L'attentat terroriste de Nouvelle-Zélande et le danger international du fascisme

Par Tom Peters
19 mars 2019

Le nombre des victimes de l'attaque terroriste fasciste de vendredi dernier contre deux mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, se montait dimanche soir à 50. La plus jeune personne tuée était un garçon de trois ans. Trente-quatre personnes restaient encore hospitalisées dimanche, dont 12 dans un état critique, y compris une fillette de quatre ans grièvement blessée.

Le monde entier est horrifié par ce massacre raciste commis de sang-froid visant des hommes, des femmes et des enfants musulmans sans défense au moment où ils priaient. Des dizaines de milliers de personnes ont participé aux veillées durant le week-end en Nouvelle-Zélande et dans le monde pour exprimer leur solidarité avec les victimes et leurs familles et pour défendre les musulmans, les immigrants et les réfugiés.

La police néo-zélandaise affirme à présent que Brenton Tarrant, 28 ans, né en Australie, était le seul homme armé et qu'il ne bénéficiait d'aucune assistance. Il a comparu devant un tribunal pour meurtre. Les autorités néo-zélandaises et australiennes affirment qu'il n'a à aucun moment attiré l'attention des services de renseignement ou de la police et qu'il ne faisait donc l’objet d’aucune sorte de surveillance.

Cette tentative de présenter Tarrant comme un «loup solitaire» perturbé, et en particulier l'affirmation selon laquelle il était «invisible», n'est tout simplement pas crédible. Le manifeste de 74 pages publié par Tarrant indique clairement qu'il a préparé et exécuté l'atrocité terroriste pour le compte d'un réseau international de fascistes et de suprémacistes blancs, avec lesquels il collabore ouvertement depuis plusieurs années.

Le manifeste de Tarrant est un Mein Kampf des temps modernes. Il associe des appels à la violence génocidaire et à la guerre civile pour forcer les «envahisseurs» non européens – dont tous les peuples d'origine musulmane, juive, africaine, asiatique et rom – hors d'Europe, des États-Unis, d'Australie et de Nouvelle-Zélande, à une haine pathologique du socialisme. Il est imprégné des inventions de type « sang et sol » du racisme blanc et de l’ultranationalisme qui inspiraient le nazisme et d'autres mouvements fascistes dans les années 1920 et 1930.

L’assassin a écrit qu'il avait «fait des dons à de nombreux groupes nationalistes et… interagi avec beaucoup d'autres». Depuis 2012, il s'est rendu en Bulgarie, en Hongrie, en Serbie, en Croatie, en Bosnie, en France, au Royaume-Uni, en Espagne, en Turquie, au Pakistan et même en Corée du Nord, il est retourné en Australie et il a été en Nouvelle-Zélande.

Il affirme avoir décidé de se tourner vers le terrorisme lors d'une tournée de deux mois en Europe en 2017 et après la défaite du Front national d'extrême droite aux élections en France. Tarrant a contacté les soi-disant Knights Templar, une organisation qui serait liée au meurtrier fasciste norvégien Anders Breivik, et affirme avoir reçu la « bénédiction » de ce dernier pour l'attaque de Christchurch. Il était très actif sur les blogs et les réseaux sociaux d'extrême droite et avait rejoint un club de tir peu après son arrivée en Nouvelle-Zélande. Il a déclaré qu'il avait choisi la Nouvelle-Zélande pour y organiser son attaque pour montrer que les « non-Blancs » n’étaient « nulle part en sécurité dans le monde ».

Si tout cela était «invisible» pour les agences de sécurité du monde entier, le manifeste de Tarrant en donne une explication. Il s'est vanté de ce que les groupes fascistes sont profondément intégrés à l'appareil d'État, à l'armée et à la police. «Le nombre total de gens dans ces organisations va dans les millions… mais ils sont employés de manière disproportionnée dans les services des armées et dans la police. Sans surprise, les ethno-nationalistes et les nationalistes recherchent un emploi dans les secteurs qui rendent service à leur nation et leur communauté »[ Italiques ajoutées]. Tarrant a estimé que « des centaines de milliers » de soldats et de policiers européens appartenaient à des « groupes nationalistes ».

L'attentat de Christchurch – et les conceptions qui l'ont inspiré – doivent être considérés par la classe ouvrière internationale et les sections progressistes de la classe moyenne comme un avertissement d’une extrême gravité. Cette attaque est le résultat de l’encouragement délibéré, aux échelons les plus élevés de l'État capitaliste, pays après pays, du nationalisme droitier le plus extrême.

Alors que la classe ouvrière internationale se mobilise en masse dans une recrudescence de la lutte de classes contre des niveaux sans précédent d'inégalité sociale et le danger de guerre, la classe dirigeante cherche à nouveau, comme dans les années 1920 et 1930, à utiliser des forces fascistes pour diviser, intimider et réprimer l'opposition à la faillite du capitalisme et du système des États-nations.

On peut trouver des partis et des individus dont les opinions s’approchent de celles de Brenton Tarrant dans les gouvernements et les parlements de tous les pays européens, du Canada, de l’ Australie et de la Nouvelle-Zélande, tout comme au Congrès américain et à la Maison Blanche.

En Allemagne, le gouvernement de coalition de Merkel a adopté la politique du parti fasciste Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui siège sur les bancs de l'opposition au parlement allemand. Le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, s'est solidarisé avec une manifestation néo-nazie à Chemnitz en septembre dernier, affirmant qu'il aurait défilé aux côtés des fascistes s'il n'avait pas été ministre. Hans-Georg Maassen, alors président des services secrets allemands, a également défendu les bandes de nervis de Chemnitz et a nié leur flagrant caractère anti-immigrés et fasciste.

Un réseau terroriste droitier secret, comprenant des centaines de membres, a été démasqué au sein des forces armées allemandes. Ce réseau, dont les membres sont protégés par le système judiciaire, avait des plans détaillés pour assassiner des personnalités en vue du gouvernement et attaquer des organisations juives et musulmanes.

Aux États-Unis, les démocrates et les républicains ont cherché à faire des immigrés les boucs émissaires de la crise sociale en Amérique. Ils se servent tous deux la politique de l’ethnicité dans le but de diviser la classe ouvrière.

Le président Trump, que Tarrant a décrit comme «un symbole d'identité blanche renouvelée», a cherché à cultiver une base fasciste. Dans un message de solidarité adressé à sa base fasciste, Trump a déclaré aux journalistes, après l'attaque de Christchurch, qu'il ne considérait pas le « nationalisme blanc » comme une menace. Deux jours avant le massacre de Christchurch, il avait ouvertement menacé de mobiliser ses partisans dans l'armée, la police et des groupes de voyous tels que «Bikers for Trump» contre ses adversaires, en déclarant à Breitbart News qu'ils étaient «plus durs» que la «gauche».

Cela faisait suite à l'arrestation en février du fasciste Christopher Paul Hasson, officier de la garde côtière américaine et partisan de Trump, qui envisageait de tuer des (article en anglais) personnalités éminentes afro-américaines, juives et des membres des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA).

Dans les semaines qui ont précédé l'attaque de Christchurch, une campagne de calomnies a été lancée contre les opposants de gauche du traitement brutal infligé aux Palestiniens par le gouvernement israélien. La représentante démocrate Ilhan Omar, une musulmane, a été qualifié d '«antisémite» pour avoir souligné l'influence exercée par le lobby pro-sioniste sur les deux partis.

Cette campagne fait écho à la chasse aux sorcières accusant le chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn et à des centaines de membres du Parti travailliste d’«antisémitisme», qui vise à délégitimer et à purger l'opposition de gauche à l'impérialisme britannique.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, où les politiciens font des déclarations hypocrites condamnant le racisme et la violence, lestablishment a, depuis 2001, diabolisé les réfugiés musulmans comme une menace et une cinquième colonne terroriste potentielle, et imputé à l’immigration tous les problèmes sociaux.

Le New Zealand First Party (la Nouvelle Zélande d’abord), qui détient les portefeuilles ministériels de la Défense et des Affaires étrangères dans le gouvernement de coalition dirigé par le Parti travailliste, a exigé à plusieurs reprises des mesures pour mettre un terme à «l'immigration de masse» en provenance de pays musulmans et asiatiques, en utilisant un langage pas très différent de celui employé par Tarrant et d'autres extrémistes de droite.

L'attaque barbare de Christchurch souligne l'avertissement du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) dans sa déclaration du 3 janvier 2019: La stratégie de la classe ouvrière internationale et la lutte politique contre la réaction capitaliste en 2019. Bien que le fascisme ne soit pas encore un mouvement de masse, il reçoit l’appui de sections de la classe dirigeante, de l’État et des médias de lestablishment.

Les organisations d’extrême droite, notait la déclaration, ont été en mesure « d’exploiter avec démagogie la frustration et la colère ressentie par de larges masses de gens ». Elle a souligné que « toute l’histoire – et surtout celle des années 1930 – démontre que la lutte contre le fascisme ne peut se développer qu’à travers la mobilisation indépendante des travailleurs contre le capitalisme ».

Le CIQI a été à la tête de la lutte pour que les leçons cruciales de l'histoire instruisent la lutte contre la promotion de forces fascistes en Allemagne, en Europe et dans le monde.

Cette lutte est au centre de la campagne électorale de ses sections européennes et d'une série de réunions publiques organisées aux États-Unis et intitulées «La menace du fascisme et comment le combattre». Christoph Vandreier, membre dirigeant du Parti de l'égalité socialiste en Allemagne et auteur du livre « Pourquoi sont-ils de retour? Falsification historique, complot politique et retour du fascisme en Allemagne » prendra la parole dans ces réunions.

Le CIQI doit être construit comme la direction d’un mouvement ouvrier unifié, international et socialiste, capable d’empêcher que l’horreur du fascisme ne s’abatte à une échelle encore plus grande sur la société que dans les années 1920, 1930 et 1940.

(Article paru d’abord en anglais le 18 mars 2019)