Les médias et le rapport Mueller

Par Barry Grey
29 mars 2019

Le rapport du Conseiller spécial Robert Mueller, disculpant Trump de collusion avec la Russie et d’obstruction à la justice, est une débâcle politique pour le Parti démocrate et les médias bourgeois. Jour après jour, l’essentiel de la presse de l’establishment, mené par le New York Times, a lancé des affirmations non fondées et des mensonges purs et simples qui accusent la Russie de subvertir l’élection de 2016 et de présenter Trump comme un agent de Poutine.

Le rapport Mueller, après une enquête tentaculaire qui a duré près de deux ans, a exposé tout le récit anti-russe comme un canular, perpétré contre le peuple américain dans la poursuite de fins politiques réactionnaires. Le journaliste Matt Taibbi a publié samedi un article intitulé «C’est officiel: Russiagate est l’arme de destruction massive (ADM) de cette génération».Il y écrit: «La guerre d’Irak a porté gravement atteinte à la réputation de la presse. Russiagate vient de le détruire... En tant qu’échec purement journalistique, cependant, les armes de destruction massive étaient une peccadille par rapport au Russiagate.»

Les responsables - depuis les rédactions des grands médias jusqu’aux décideurs du Parti démocrate - ont tous menti sciemment. Ils servaient de relais aux fractions de la CIA, de la NSA et du FBI, dont leur opposition à Trump lui-même fascisant se faisait depuis l’extrême droite. Ils se sont opposés à Trump et ont cherché soit à le destituer, soit à le paralyser politiquement. Leur motif était qu’il n’était pas suffisamment belliqueux envers la Russie et trop réticent à intensifier l’action militaire en Syrie et ailleurs.

La campagne anti-Russie a ravivé les méthodes de la chasse aux sorcières et de la red scare maccarthyste. Son objectif était triple: premièrement, créer un climat d’hystérie pour justifier la préparation d’une guerre contre la Russie, puissance nucléaire; deuxièmement, canaliser l’opposition populaire massive à Trump dans une direction de droite, favorable à la guerre; et, troisièmement, créer un prétexte pour la censure d’Internet et autres atteintes aux droits démocratiques.

Elle s’inscrivait dans le cadre d’une chasse aux sorcières plus large et internationale contre la Russie. Cela comprenait l’allégation fabriquée selon laquelle Poutine serait à l’origine de l’empoisonnement de l’expatrié russe Sergei Skripal et de sa fille en Angleterre.

Parmi les personnages qui ont joué un rôle déterminant dans cette fraude, citons:
• Adam Schiff, le principal démocrate du House Intelligence Committee;
• son homologue au Sénat, le milliardaire et magnat de la technologie Mark Warner;
• le spécialiste «libéral» de la MSNBC Rachael Maddow;
• des animateurs de télévision comme Stephen Colbert et Seth Meyers;
• et James Bennet, l’éditeur du Times, dont le père, Douglas Bennet, a dirigé, sous la présidence Carter, l’Agence pour le développement international (USA) soutenue par la CIA.

James Clapper et John Brennan ont été omniprésents sur les ondes, dénonçant Trump comme un obstacle russe. Clapper était un ancien directeur du renseignement national sous Obama. Clapper a menti au Congrès au sujet de l’espionnage domestique de la NSA. Brennan était un ancien directeur de la CIA sous Obama. Il a défendu les programmes de torture de la CIA. Brennan a menti devant le Congrès au sujet de piratage des ordinateurs au Comité sénatorial de renseignement.

Les Démocrates étaient engagés dans une conspiration politique massive. Cette conspiration était leur réaction à la victoire de Trump dans la campagne présidentielle contre le candidat favori de Wall Street et de la CIA, la Démocrate, Hillary Clinton. Les Démocrates ont décidé dès le départ, à la suite de leur défaite, qu’ils ne s’opposeraient pas à Trump sur:
• sa politique sociale anti-ouvrière
• ou son hostilité autoritaire aux droits démocratiques
• ou à sa promotion du racisme anti-immigré,
mais qu'ils s'opposeraient à lui sur des questions de politique étrangère impérialiste.

Le rapport Tyndall donne une indication des priorités des médias de l’établissement. Le rapport a analysé un sondage sur les reportages couverts par les émissions d’information du soir du réseau de radiodiffusion en 2018. Entre ABC, CBS et NBC, ils ont fait presque deux fois plus souvent des sujets sur l'«enquête électorale russe» que sur la détention (et les sévices contre) des enfants migrants par Trump. De surcroît ils ont fait des reportages sur l’«enquête électorale russe» plus de trois fois plus souvent que sur la fermeture de 35 jours du gouvernement fédéral. Ceci a conduit Trump à assumer des pouvoirs d’urgence pour construire son mur entre les États-Unis et le Mexique.

Ensemble, les deux histoires les plus médiatisées sont le Russiagate, qui occupe la deuxième place, et la bataille autour de la confirmation du Juge Kavanaugh influencée par le mouvement #MeToo. Ces deux sujets ont été abordés quatre fois plus souvent que le traitement «digne de la Gestapo» des enfants immigrants par L’Administration Trump.

Le mécanisme par lequel les médias grand public faisaient la promotion de Russiagate consistait à publier des articles d’«informations». Ces articles étaient composés d’affirmations de responsables et d’experts de la sécurité nationale, exceptionnellement anonymes, sans aucune justification factuelle de leurs allégations. Les grands médias présentaient les mêmes agences de renseignement qui ont entraîné le peuple américain dans l’invasion illégale de l’Irak comme des sources inattaquables de vérité. La guerre d’Irak a coûté la vie à des centaines de milliers d’Irakiens et à des milliers d’Américains. Les forces armées américaines ont mené cette guerre fondée sur le grand mensonge des «armes de destruction massive» irakiennes.

Le Parti démocrate a fondé son opposition à Trump sur cette campagne de droite, tout en collaborant avec la Maison-Blanche pour faire adopter des budgets militaires presque records et s'opposer à toute mobilisation populaire contre les réductions d'impôts pour les riches ou la persécution et l'emprisonnement massif des immigrants. Il combinait l'hystérie anti-Russie avec la chasse aux sorcières #MeToo, visant à promouvoir la politique raciale et de genre pour diviser la classe ouvrière, saper les principes démocratiques fondamentaux tels que la présomption d'innocence et le droit à une procédure régulière, et consolider le soutien à la guerre impérialiste dans les couches privilégiées de la classe moyenne supérieure.

Le rapport Mueller a laissé le Parti démocrate en désordre. Ses efforts pour éliminer Trump ou le forcer à adopter une politique plus belliqueuse à l’égard de la Russie n’ont eu pour résultat que de renforcer l’Administration Trump et les Républicains. Un éditorial du New York Times de lundi l’a signalé: il recycle tous les mensonges sur les Russes qui «s'ingèrent» et qui «sèment la discorde». Donc, la réponse des Démocrates, va être de redoubler leurs efforts dans leur campagne anti-Russie et d’aller encore plus vers la droite.

Le World Socialist Web Site s'est d'emblée opposé à la fraude russe et l'a dénoncée. Il a expliqué à plusieurs reprises la nécessité pour la classe ouvrière de rejeter à la fois les partis bourgeois et leur politique de «révolution de palais» et de mener une lutte contre Trump sur la base d'une mobilisation révolutionnaire et indépendante contre le capitalisme.

L’État américain est intervenu au nom de la lutte contre les «fausses nouvelles» d’inspiration russe et de la défense «des médias faisant autorité» contre ceux qui s’opposent aux politiques du gouvernement. L’État fédéral a fait appel à Internet et à ses géants technologiques afin de marginaliser et censurer les publications de gauche, et en premier lieu, le WSWS. Cela va de pair avec la persécution continue de Julian Assange et, ce mois-ci, l'incarcération à nouveau de Chelsea Manning, le fer de lance d’une attaque frontale contre la liberté d’expression.

L'issue de la débâcle des Démocrates a cependant démontré que c'est précisément les médias «faisant autorité» qui ont menti et continuent de mentir, tandis que la dénonciation par le WSWS du caractère réactionnaire de chaque fraction de la classe dominante a été confirmée.

(Article paru d’abord en anglais le 27 mars 2019)