leurs portes en quelques jours si l’approvisionnement en composants produits dans les usines des fournisseurs mexicains était interrompu.

Vendredi soir, le département d’État a publié une déclaration. «Sur instruction du secrétaire, nous exécutons les directives du président et mettons fin aux programmes d’aide à l’étranger du «Triangle du Nord» pour les exercices 2017 et 2018. Nous allons engager le Congrès dans ce processus», explique la déclaration. Des fonctionnaires du département d’État et de l’Agence des États-Unis pour le développement international ont reçu l’ordre de «réorienter» l’aide «hors de ces pays» et de «cesser et s’abstenir» de toute dépense courante.

On estime que 500 millions de dollars des 620 millions de dollars actuellement dépensés dans les trois pays seraient concernés. Cet argent sert à financer l’aide au développement et l’aide humanitaire, ainsi que les efforts anti-gangs de la police des trois pays.

Trump a pris sa décision un jour seulement après que la secrétaire à la sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, eut signé un accord de sécurité frontalière avec les gouvernements des trois pays, visant à renforcer la coordination des efforts contre le trafic de stupéfiants et l’immigration clandestine. Le moment choisi ne fait que souligner que l’action de Trump a été largement motivée par des considérations de politique intérieure et la nécessité d’inciter continuellement ses partisans d’extrême droite à commettre de nouveaux actes d’agression contre des personnes vulnérables et persécutées.

Selon les rapports de presse, c’étaient les rapports internes du département de la sécurité intérieure (DHS) sur la forte augmentation du nombre de migrants placés en détention par les États-Unis qui ont déclenché la mesure. En février, on a détenu quelque 76.000 immigrés, et le département prévoit une nouvelle augmentation à 100.000 en mars. Presque tous les immigrants sont des groupes familiaux qui fuient l’Amérique centrale et qui traversent la frontière américano-mexicaine demandant l’asile aux États-Unis pour échapper à la menace de violence dans leur pays d’origine.

Trump a défendu ces deux actions par des attaques vitrioliques à la fois contre les gouvernements des pays concernés et contre ses opposants du Parti démocrate aux États-Unis, bien que les Démocrates partagent son objectif d’arrêter les migrations massives en provenance d’Amérique centrale, ces derniers ne diffèrent que sur les meilleurs moyens pour y parvenir.

Une délégation d’éminents démocrates du Congrès se trouvait samedi au Salvador lorsque le département d’État a commencé à appliquer le plafond de l’aide. Parmi les membres de la délégation était Eliot Engel, président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, et Jerrold Nadler, président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants. Ils faisaient pression sur le gouvernement salvadorien pour qu’il fasse davantage pour freiner le mouvement des migrants. La délégation a qualifié la décision de l’administration de «contre-productive» et a déclaré qu’elle «ferait tout ce qui est en son pouvoir pour repousser l’approche erronée du président en Amérique centrale».

Les démocrates partagent la responsabilité des conditions désespérées de pauvreté, de répression policière et de violence des gangs qui sévissent dans ce qu’on appelle le triangle nord de l’Amérique centrale. C’est le gouvernement Obama, dans une action menée par Hillary Clinton, alors la secrétaire d’État, qui a soutenu le coup d’État de 2009 au Honduras, qui a renversé le gouvernement élu du président Manuel Zelaya et installé le régime de droite actuel.

Les principaux démocrates de la commission sénatoriale des affaires étrangères ont critiqué la suppression de l’aide au motif que Trump sapait les intérêts de l’impérialisme américain dans la région. Le sénateur Robert Menendez a déclaré: «Si la décision irresponsable du président Trump de mettre fin à notre aide au Salvador, au Guatemala et au Honduras a lieu, elle saperait les intérêts américains et mettrait notre sécurité nationale en danger». Il a appelé à «faire notre part pour aider à stabiliser la situation dans le Triangle du Nord et à endiguer le flux d’enfants et de réfugiés vers nos frontières».

Étant donné les vastes conséquences économiques d’une fermeture de la frontière, les médias et les dirigeants du Congrès ont rejeté la menace de Trump sur la frontière américano-mexicaine la semaine prochaine comme une fanfaronnade rhétorique. Trump n’a pas fait une déclaration officielle, seulement une déclaration sur Twitter: «Si le Mexique n’empêche pas immédiatement TOUTE l’immigration illégale d’entrer aux États-Unis par notre frontière sud, je fermerai la frontière, ou une grande partie de la frontière, la semaine prochaine», a dit Trump.

Les responsables du département de la sécurité intérieure ont indiqué qu’aucun des vastes préparatifs logistiques nécessaires à une fermeture complète de la frontière — y compris le redéploiement de milliers d’agents des gardes-frontières des ports d’entrée vers les zones non surveillées de la frontière — n’était en cours. Cependant, le chef d’état-major par intérim de la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, qui a participé à des entrevues télévisées dimanche sur ABC et Fox, a réitéré la menace.

Entre-temps, le DHS demande des fonds supplémentaires et l’autorisation légale d’emprisonner les milliers de nouveaux réfugiés qui traversent la frontière et demandent l’asile. Le secrétaire du DHS, Nielsen, a envoyé une lettre au Congrès le 28 mars pour lui demander d’adopter une loi qui autorise le DHS à expulser les enfants non accompagnés vers l’Amérique centrale. Actuellement, il les placent dans des centres de détention aux États-Unis ou de les libérer dans le pays. Le DHS peut actuellement le faire pour les mineurs non accompagnés en provenance du Mexique, mais pas des pays plus au sud.

Nielsen a déclaré que le DHS avait rempli ses installations de détention des familles et des enfants non accompagnés à pleine capacité et qu’il devait étendre son réseau de prisons et de camps. L’unité de l’immigration et des douanes du DHS avait près de 50.000 adultes en détention la semaine dernière.

(Article paru d’abord en anglais le 1er avril 2019)

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